‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 68 sur 202 · CORRESPONDANCE DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE PHILIPPE II

4" Celle du duc de Guise. — S" Enfin, celle du cardinal de Lorraine. — Et dans les troisième et quatrième cas, ce serait conjointement par un mariage avec l'Infante. »

Plus tard, nouvel envoi d'un long mémoire sur les droits de l'Infante de Castille au trône de France, commenté et approuvé par les docteurs Puyvesino et Perla, de Salamanque : Qu'estce que la loi salique ? « Elle n'est pas applicable dans ce cas; les auteurs tant anciens que contemporains ont tort d'admettre que l'exclusion des femmes au throsne a son origine dans le droit ])ublic. »

Une autre dépêche de Philippe II, commune à trois de ses agcns, Mendoca^ Moreo et de Taxis, porte : « 1" Qu'il faut redoubler de soins et d'activité pour empescher que le duc de Mayenne et les catholiques ne prestent l'oreille aux propositions du prince de Béarn, ce que craint Sa Majesté Catholique; 2° Qu'il faut également surveiller les plénipotentiaires de Rome, qui travaillent à évoquer exclusivement à la cour de Sa Saincteté les affaires de la France. » Puis enfin Philippe leur recommande « une meilleure distribution des sommes énormes que lui couste la ligue et dont il est effrayé *. » Dans toutes les instructions secrètes ou publiques de Philippe II,

Archives de Siiiiancas , col. A 57

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CONDITIONS POUR LA GOURONiNE (1592). 105

ou voit qu'il n'est aucunement question des prétentions du duc de Mayenne pour l'associer à la couronne. Le roi d'Espagne se défiait de lui et des parlementaires dont il était l'expression. Il n'en était pas de même du duc de Guise. Le roi savait toute sa popularité ; un bon mariage avec rinfante entrait même dans ses dernières intentions. « Mon cousin, écrivait-il à l'héritier de la tjrande maison ; j'ai reçu avec les despesches de D. Mendo Rodrigues la lettre que vous m'avez escrite, et qui m'annonce votre esvasion ; je luy îy respondu aussitost, en luy tesmoignant combien je me resjouispois de vous sçavoir en liberté. J'ai reçu encore ime seconde lettre de rostre main, que m'a apportée de vostre part ce religieux; j'y vois que vous marchez d'un pas ferme vers les obligations que vous impose le service de Nostre Seigneur. Tout moyen doit estre ialable pour assurer un succès durable ; vous réclamez à cet égard mon appui; or, croyez bien :ju'en marchant sur les traces de vostre père, et [le ceux qui sont morts pour la desfense de la reigion catholique, vous trouverez en raoy le plus Lélé dcsfenseur et amy. C'est ce que vous répétera le sainct homme que vous m'avez envoyé, et qui i'est merveilleusement acquitté de sa mission *. » Et à quelle condition proposait-on la belle et

Arohivcs (le Siinnncas , cot. A57

106 CONDITÎOINS A TIIILIPPE II (1592).

grande monarchie de France au roi catholique ? Ce roi absolu, éternel, Philippe, accepterait-il toutes les clauses que voulait injposer la sainteunion ? Ces clauses étaient de plusieurs natures; les unes se rattachaient à des ambitions personnelles, comme il arrive toujours dans les transactions humaines ; les autres , plus noblement inspirées, donnaient pleine satisfaction aux opinions, aux intérêts, aux grandes libertés des villes, des partis et des Etats,

« 1" Que Sa Majesté procureroit de tout son ]»ouvoir que l'hérésie fust exterminée de France, et pour ce faire mettroit sus à ses despens une ou plusieurs armées, et ne laisseroit les armes qu'il n'en fust venu à bout. Sa Majesté feroit jus- ; tice exemplaire des renieurs, blasphémateurs du nom de Dieu et des saincts, et de ceux qui cora- ; mettent tant de mescliancetés, à ce accoutumés par la licence que traisnent avec soy les guerres civiles. Feroit publier et observer de poinct en poinct les saincts descrets du concile de Trente. Fstabliroit en tout ce royaume le sainct office de l'inquisition, formidable aux meschans et désirable aux bons ; mais que les inquisiteurs et leurs supposts ne prendroient aucune cognoissance ny intendance que du crime d'hérésie. Sa Majesté ne pourvoiroit aux primaties, archeveschés, csvcst'hés, abbayes et bénéfices do ce royaume, ny aussi aux places fondées pour l'entretenement des

COTOITIONS A rniLIPPE II (1592). 107

jcniics gens pauvres, tant es colléjifes que hospitau\, aucun estranger dudict royaume. Sa Majesté aussi ne pourvoiroit aux; estais de connétable, de ohaucelier, des quatre uiareschaux, d'admiral, de grand eseuyer, de grand maistre, de grand chambellan, de grands prevosts et autres, que des François naturels. Il en seroit de même pour les charges de gouverneurs, estats et offices de judicature et autres. Nul estât seroit vénal. Toutes tailles, subsides et impositions introduites depuis le temps de Louis XII", sauf la gabelle du sel au lieu où elle est reçue, et les décimes, seront cassés, révocqués et annulés. Tous les deniers tant ordinaires qu'extraordinaires du royaume, sauf ceux du domaine, seront portés au thrésor public du royaume à Paris entre les mains du seul thrésorier de l'espargne, d'un seul controsleur de finances, pour estre employés à diverses levées de troupes de terre et de mer, à l'entretien des galères, des domaines royaux et autres, desquelles sommes on n'en compteroit que devant les Estats. Sa Majesté perraettroit le trafic de tous ses pays, d'Europe, Asie, Afrique, Amérique, isle de la mer Océane, ainsi que Sa Majesté le permet aux Espagnols; le roy ne se nommeroit plus roy d'Lspagne, non plus (jue roy de France, mais le Grand Roy ou autre tel titre qui ne portast spécialité. Les Estats se tiendronl de quatre en quatre ans, où ou advisera à réformer les choses appar-

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tenantes a TEstat, et voir si Sa Majesté aura contrevenu en aucune chose à ce qu'elle auroit promis, et en ce cas la faire amender et restablir, sinon estre absous de tout devoir de fidélité et autre, et venir à nouvelle eslcction de roy qui nous les observcroit. L'utilité et bien qui résulteroient de cet establissement seroit l'extinction de l'hérésie par toute l'Europe, la ruine de l'empire des Turcs, le recouvrement de la Terre- Sainte, pai\ entre les catholiques, et alterrement de toute tyrannie *. »

Catholicisme ardent , unité religieuse , liberté municipale et politique, élection royale, souveraineté des Etats, leur convocation périodique , déchéance de la couronne au cas de la violation du serment , régularisation des taxes, examen des comptes , franchise du commerce ; tel était le fondement de la sainte-union des villes , telles étaient les conditions auxquelles elles voulaient faire un roi. Mais tout cela était encore bien confus, bien indécis ; tant que les Etats n'étaient pas rassemblés, on ne pouvait jeter que des projets, on ne pouvait préparer que des intrigues. Les

* Arcliivesde Simancas, cot. B 72'' à "■. Mémoire intitulé: Articles qui desjà couroienl par les mains des plus zélés chicstiens en France , et lesquels tendent à l'union , paix et concorde présente et future de la rhrestienté sous In monarchie du grand roi.

COINDITTONS A LA ROYAUTÉ (1592). 109

bons députés des villes et des provinces allaient arriver à Paris; les prélendans exposeraient devant eux leurs droits respectifs , et ces droits seraient appréciés et jugés par les mandataires des trois ordres: clergé, noblesse, bourgeoisie.

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