LES SOCINIENS.— LE DÉISME
C'est pourtant l'expression de cette doctrine que l'école calviniste livra au bûcher ; ce furent ses sectateurs qu'elle attaqua et proscrivit sous le nom de libertins.
Michel Servet était né à Yillanova , en Aragon. C'est chose curieuse à dire que ce fut en Espagne et en Italie , pays de catholicisme, que naquirent les hommes les plus impétueux contre la foi; l'imagination allait loin dans ces contrées de feu, et la compression lui donnait un nouvel essor. Michel Servet étudia dans l'Université de Toulouse , puis à Paris , et vint en Allemagne disputer avec Mélanchton , Bucer etOEcolampade ; il resta obscur, inconnu , jusqu'à son premier pamphlet des Erreurs de la Trinité *. Sa théorie rationnelle , empruntée aux solennelles hérésies d'Arius, de Phocius, de Paul de Samosate, substituait au système catholique l'unité de Dieu.
« Ceux-là sont athées qui n'ont point d'autre Dieu qu'un assemblage de divinités , qu'un Dieu par connotation ou par accident , et non pas un Dieu. grand , souverain, absolu; qui font consister l'essence divine dans trois personnes réellement distinctes , et subsistantes dans cette essence. Il est bien vrai qu'on peut reconnaître une distinction
* De Trinitalis erroribtis , libr. septem. Ilaguenavi , ann. 1531. in-8", (|iia<re-\iiigt-dix-neuf feuillets en italique (rare)."
THÉORIE DE SEUVET (1531—1553). 231
personnelle dans la Trinité , mais il fout convenir que eette distinction n'est qu'extérieure; le verbe n'a été dès le commencement qu'une raison idéale qui représentait l'homme futur, et dans ce verbe, ou raison idéale , il y a Jésus-Christ , son image , sa personne , son visage et sa force humaine. Il n'y a point de différence réelle entre le verbe et le Saint-Esprit; il n'y a jamais eu en Dieu de véritable et réelle génération et spiration. L'âme est de Dieu qui y a mis une spiration créée avec sa divinité, et par une mèuio spiration, l'àme est substantiellement unie avec Dieu dans une même lumière par le moyen du Saint-Esprit; le baptême des enfans est inutile , car il est d'invention humaine ; c'est pourquoi on ne commet point de fautes avant l'âge de vingt ans; l'âme se rend mortelle par le péché. »
Ces théories étaient en pleine opposition avec la réforme telle que Luther et Calvin l'avaient posée ; elles excitèrent leur plus vive fureur. Ce ne fut pas seulement une controverse loyale , comme le calvinisme le demandait au catholicisme, mais de la persécution. Servet continuai développer son système ; et dans les loisirs que lui donnaient les études de la médecine , il composa plusieurs autres traités , et spécialement ses Dialogues sur la Trinité et son pamphlet de la Justice du règne du Christ *. Le grand ouvrage où
* Oialoqor. de Trinitale Uh. duo. — Do Justitid regui