‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 170 sur 185 · DÉCISION DU CONCILE · texte numérisé non relu

DÉCISION DU CONCILE

irriter et de compromettre par des démarches précipitées la paix de l'Empire que vous êtes appelés à raffermir. » Il invitait surtout, par l'organe de son envoyé, les prélats réunis à modérer | le zèle ardent et inconsidéré des évèques d'Allemagne, qui cherchaient à entraîner l'Église dans un immense bouleversement. Lorsque le saint concile voulut traiter des dogmes et discuter les points de la foi, le même envoyé de Charles- Quint s'opposa avec ténacité à cette discussion*. « Vous voulez donc semer à pleines mains la guerre civile ? Réformez les mauvaises mœurs; mais n'attaquez les principes que d'un commun accord **. » Le concile ne s'arrêta pas à ces considérations. Tout-à-fait sous l'influence du pape, il décida tous les points en faveur de l'Eglise catholique ; aucune concession ne fut faite , nonseulement sur les dogmes, mais encore sur la discipline. A peine quelques réformes de détails répondirent à ce que l'opinion puissante demandait.

Le concile de Trente déclara , contrairement à l'école protestante, que les Ecritures sacrées

* Pallvviciîi. Hist. concil. Trident. n° 1 et 2.

** Le mariage des prêtres paraissait être une idée fixe chez l'erupereur ; il fit rédiger plus tard une consultation pour en justifier la nécessité; elle est parmi le manuscrit n" 356 , Dnpuy (Bibliothèque royale) , sous ce titre : Consiticmfiones super matrimoninm sacerdotum.

KÊSLILTAT DU CONCILE (1538—1546). 333

ne seraient et ne pourraient être interprétées que par l'Kglisc , et jamais j)ar la raison individuelle. Les canons des deuv Testamens y lurent publiés; le péché originel admis; le concile prononça que c'était par les œuvres qu'on pourrait l'effacer ; la question de l'immaculée conception de la Vierge resta indécise, parce qu'il n'était pas nécessaire de l'établir en dogme religieux ; le libre arbitre fut proclamé contre l'opinion des luthériens ; les sacremens furent réglés selon les vieilles lois de l'école catholiciue. Ou procéda cependant à la réforme de quelcpies superstitions populaires en conservant le culte des images et de la Vierge *.

Quand on étudie toutes ces discussions théologiques , ces formules admises ou rejetées dans la vaste théorie du catViolicismc , on voit poindre et grandir l'influence de la philosophie : la plupart des débats qui s'établirent à Trente reproduisent les controverses des écoles antiques de Platon , d'Aristote , de Plotin , de Porphyre, L'étude des sciences profanes pénétrait de ses puissantes clartés la théologie chrétienne, et la dominait alors même que dans son orgueil l'Eglise la proscrivait comme une hérésie !

Cette première époque du concile de Trente , profondément agitée par mille divisions particulières, tiraillée par le pape, par tous les

*Labbe, Collecl. concil. tom. xiv.

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princes intéressés à la prompte solution des questions religieuses, aggrava la situation du catholicisme plutôt qu'elle ne facilita une conciliation. Les évêques réunis n'avaient pas procédé avec la libre et grande manière des assemblées de Bàle et de Constance; ils n'avaient pas marché nettement à une haute réformation de discipline et de mœurs ; ils furent dominés par de petites idées , et dèslors le concile trouva de vives oppositions. Il ne fut pas même admis en France pour la discipline spécialement. On aurait dit que les évéques , méconnaissant leur temps, s'étaient reportes à la vieille époque catholique du moyen âge , pour en relever l'édifice sans rien voir de ce qui se pressait autour d'eux. On demandait partout des concessions ; ils livrèrent un combat. C'est ainsi que procèdent toujours les opinions extrêmes ; elles aiment mieux se compromettre que se modifier, se jeter dans des difficultés sans fin , plutôt que d'arriver à une conciliation sage et prudente. Le concile de Trente souleva une question d'amour-propre. La réforme n'avait pas voulu assister au concile ; le concile fit un manifeste contre elle et la condamna : or, condamner un fait qui enveloppe et domine le pouvoir même , c'est une mesure ridicule et dangereuse. Que fit le concile de Trente à l'état de la réforme ? Aflfaiblit-il ses ]»rogrés ? Au contraire , il les accéléra en jetant une barrière insurmontable entre les deux grands

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