‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 10 sur 185 · L'UNIVERSITE · texte numérisé non relu

L'UNIVERSITE

L'Université avait cherché à s'emparer de l'imprimerie; elle s'en était déclarée protectrice et dirigeante, et par les censures qu'elle s'attribuait sur tous les ouvrages, par l'examen préalable d'une multitude d'autres , elle prétendit se réserver la direction du mouvement intellectuel au seizième siècle ; mais l'Université était dépassée ; la science prenait une autre impulsion ; elle tendait à s'affranchir de toute autorité quelle qu'elle fût , et alors dans le sein même de l'Eglise on soutenait des thèses qui préparaient la grande réforme.

Les deux conciles de Bâle et de Constance , la pragmatique-sanction , tous ces actes dirigés contre la suprématie pontiâcaîe, avaient produit vin sourd retentissement dans le monde catholique , en même temps que les prédications de Jean Huss , de Jérôme de Prague , les hardiesses de Wicliff agitaient les masses populaires * ; à la fin du quinzième siècle , il surgit tout à coup à Florence un religieux de l'ordre de Saint-Dominique , du nom deHieronimo Savonarola; doué d'une grande puissance d'imagination , d'une érudition profonde et variée , Savonarola , expliquant l'Apocalypse , prédisait le renouvellement de l'Eglise , et les grandes révolutions auxquelles le catholicisme allait être soumis; sa puissance s'agrandissait à

* Voir Histoire constUutionnello, tom III , pag. 9 à 40.

40 niERONIMO SAYOjNAROLA (1452—1496).

Florence , où il prêchait au peuple la liberté républicaine, dans une langue d'images qui allait à la multitude ; ses exhortations annonçaient que le seul moyen de salut pour les États comme pour l'Eglise , c'était la réformation des princes et des papes de Rome ; il déclamait violemment contre le luxe des clercs et les désordres des évêques ; sa réputation toute populaire s'était puissamment étendue ; il avait écrit à l'empereur , aux rois de France , d'Espagne et d'Angleterre pour provoquer une réformation de leur Eglise , et sa parole avait été si favorablement écoutée , que le pape l'interdit. On ne peut dire l'enthousiasme de ses sectaires , qui offraient de traverser un biicher ardent pour prouver la vérité de sa mission. Quand Savonarola fut appliqué à la question , la multitude voulait briser les portes du palais pour délivrer celui qu'elle proclamait saint parmi les prêtres; il fut condamné au supplice des hérétiques , et au milieu des flammes l'évêque lui ayant dit : « Hieronimo , je te sépare de l'Eglise triomphante » , le prêtre répondit : « de l'Eglise militante , cela est vrai , mais non de l'Eglise triomphante. » Savonarola avait laborieusement écrit : cinq volumes de sermons restent encore * ; il avait défendu la philosophie naturelle , la plus sévère discipline , en même temps qu'il combattait l'as-

* Florence, 1715.

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