‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 41 sur 185 · MODÈLES D'INDULGENCE · texte numérisé non relu

MODÈLES D'INDULGENCE

et leurs rivalités dataient de quelques siècles. Elles s'étaient réveillées depuis surtout que les dominicains avaient été préférés pour la distribution des indulgences, fonction lucrative et puissante que les augustins étaient en possession d'exercer dans l'origine. En cette nouvelle circonstance, les disciples de saint Dominique furent encore choisis ; et comme si cette prédilection leur avait enflé le cœur , ils se livrèrent à tous les déportemens d'une licence effrénée. Nonseulement ils outrèrent les doctrines de l'efficacité des pardons , mais encore ils en trafiquèrent d'une manière honteuse; ils les vendaient à la porte des cabarets, puis en dissipaient le prix dans le vin et les débauches *. Quelques modèles de ces indulgences ont survécu au temps : « Moi, Jean Tetzel , frère du couvent des dominicains, en vertu du pouvoir de N. S. P. le pape , délivrons l'âme de Nicolas Struvius, moyennant l'aumône d'un teston que j'ai reçue. » D'autres formules portaient encore : « Notre Seigneur Jésus- Christ veuille avoir pitié de toi, et t'absoudre par les mérites de sa sainte passion; et moi, en son autorité et en celle de saint Pierre et de saint Paul , je t'absous de tous les péchés, crimes, excès que tu peux avoir commis. » Quand les prédicateurs arrivaient dans une église, lorsqu'ils

* Secke^dorff , Ilist. Luth., !iv. i'''' , pag 20.

MAUTIN LUTHER (1517). 85

élevaient la erolx rouge de la mission, la multitude des femmes, le sénat, les écoles, les suivaient en procession solennelle ; ils parcouraient la ville précédés de banjiières , et au son des cloches ; l'orgue se faisait entendre au milieu de l'église parfumée, et de quelques mille cierges qui éblouissaient de leurs fcuv *.

Les augustins, spécialement protégés par Frédéric, électeur de Saxe, et délaissés par les papes pour cette prédication , en conçurent encore une plus forte, une plus vive jalousie Jean Staupitz , leur supérieur , un des membres de la noblesse de Saxe , porta plainte à l'électeur , et lui peignit dans les termes les plus vifs l'abus de la prédication des dominicains ** ; Frédéric encouragea le supérieur à faire écrire contre ces excès , et Jean Staupitz s'adressa à un de ses frères , professeur à l'Université de Wittemberg : son nom était Martin Luther ; et une réputation de science l'avait lié à toute la partie éclairée des Universités d'Allemagne. Les deux sectes rivales ont beaucoup écrit sur l'ori-

* Ohviam procedehant omnes sacerdolcs , monachi , seiiatiis, scolœ, viri, feminœ, pueriTum vexillo ; sonahant cavipanœ et otgana. — Micoinius, Relat. mss.apud Secken^ doiff, pag. 16.

** Seckendoiff et Beausobve nient qu'il se mêlât à la vocnlion de Luther un esprit de dispute entre Universités, (l'est bien mal connaître le caractère de l'époque.

86 MARTO LUTHER (1483—1517).

gine de Luther ; elles l'ont abaissé ou élevé selon leurs croyances *. On lit même dans un vieil et naïf historien catholique , tout occupé d'astrologie, que le chef de l'hérésie était né de l'union fortu ie et damnable d'un esprit cube et incube, et sous la maligne constellation du Scorpion **. Les documens de l'école sérieuse indiquent qu'il naquit le 10 novembre 1-483 , à minuit , dans le comté de Mansfeld. Son père s'appelait Jean Lauther ou Lotter et travaillait aux raines ; sa mère avait nom Marguerite Lindermann. Leur fils reçut une éducation savante, et fut admis maître es arts en 1S03***. Les traditions rapportent que n'ayant aucune vocation religieuse , il y fut en-

* Je me suis procuré l'édition conleniporaine de la vie de Luther par Slélauclitoii , et qui parut l'aunée même de la mort du célèbre réformateur, sous ce titre : Hisioria de vitn et actis reverendiss. viri Mati. Luth, vetœ theolog. dortor. bond fide conscriiJtd à Philipp. Melancthone. \fiite;nberg ex officin. Joan. Lufft. 1549. Cet exemplaire doit avoir appartenu aux jésuites, comme l'indique une petite note; on lit SUT sa vieille couverture : Vita damnahilis Martin. Luther.; épithète qui signale la situation respective des deux sectes rivales. Comparez Cochiscs, de actis et scri2)lis Luther. — Micreius. j'h vit. Luther. — Secrendorff , ///s<. Zmiheran. — SrRiis, in Comment. — Ratnaid. ann. 1517, n° 69. — Spond. ihid. et le crédule FiORiMOjiD de Remoïd, Hist. de l'hérésie , liv. i*^"" , chap. v.

** Flori»ond DE Remosd, Hist. deVhérésio, liv. i*"", chap. v.

*** MÉLANcnT07« , vila Luther, pnj;. '3.

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