SITUATION DU CATHOLICISME
trine réformatrice , la puissance de l'Espaj^ne t'tait frappée au cœur ; la France échapj>ait d'abord à son système. Rien de plus facile que de favoriser les Pays-Bas dans leur projet d'indépendance La Hollande était déjà organisée en Etat libre; tous les électeurs réformés de l'Allemagne, se détachant de l'unité catholique, secouaient la pesante couronne deCharlemagne.Ceci opérait un changement complet dans la situation polique de l'Europe. Si la ligue, au contraire , parvenait à ses fins, si une infante était saluée reine de France, tôt ou tard une révolution devenait imminente pour l'Angleterre. Philippe II pouvait diriger des escadres tout à la fois des ports de Bretagne, de la Normandie et de l'Escaut, sur la Tamise , où le parti catholique d'Irlande et d'Angleterre seconderait celte révolution.
Attaquer directement l'Espagne, la presser dans ce premier moment d'embarras qui succéda à la défaite de Varmada, parut un bon projet au conseil d'Elisabeth, et surtout au jeune et brillant comte d'Essev, enfant de gloire , à l'époque héroïque où les favoris mouraient l'épée au poing à vingt ans ! Le jeune homme échappa des bras de la vieille reine pour courir à bord des navires de Dracke , le marinier intrépide; loup de mer qui revenait à chaque course, un navire à plein bord chargé de doublons *.
* MiRuir«. 634.
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11 y avait alors en Angleterre deux hommes qui pouvaient servir d'instrument aux projets d'Elisabeth contre la péninsule : don Antonio , prieur de Crato , bâtard de la couronne de Portugal , et qui l'avait disputée lors de la conquête par Philippe II ; et plus tard , Antonio Perez , secrétaire du roi d'Espagne; Perez avait cherché un refuge pour se soustraire au châtiment d'une trahison. Dracke prit à son bord le prieur de (]rato , vingt-deux mille Anglais débarquèrent à la Corogne. Mais quelle sympathie pouvaient- ils trouver sur cette terre ! il n'y avait pas deux croyances en présence. Le cardinal Albert défendit tout le littoral de l'Espagne. Le sort de Varinada frappa la flotte anglaise; elle fut dispersée par la tempête , et rentra en désordre dans Plymouth *. Le conseil d'Elisiibeth ne renonça point aux projets de soulever l'Espagne , d'attaquer le catholicisme au cœur même ; il envoya des agens pour provoquer les débris de la nation des Maures vaincus et dispersés. En Catalogne , à Valence, dans la Biscaye , c'étaient les anciens fueros , les vieilles libertés que la reine invoquait. Une dépêche d'un agent secret à Philippe II , indique toutes les trames de l'Angleterre dans les provinces d'Espagne ; on y préparait des soulève-
* FoyesCAMOEH, 601-605. — Siow, 751, 756. — Stripr, IV, 8; et BiRcn, I, .58.
JJirLOJlATIE DE IIENIU IV (1590—151)2). 149
mens. Philippe écrit de sa main au bas de la dépèche : « Ceci est grave ; qu'on s'en informe sur-le-champ et qu'on sévisse avec toute rigueur *. »
Henri de Béarn n'était pas seulement aidé des forces militaires de l'Angleterre et de ses subsides; sa diplomatie était habile à se procurer partout des auxiliaires. Au siège de Rouen, il parut jusque dans la Seine une flotte hollandaise pour seconder les opérations de l'armée assiégeante. La Hollande conuiiençait à jouer un rôle dans les mouvemens de l'Europe; elle s'était constituée elle-même ; elle avait proclamé son gouvernement, et alors ce gouvernement se produisait au dehors par des alliances. En même temps Henri favorisait la rébellion morale qui se produisait dans les Pays-Bas catholiques , déclarant qu'ils voulaient être gouvernés par leurs propres lois et leur propre magistrat , tandis que l'archiduc Ernest , sous l'influence de l'Espagne , venait de leur imposer garnison de troupes wallones et de lansquenets , les restes des vieilles bandes de Naples et de la Catalogne. Le Danemarck, la Suède étaient aussi dans l'alliance de Henri IV au nom de la réformation. Le Béarnais avait député auprès de ces deux cours des ambassadeurs spéciaux;
' Areliives de Siniaiicas. Je donnerai plus tard le texte de celte dépêche.