‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 164 sur 185 · SITUATION DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

SITUATION DE LA SUISSE

même que l'école sacramentalre ; ils niaient la divinité du Christ , homme sage pourtant , envoyé de Dieu pour prêcher la parole pure , seigneur et roi (dans le sens philosophique) des peuples qu'il était venu éclairer. Us n'admettaient que ce seul fait dans les vastes théories du catholicisme ; tout le reste était pure invention humaine , de simples points de morale ou des mystères cmj)runtés à la philosophie des Grecs et aux systèmes d'Aristote et de Platon. Le sénat de Venise alarmé de ces premiers fermens d'une hérésie si hardie, commença de vigoureuses poursuites. Deux de ces philosophes sociniens furent étoufiesdans des bains à la manière antique ; les autres s'enfuirent en Suisse pour échapper à ces tristes exécutions *. Cette Suisse , qui servait alors de refuge à tant d'exilés des pays catholiques , sortait à peine de la guerre civile qu'avait fait naître la présence de deux religions rivales. Les cantons qui avaient conservé la foi romaine avaient pris les armes contre les cantons réformés par Zwinglc; le sang coulait; la confédération tendait à se dissoudre par les mêmes causes qui menaçaient de mort le corps germanique, si l'on n'arrivait à des transactions, en séparant la querelle religieuse de la question d'existence politique. La paix fut arrêtée entre les Suisses , et la liberté de crovance proclamée.

' BillioUi. antitiiitilai , jiaj;. 18.

3!8 CALVO A GElSÈVE (1536).

Les magistrats de Fribourg , fervens catholiques , s'aperçurent bientôt que quelques élémens de réforme pénétraient dans leur population jusqu'alors fidèle ; ils déclarèrent hautement à Genève que si les syndics ne réprimaient pas ces tentatives , il se sépareraient définitivement de la ligue. Quant à Genève , elle devenait la métropole du grand système qui proclamait Zwingle , OEcolampade et Calvin pour chefs *.

Calvin avait été appelé à Genève par les deux ministres Farel etCorant, vers le mois de décembre 1536, au moment où la république proclamait sa réforme et la liberté; il avait prêché devant le peuple réuni pour sanctionner la révolution religieuse que les conseils avaient préparée. Cahân acquit l'ascendant qu'à une époque d'érudition et de doute tout homme de science et de caractère exerce sur les esprits. Genève se divisait en deux factions : l'une de mœurs faciles, en rapport' avec une civilisation amollie , ne voulait aucun de ces systèmes absolus qui réforment violemment les habitudes d'un pays ; l'autre , sombre et fanatique , repoussait toutes les concessions au cœur et aux passions humaines. Calvin , Farel , Virct , les ministres en général , étaient à la tête de ce dernier parti; ils voulurent là, comme par tout où se reprodui-sait la réforme, imposer des ré-

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