EXIL DE CALVIN
glcraens inipIacaLles conlre les mœurs dissolues, la liberté de croyance, lalicence religieuse ; ils cher- ' chèrent à dominer uue société vieillie afin de la conduire à leur gré ; ils dénonçaient l'opinion des libertins , les folles filles, les mariages adultères : partout dans les sermons qui restent encore , se révèle un caractère impérieux qui marche au pouvoir et veut s'en saisir. Rien de moins libéral et de plus austèrement despotique que les opinions qui formulent la doctrine de Calvin *: ce sont ses idées qu'il impose et non des principes qu'il soumet à l'examen.
La première tentative de Calvin et des ministres pour se saisir de l'autorité à Genève fut vaine; la vieille société triompha ; ils furent bannis ; cet ostracisme dura quelques années. Calvin visita Strasbourg, la haute et basse Allemagne; il fut rappelé à Genève ?u mois de mai 1341. C'est ici que commence cette tyrannie doctrinale qui imposa des formules , des actes de foi sous les peines les plus sévères. Toute la république est dans les mains d'un homme , - mais cet homme a la parole
* U existe dcu\ mille vingt-cinq sermons de Calvin en manusciit dans la bibliothèque de Genève. Denis Raguenier les écrivait à l'Église , tandis que Calvin les prêchait : cette bibliothèque possède beaucoup de lettres de Calvin. Les collections Colbcrt , Bôihunc, Fontanieu et Dupuy ( Bibliothèque rovalc) sont riclu's aussi de ces lettres autographes.
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puissante, une volonté tenace , laborieux écrivain qui préside le conseil, professe la science, et du haut de sa chaire portative , ça et là sur la place publique enseigne et gouverne tout à la fois. Plein des antiques idées de la censure romaine , Calvin établit le consistoire, assemblée d'examen et de surveillance qui pénétrait dans la conduite privée pour la connaître et la punir. Il publia ses ordonnances ecclésiastiques , mélange impitoyable de prescriptions morales et de peines temporelles. Pour donner une idée du caractère de cette réformation , j'emprunterai à un manuscrit de la main même de Calvin ses opinions sur l'adultère * : « En premier lieu , si un homme marié ou non marié paillarde avec femme mariée , il ne semble pas que la peine doive être moindre que capitale pour tous deux : la loi de Dieu et le droit commun l'exigent ainsi ; car par les adultères le bien et substance des maris et enfans légitimes est transporté à enfans bâtards ; il y a confu.sion de tout ordre et honnêteté. Et puis n'y a-t-il pas l'ignominie faite au mari? Une femme ne peut être paillarde que le mari n'ait déshonneur et honte , ce qui est pire que si on lui dérobait son bien. — Vu donc tous ces crimes , qui tous sont punissables ,
* Edits des proteslani de Genève , Supplém. franc, n" 1930. Ils sont signes de Calvin, Sj)ifanie , de la Marc (Bibliothèque du Roi). « Avis sur les lois qu'il serait bon de faire touchant la punition des adultères et paillardises. »
CALVIN SUR L'ADULTKRt (1346). 321
la peine ne pouvait être plus légère que capitale; en usant de plus de douceur, on ouvrirait la porte à plusieurs mauvaises conséquences, comme larcins , meurtres et autres choses semblables. — Or, quand un homme marié paillarde avec une femme mariée , le crime est énorme , vu le tort que tous les deux font à la femme du paillard ; car un homme qui a abusé d'une autre femme exerce toujours mauvais traitement et cruauté sur la sienne. S'il n'y a adultère que du côté du mari , les principales raisons de punir le crime à mort cessant , il aura au moins le fouet, et il jeûnera quinze jours au pain et à l'eau en prison étroite ; mais après avoir été repris , s'il retombait de nouveau, il doit être puni de mort Quant aux simples {laillardises entre gens non mariés , neuf jours au pain et à l'eau en prison étroite. S'ils pail lardaient après avoir été repris , la peine sera à la discrétion des juges, selon les circonstances , pour procéder avec grande rigueur , voire jusqu'à la mort si besoin est : il en sera de même en cas qu'une fille ait été violée devant l'âge , ou si un serviteur séduisait la fille de son maître. Touchant les courtiers d'amour, pour simple paillardise, le fouet et bannissement perpétuel; mais si c'est pour induire en adultères , la peine capitale. Touchant les paillardises emportant incestes , toutes doivent être punies de mort. »
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Cette peine de mort que Calvin prodigue avec une si triste facilité, il ne l'épargna pas aux opinions. Le gouvernement de Genève devint sous sa main une inquisition religieuse , aussi craintive , aussi cruelle devant toute liberté de doctrines que le tribunal des Dominicains. Castalion fut banni de Genève pour avoir lutté avec les sentimens du maître ; Jacques Gruet eut la tête tranchée sur le billot « parce qu'il attaquait les ordonnances ecclésiastiques et qu'il avait mal parlé de M. Calvin ; »" enfin Servet , de lugubre mémoire , poursuivi , dénoncé et dont le fatal procès tiendra plus tard une place sanglante dans l'histoire du calvinisme.
La révolution luthérienne demeurait complète .en Suède , parce que là elle avait été accompagnée de toutes les conditions de durée dans l'ordre politique , et particulièrement de la division des propriétés. Le Danemarck, qui avait conservé encore quelques niénagemens pour les évèques catholiques , brisait entièrement avec eux. Les Bohèmes voyaient se développer l'hérésie des hussites qui se liait à la réforme, et dont Luther avait souvent invoqué les dogmes et les souvenirs. Les Hongrois demeuraieat catholiques, parce qu'obligés de se défendre contre l'invasion des Turcs, il leur était nécessaire d'appeler les secours de Rome, siège d'unité et de force populaire dans la croisade contre l'empire ottoman.
SITUATION DE LA RÉFOllME (1546). 323
Trente ans à peine s'étaient écoulés depuis la prédication de Luther, et déjà la moitié de l'Europe se séparait de la communion romaine. Cet immense fait se préparait depuis trois siècles , et voilà pourquoi il éclata avec tant d'impétuosité, et s'étendit avec une si merveilleuse énergie. Les papes auraient pu tout é\-iter par une réforme lente, successive, et dont ils se seraient proclamés les chefs. Les conciles de Constance et de Bâle avaient posé des bases ; ils n'écoutèrent point leurs sages avis ; ils résistèrent avec ténacité. Or le caractère d'une résistance en présence d'un mouvement trop fort , c'est de le doter d'une nouvelle puissance qui à la fin emporte tout. Quand les papes consentirent à vm concile universel , le temps avait marché !