‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 40 sur 185 · PRÉDICATION DES INDULGENCES · texte numérisé non relu

PRÉDICATION DES INDULGENCES

donnant dix testons pour dix âmes , voire mille testons pour mille âmes , elles suivent incontinent et sans doute en paradis *. » Des troncs étaient établis dans chaque église , ornés de figures des saints patrons , du pape peint en grand pontifical , accompagné de cardinaux mitres en mitres blanches, et le roi à la dextre , un chef avec son harnais que portait le grand-écuyer , le tout surmonté d'une belle et grande croix ; puis d'effroyables tableaux des tourmens du purgatoire, d'horribles démons, la fourche en main, tourmentant les âmes , et tout à côté les saintes peintures de ces âmes délivrées montant aux joies du paradis par l'indulgence ; ces images, qui s'adressaient aux sentimens les plus profonds de la vie , à la vénération du fils pour le père , de l'amant pour sa mie, à ce culte- des morts, puissance du cœur et de l'imagination, procuraient d'abondantes offrandes **.

D'Argentré, Collect. judic. do nov. orr., tome i, page 355, et le registre des censures de la Faculté, fol. 171- ** J'ai trouvé plusieurs pièces rares sur les ludulgences ; je me suis procuré un petit exemplaire gothique destiné au peuple ; il porte ce titre : Epùre exhortative de Notre Saint- Pùre le pape. Paris, Galliot, 1518. Dans la bibliothèque des Céleslins on trouve aussi un compte de la recette des indulgences. L'ordre pour la recette et la dépense des indulgences était réglé avec un soin tout spécial. Voyez le compte de Pierre Faure, receveur. Bihlioth. niss. Fontanicti, Recueil de pièces, in-4° voL coté, pag. GOl , pièce 3.

RIVALITES DES MOI?iES (1517). 83

Ces opinions si extraordinaires, si fortement exagérées, trouvaient bien quelque opposition même au sein du elergé , mais elles étaient passées comme coutumes ; on prêchait les indulgences dans les glaces de la Suède, comme dans l'Italie et dans l'Espagne. Ce fut au sein de son pontificat , distrait tout à la fois par les plaisirs , les lettres et la politique, que Léon X ordonna une prédication générale des indulgences. Le prétexte était les frais immenses qu'allait entraîner la basilique de Saint-Pierre. Cette œuvre commime de la chrétienté devait être élevée aux frais delà chrétienté; telle était l'opinion du pontife; il traita pour quelques provinces avec des compagnies florentines qui les prirent à ferme ; pour d'autres, il en distribua les faveurs entre les ordres religieux et mendians les plus dévcmés ii la papauté. L'univers catholique fut partagé en plusieurs départemens pour la prédication. Dans la Germanie centrale, Albert de Magdebourg, archevêque de Mayence , fut désigné pour indiquer l'ordre monastique en qui les soins des indulgences seraient confiés *.

Je rappelle qu'il existait une vieille et profonde jalousie entre les ordres religieux qui se divisaient l'Allemagne; les Augustins et les Dominicains particulièrement ne pouvaient s'entendre,

'CocHiits, de actis et script. Luthei.

Page 1