EXÉCUTION CONTRE LES VAUDOIS
teineut associés à l'une des grandes doctrines; d'où ce refus de tout secours, de tout appui, même contre la persécution *.
Cette persécution commença terrible. Le parlement s'assembla , et le baron d'Oppède fit lecture des lettres royales qui ordonnaientrexécution de l'arrêt contre les Vaudois. Le président François de La Font, les conseillers Honoré Tributiis, Bernard Badct, l'avocat-général Nicolas Guérin furent désignés pour suivre le premier président qui réunissait les hommes d'armes au camp de Cadenet, non loin de la Durance. Le territoire de Pertuis fut le premier envahi; les villages de La Mothe et de Saint-Martin sur la Durance furent brûlés et pillés ; quatre cents pionniers qui suivaient le premier président rasaient les débris qui subsistaient encore , renversaient les arbres à grands coups de cognées. On brûla également Ville-Laure , Lourmarin et La Roque : c'est ainsi que l'année parlementaire s'annonça aux malheureux habitans de Mérindol ; ils avaient fui , à l'aspect des flammes, dans les bois qui couvraient quelques unes de leurs montagnes ; les soldats les poursuivaient comme des bêtes fauves. Dirai-je ces cruautés de l'esprit religieux ? ces femmes , ces enfans égorgés dans le berceau, la foi violée, les horreurs de ces massacres qui remplirent les
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EIASSACRE DES VAUDOIS (1545). 309
paisibles vallées ? Les malheureux périrent ; quelques uns se sauvèrent dans le Piémont et dans la Suisse *.
Le bruit de cette sanjjlante exécution retentit au loin , et le parlement , craignant d'être repris pour sa conduite impitoyable , députa auprès de François 1" : l'acte de ratification sollicité par le cardinal de Tournon subsiste encore , et ce qu'on a dit du repentir du roi est très-douteux ; il fut surtout bien tardif. Ce n'est que sous le règne de Henri II, à l'époque des grands rapports de la France et des protestans d'Allemagne , que des poursuites furent dirigées contre l'avocat-général Guérin dont les excès, moins protégés de la cour, recurent leur châtiment.
Quand on consulte les registres de la Provence, les vieilles chroniques , les actes des cités, on s'explique très-bien par l'esprit seul des populations ces exterminations catholiques ! On ne doit jamais en histoire séparer un événement du siècle où il a éclaté et des opinions qui le dominèrent. On flétrit certains noms de ce qui n'est que le résultat d'une force et d'un mouvement populaire qui les entraînent. Dans une société religieuse et de croyance , il se trouvait des nécessités , comme à \ine autre époque il y eut de cruelles
* DeThou est riiistoricn le filus exact et le plus impailial de cette peiscciition, ad ami. 1545, 155G.
310 CAUSES DE LA PERSÉCUTIOx\ (16" siècie).
nécessités politiques. L'exaltation des idées fait marcher les hommes vers le crime comme par une fatalité ; et voilà pourquoi le plus noble service qu'on puisse rendre à l'humanité, c'est de propager le culte des idées modérées dans un monde où les orages des passions se succèdent avec toute leur puissance de détruire et d'abimer !