PARTI PHILOSOPU. EN ALLEMAGNE
les intérêts matériels contre la doctrme d'autorité et le système pontifical. Mélauchton , Carlostad , Nicolas Amsdorff, Juste Jonas, affichaient publiquement une adhésion profonde aux nouveautés annoncées dans la prédication luthérienne, et l'Université de Wittemberg les avait adoptées avec solennité ; Mélanchton surtout possédait en Allemagne une grande renommée de science ; il venait d'être appelé à professer le grec dans l'Université , par l'électeur de Saxe, « sans doute, dit Luther afin que je l'eusse comme associé à mes travaux de théologie ; ses ouvrages annoncent assez tout ce qu'il a fait : Satan et ses affreux satellites en ont rugi *. »
Luther visait à une plus grande conquête; le chef et le flambeau des écoles d'érudition était alors Erasme; l'universalité de ses études, son esprit mordant , sa haine souvent exprimée contre" les moines , ses sarcasmes amers contre les prédicateurs des indulgences , toute cette vie de disputes et de science faisait croire à Luther qu'Erasme entrerait dans le vaste mouvement de la réforme , et qu'il l'appuierait de l'autorité de son nom; il se décida à lui écrire : « Mon cher Erasme , vous qui faites tout notre honneur
* Martintis Luther, pio lector. édition de 1582. Mélanchton s'appelait Georges Schwartzerde (terre noire); Mélancliton signifie en grec la racine chose.
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et sur lequel nous espérons , quoique nous ne vous connaissions point encore, adoptez^-moi connue un frère en Jésus-Christ qui vous aime et vous estime parfaitement , mais dont l'ignorance est si grande qu'il ne mérite que d'être caché dans un coin ignoré du ciel et de la terre *. » Quelques délicates que fussent ces flatteries, quelque modestie que manifestât Luther, Erasme comprit bien qu'il ne serait qu'en seconde ligne dans un mouvement qui proclamait un autre chef et se grou})ait autour d'une autre popularité scientifique ; il prit une place mitoyenne ; il se plaça à la tête d'un tiers parti; son penchant le portait bien aux nouveautés, mais Luther allait trop loin , et c'était en le modérant qu'Erasme pouvait agrandir son importance : « Ne prêchez point , répondait Erasme , contre la personne et l'autorité des papes ni des princes; mais élevezvous fortement contre ceux, qui trompent leur confiance : ne dites rien avec arrogance ni par esprit de parti; prêchez Jésus-Christ, et rien que lui seul; dénoncez surtout ces prédicateurs ignorans qui ne débitent que des fables et ne parlent que de quêtes dans leurs sermons **. »
Toutefois Erasme ne condamnait pas eneore absolument les doctrines de Luther : « J'ai averti
' ÉRV8ME,iM<e/ Epist. lib. vi , Epist. 3.
** EaAsnE, inter Epist. lib. vi, /. c. Epist. 4.
TIERS PARTI PlIlLOSOPniQUE (1519). 101
ces gens-là de ne pas déclamer contre vous d'une manière si odieuse sans avoir lu vos livres. » Plus tard il lui écrivait encore : « Les scolastiques commencent à s'adoucir pour vous, peut-être parce qu'ils craignent la plume des savans, et sans d4?ute aussi parce qu'ils sont intimidés par leur propre conscience. Pour moi, je tâche de demeurer neutre , pour être plus utile aux belles-lettres qui refleurissent , et il me semble aussi que l'on avance plus par une prudente modération que par trop de véhémence *. b
Ce tiers parti d'Erasme empêcha que le luthé ranisme ne s'emparât subitement de toutes les écoles par le grand ascendant que le maître y exerçait; il posa un point d'arrêt au mouvement philosophique contre le catholicisme. Les Universités de Cologne et de Louvain , sous l'iu- Ouencede cet esprit, censurèrent vivement les thèses de Luther ; celle de Paris , tout en désapprouvant le système exagéré des indulgences , avait également condamné les théories de l'Université de Wittemberg **.
L'école philosophique poussait à une transaction. Le pape , à cette seconde période , eu avait conçu la possibilité , ou l'avait espérée. Léon X ,
* ÉRtsME, Epislol. 61 ,67.
** Sleidvh, Hist. lib. ii. — C(\r,niiErs , in art. et srripl Luther, ann. 1520, png. 24.
i02 ïtNTATIVES DE TRANSACTIONS (1519).
au milieu des doux loisirs que lui laissaient les plaisirs et les arts , s'était à ])eine occupé des progrès de la réforme; il avait lu les thèses de Luther , et trop ami des lettres pour ne pas en apprécier le mérite , il s'était écrié : « Ce frère Martin est un bel esprit ; tout cela n'est qu'une jalousie de moines *. » Il confia la mission de calmer ces disputes à Charles de Miltitz, son camérier d'honneur, d'une ancienne maison de Misnie. En même temps qu'il le chargeait d'offrir la rose bénite à l'électeur de Saxe , comme au défenseur de la foi , il lui donnait plein pouvoir pour rattacher frère Martin ausaint-siégedeRome. Quand il arriva en Allemagne , le nonce écrivit avec sévérité au dominicain Tetzel qu'il avait poussé les choses trop loin ; il appelait une franche et publique discussion , pour décider enfin entre les deux confréries monacales.
Cependant la prédication d'une réforme s'avançait toujours ; l'esprit de disputes engageait sans cesse de nouvelles propositions ; car les universitaires procédaient par thèse. Dans le colloque de Leipsick entre Eck , chef de l'école catholique absolue , et Carlostad , disciple ardent de la réforme, Luther posa des idées plus hardies et plus nettes contre l'autorité de Rome : « Je re-
* Che fra Martino fosse un bellissimo tngegno et chc cotesle cmno iuvidie fralescho , apud SEcxrunoRFF.