LUTHER TOUR LA CROISADE
parce que cet esprit était en progrès, et que le temps pour lui était la victoire. Le luthéranisme fut alors proclamé dans la Thuringe et la Misnie; Luther prêcha l'Évangile dans la belle et vieille Cjithédrale de Leipsick.
Les nombreuses concessions faites à la grande réforme avalent amené la paix des questions de croyances, et Luther ne craignant plus que l'appui franc et loyal prêté à l'empereur ne tournât contre sa prédication en Allemagne , publia son Discours militaire pour exciter à la guerre contre les Turcs *. Dans l'origine, il avait paru hésiter sur la croisade ; mais la popularité qu'avait alors la prise d'armes contre les infidèles ne permettait pas à la réforme de rester en arrière. Luther déclara « qu'aussitôt que les magistrats proclameraient l'État menacé, tout le peuple devrait prendre le glaive et n'épargner ni ses biens ni sa personne ; mais, l'entendez-vous bien, s'écriait Luther, il faut que ce soit l'empereur et non le pape qui vous convoque ; il s'agit de défendre l'Évangile contre le Coran et de protéger les sujets contre la tyrannie ; le pape doit rester ici étranger *". »
Ce fier concours prêté par le luthéranisme aux desseins de l'empereur et aux besoins de la pa-
* Wittemb. 1541.
** SvonDus, Annal 1542, n" 4. -- Sleidmh , liv. xiv , pag. 493.
CONCESSION A LA REFORME (1544). 2'Jl
trie rcndoit la position des princes protestans plus favorable, et dans chaque diète ils arrachaient de nouvelles concessions. A Spire où les électeurs furent rassemblés, non-seulement les réformés obtinrent la renonciation à toute espèce de poursviite contre les fiefs provenant d'église , mais encore la consécration des droits de propriété sur les biens ecclésiastiques tels qu'ils avaient été distribués par la confiscation même ; enfin la chambre impériale, contre laquelle les électeurs dissidens s'étaient si violemment élevés , dut être composée mi-partie protestante , mi-partie catholique : conquêtes immenses qui préparaient l'émancipation future du corps germanique * !
Ces concessions étaient-elles sincères de la part de Charles-Quint, ouïe résultat de la nécessité? Les nouvelles tentatives de force qu'il fit dans la période suivante pour restaurer le catholicisme , prouvent que le besoin de sa situation embarrassée , en présence d'une invasion menaçante, seul les déterminait. La foi romaine n'était point une conviction religieuse pour l'empereur. A sa mort il fut même soupçonné de pencher pour le luthéranisme; il n'appelait , je le répète , l'unité religieuse que pour arriver à l'unité polili([ue.
En comparant l'édit de Wornis et celui de
*Sleidaî(, liv. XV. pag. 5l(i.
292 CONCESSION AU LUTUÉRANISME (1544).
Spire, on aperçoit le vaste cercle qu'on avait parcouru en quelques années; l'autorité impériale allait être forcée de reconnaître la liberté de conscience et l'indépendance des électeurs. De la li<jue de Smalkalde date le plus haut affranchissement des souverainetés dans le corps germanique, cette habitude surtout de chercher dans les alliances à l'extérieur un appui constant contre les tentatives d'une monarchie absolue en Allemagne. Les rapports commencés sous François 1" avec les princes de la Confédération se continuèrent sous ses successeurs; et aujourd'hui encore la lutte n'est-ellc pas toujours sous d'autres noms, entre les deux principes hostiles : l'unité de l'empire et l'indépendance des principautés allemandes?