DROITS DE L'INFANTE
que dans ses instructions secrètes , le roi d'Esj»agne ordonnait à ses ambassadeurs de pressentir les chefs de l'union sur les droits de sa fille. Charles X régnait alors; mais lorsqu'il quitta la vie et la couronne, Philippe II n'usa plus d'aucune précaution ; il réclama hautement le trône de France comme un droit et une propriété. « Don Diego d'Ibarra, écrivait-il; je pense qu'il est de la dernière urgence pour la France qu'un roy y soit sur-le-champ proclamé ; il n'y a plus à penser, ny à traiter en aucune manière avec la maison de Bourbon pour y choisir un monarque. — Le prince de Béarn d'abord est hérétique relaps, desclaré inhabile à régner par le consistoire apostolique et les Estats-généraux de France à Blois. Tous ceux de la mesme maison sont ou entachés d'hérésie ou fauteurs d'hérétiques ; quant à la branche de Lorraine, comme beaucoup de villes et de seigneurs se sont desclarés contre l'eslection du cardinal de Bourbon , il est clair que si l'un des Lorrains vcnoit à régner, ce seroit une guerre interminable entre les bons catholiques et les obstinés ennemis de Dieu ; la seule personne donc à qui revienne de bons droits et convenances la couronne de ce royaume, après le roy Henry UI , mort sans enfans , est sans doute l'infante dona Isabelle , comme fille de la reine dona Isabelle , sœur aisnéc dudicl roy Henry 111. Quant à l'objection de
PHILIPPE II SUR L'INFANTE (1591). Ul
la loy saliquc , la response est facile de l'aveu des François, cette loy fust une violence sans cause ny fondement *. Pour en revenir à l'infante Isabelle , à qui la couronne de France échoit par les droits du sang , il faut absolument que les François, obéissant à la justice, la déclarent roijne propriétaire de France **. Si ceste condition leur paroist dure, qu'ils fassent au moins, sous les apparences d'une eslection, ce qui appartient par droict de succession. Les François doivent peser d'une part les droicts de l'infante ; de l'autre penser qu'à cela seul tient leur sûreté, leur bonheur avec la fin de leurs maux ; que c'est la "plus sure manière d'intéresser directement Sa Majesté Catholique dans leurs alfaircs. Gardez cependant la mesure convenable à leur égard , de manière à contraindre leur volonté sans les irriter ***. » 11 n'était point encore question d'agir ouvertement ; aucune assemblée n'était réunie pour juger et apprécier ces divers droits ; tout consistait en prétentions secrètes , en instructions intimes pour préparer les esprits. On
* Archives deSimancas, cot. A 57^"'-
*' Derlarando la seiiora iîifanta doua Isabcl porrcyiin piopictaiia de Fmncia.
*** Pero guaidando en el procéder el termina que contieno para ohlirjar los cou el anics que irritar lus. — Archives de Siinaucas , cot. A 58^'.
92 PRÉTE]NDA]VS A LA COURO?.]VE (1591).
verra plus tard aux États les réclamations se régulariser, le nombre des prétendans s'agrandir et s'accroitre , les intrigues se multiplier.
La maison de Lorraine invoquait sa vieille popularité ; elle aussi se divisait- en deux branches de prétendans. L'héritier de Guise venait de s'échapper de sa prison de Tours. Fils du grand Henri de Guise, l'enfant miraculeusement en liberté était chéri de la multitude et des halles ; le duc de Mayenne tentait vainement de se mettre en concurrence avec lui; l'oncle raj>pelait ses services ; mais le peuple n'avait d'affection véritable que pour le fils du martyr de Blois. Les gros bourgeois et les parlementaires l'eussent préféré à la succession espagnole, au cas où leur combinaison d'espérance et de prédilection, celle de Henri IV converti au catholicisme , viendrait à échouer. Quant aux instructions subséquentes de Philippe II , elles portaient , que si son ambassadeur ne pouvait obtenir l'élection de l'infante sans condition, il proposerait son mariage avec le duc de Guise , élevés l'un et l'autre, par cette union , à la couronne. Henri de Béarn invoquait les droits de sa royauté , en vertu d'au- Jres principes. Il ne reconnaissait pas la puissance des États -Généraux, pour déférer une couronne qui lui était acquise par l'hérédité. Il appelait de son droit à son épéc, des voix du })euplc à ra.sseuliment de sa chevalerie.
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Pour combattre la combinaison espagnole de liiifante, qui réj)ondait aux sympathies des balles et de l'union , les royalistes du camp béarnais ])ublièrent une suite de pamphlets qui roulaient sur ces deux propositions : « Que les François n'ont jamais pu souffrir estranger régner sur eux; que la domination des femmes a esté calamitcuse. » Ces pamphlets servaient à démontrer que personne ne pouvait entreprendre guerre contre qui que ce soit sans lo permission du prince. « Si donc les particuliers ne peuvent faire la guerre entre eux , comment osent les subjects entreprendre de s'eslever contre leur roy et leur prince souverain? c'est un crime si horrible, que ceux qui cognoissent qu'il y en ait qui se veulent eslever, et ne la révèlent incontinent, mais quelques tems après, le prince leur pardonne sans leur donner récompense. Ce crime-là est si meschant que voire après la mort du rebelle l'on peut informer contre luy, condamner sa mémoire et confisquer son bien. Nous conseillons aux bons et naturels François de se ranger sous l'obéissance de riostre bon, vrai et naturel roy , qui est extrait de nostre propre sang , et ({u'ils estent leur aflection qu'ils ont mise en un prince estranger, foible , de peu de moyens et pouvoir, qui n'a aucun droit au royaume et si n'est du sang françois. En persévérant en telle erreur et crime, ils désobéissent aux or-