‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 123 sur 185 · CONFESSION D'AUGSBOURG · texte numérisé non relu

CONFESSION D'AUGSBOURG

et de ménagemens , elle ne fut point confiée à Luther , mais à Mélanchton. Disposé par son esprit à préparer une réconciliation de doctrines , relevant professeur consulta plusieurs fois le parti philosophique , et de ces conférences intimes sortit une série de propositions.

On y reconnaissait l'autorité des quatre premiers conciles généraux du christianisme et le dogme de la Trinité qu'ils avaient proclamé ; le péché originel recevait une autre interprétation que dans rÉglise romaine ; on n'adoptait du symbole des apôtres que ce qui touchait l'incarnation , la vie, la mort et la résurrection du Christ. La justification se faisait par la foi , opération unique du Saint-Esprit; les sacreraens étaient eflicaces , quoique ceux qui les conféraient fussent méchans et pécheurs. Le baptême était une nécessité ; la présence de Dieu dans l'Eucharistie , réelle ; le pécheur ne pouvait mériter par ses œuvres la remise de ses fautes; le repentir était la seule oblation nécessaire. Les fêtes devaient être observées avec leurs saintes cérémonies, mais telles qu'elles seraient fixées par les besoins et les vœux des populations *.

Dans la seconde partie de cette confession , Mélanchton réglait le culte apparent; on abolissait

' Cdrtteée, Hist. confess. d'Augshourg. — CiELESiRii , Ilist. lOnfess. August. tom. i'>, fol. i.

CONFESSION n'AUGSnOURG (1530), 227

les formes extérieures du catholicisme; la communion devait avoir lieu sous deux espèces; les processions du Saint-Sacrement étaient défendues ; le célibat des prêtres et les vœux monastiques abolis; on ne reconnaissait plus les messes privées , ainsi que la confession exacte et minutieuse de tous les péchés, dont les mémoires humaines ne pouvaient se charger; plus d'abstinence de viandes. Un dernier article devait donner un immense crédit au luthéranisme auprès des souverainetés politiques. Tandis que l'Eglise de Rome soutenait sa suprématie spirituelle sur les gouvernemens , les Luthériens déclaraient « que la puissance ecclésiastique était tout-à-fait distincte de l'autorité séculière ; la première ne consistait que dans le commandement fait aux apôtres de prêcher l'Evangile, de pardonner et d'administrer les sacremens ; elle ne regardait que les choses éternelles , tandis que la puissance séculière consistait à protéger les personnes , à gouverner par la justice et pour la tranquillité publique; la puissance ecclésiastique ne pouvait dès-lors ni toucher au gouvernement, ni réformer les lois ou les magistrats, ni s'opposer au plein exercice de la souveraineté et à l'obéissance des sujets * envers le prince. »

Cette profession de foi était trop restreinte pour convenir également à toutes les sectes dissidentes

• CsiESTKii , Hist. conjess. August. tom. ni.

.228 SOCmiENS, ANTI-TRINITAIRES (1531).

qui s'étaient surtout fait remarquer par la violence de leurs doctrines ou la hardiesse de leurr innovations. Si le parti philosophique devait se rattacher à une confession qui n'ébranlait que quelques principes du catholicisme, il était évident que les sacramenlaires , les sectateurs de Z,wingle, et particulièrement les anabaptistes, n'adhéreraient pas à une réforme si étroitement limitée.

Il venait de s'élever une opinion profondément rationnelle , et qui secouant tout mysticisme, tout principe en dehors de l'intelligenee , se rapprochait du déisme pur en n'adoptant les révélations du Christ que comme un enseignement d'une profonde sagesse et d'une philosophie généreuse. Dans un siècle tout religieuv, au milieu d'une société d'émotions , de ferveur et de croyance, les socinicns, les anti-trinitaires , devaient faire peu de progrès encore ; mais leurs principes étaient féconds en résultats; ils étaient pleins d'avenir. C'était le dernier et inévitable période de la réforme, le but auquel elle devait arriver. Car l'empire de la raison une fois admis, on devait creuser au fond des choses , et tout ce qui restait de légendes et de mystère s'effacer inévitablement. Ces sectes , désignées sous les noms de libertins et d'athées , suscitaient la plus formidable persécution au sein de l'Kglise réformée ellemême. Quand une révolution religieuse ou politi-

MICHEL SEUVET (1531—1553). 229

que s'est opérée et qu'elle a cherché à fonder son gouvernement, ce qu'elle craint le plus, ce qu'elle proscrit le plus viooureusement , ce ne sont pas les opinions qu'elle a vaincues , mais les extrêmes des passions qu'elle a soulevées ; elle veut poser un point d'arrêt à son mouvement; et soit que ce mouvement se formule en doctrine , soit qu'il vienne sur la place publique aux mains du peuple, la révolution une ibis régularisée, le poursuit haletante, parce qu'elle sait bien que là est son danger, sa fatalité et son tombeau.

Michel Servet est l'expression la plus complète de cette largo école de religion et de philosophie comme Calvin le fut surtout des principes sacramentaires. On a jeté mille calomnies sur les doctrines de Michel Servet. Dans une société façonnée à certaines habitudes , lorsqu'un homme arrive qui ^a droit à une grande théorie , laquelle bouleverse les idées reçues , il se fait contre lui une exclamation de rage ou de mépris ; la génération qui ne le comprend pas le flétrit ou le tue. Le système de Michel Servet , qui se résume dans le déisme pur , est celui vers lequel marche depuis l'école protestante. Il n'y a que deux principes en face de cet univers de merveille, la foi ou la raison ; et quand on a secoué par lexamen le vieil homme du catholicisme , comment s'arrêter à d'autres formules de croyance, et peut-on ne pas courir droit au déisme qui seul repose le doute ?

Page 1