SAINT-PIERRE DE ROME
seur ; les prodiges des arts , toutes les merveilles de la renaissance étaient employés pour embellir ce gigantesque monument. La pierre ciselée , les colossales statues , les peintures à fresque allaient orner une des plus puissantes créations de l'homme , et que la papauté déposait à Rome comme un signe de son universelle autorité; ces libérales dépenses , ce goût de luxe qui caractérisait Léon X , avaient obéré le trésor pontifical ; quand il s'agissait d'agrandir sa famille , de donner une splendeur nouvelle à la tiare , de protéger les lettres exilées, de tendre la main à un poète , à un artiste, le pape Léon n'avait jamais calculé ces nobles prodigalités. Les magnificences de la maison de Médicis décoraient Rome comme Florence ; les monumens s'élevaient comme les académies , pour porter aux siècles à venir le grand nom de leur protecteur *.
Une doctrine religieuse s'était établie au moyen âge avec cet ensemble de coutumes que l'Eglise romaine avait proclamé; on avait matérialisé la pénitence. Alors qu'on croyait aux épreuves et au combat singulier pour manifester le jugement de Dieu , on pouvait bien penser également qu'une somme d'argent avait la vertu de racheter en ce monde les peines d'une autre vie, et que les âmes du purgatoire , dont les prédicateurs faisaient un
* Ratbaldus, ann, 1517, ii" 41.
LES INDULCENCKS (1517). 81
épouvantable tableau, pourraient s'élever jusqu'au séjour céleste par la seule influence des prières de l'Eglise. Les papes s'étaient emparés de cette croyance, et ils en avaient fait, avec cette supériorité qui les caractérisait , un immense revenu pour leur trésor. A côté de la doctrine des indul - {jences , ils avaient établi le principe , qu'eux seuls pouvaient en être les dispensateurs. En vertu de ce pouvoir , ils conféraient à certains ordres monastiques la faculté de prêcher et d'annoncer ces indulgences *. La cour de Rome prenait toujours le prétexte d'une grande circonstance ; une croisade contre les infidèles, des secours à fournir aux chrétiens soufi'rans , aux léproseries hideuses , pour annoncer la prédication du pardon aux âmes du purgatoire. Alors la chaire retentissait de ces universelles promesses. « Quiconque met au tronc un teston ** ou la valeur d'une âme étant en purgatoire , il délivre la ditte àrae incontinent, et celle-ci suivra en paradis. C'est pourquoi en
* CocHiiKcs, de aclis et scriptis Lutheri , ann. 1517. — Ulembi'rg , i>i vitd cl rébus geslis Luiheri, cap. 2. Je m'abstiens de citer tout ce qui n'est pas contemporain ou presque contemporain : c'est surtout dans les œuvres de Lullier ([u'il faut chercher l'Histoire de la Réforme. J'ai travaillé sur une des plus anciennes éditions , Witteinberg , tijp. Zàrhar. Lehvian, 1582. — J'aime à retrouver les propres cniolions de Luther et de son école primitive.
** Pièce de monnaie.