‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 54 sur 185 · LUTHER CONTRE ROME · texte numérisé non relu

LUTHER CONTRE ROME

connais une monarchie universelle dans l'Eglise catholique; mais la royauté de cette monarchie ne réside pas dans le pape ; elle est dans Jésus- Christ le seul et unique chef: ce qui distingue le pape des autres évéques résulte d'une institution purement humaine ; le souverain pontife et le concile sont des hommes ; donc il faut les éprouver par la raison , et leur appliquer cette règle de l'apôtre saint Paul : Juger tout et approuver tout ce qui est bon. Un concile n'est pas de sa nature de droit divin. » Ces propositions détruisaient les formes extérieures du catholicisme : elles substituaient l'empire de la raison , qui examine, à celui de l'autorité qui commande. Tout étant humain dans l'Eglise , rien ne devait plus désormais échapper à la discussion de l'homme ; tout tombait sous l'empire de la liberté rationnelle ■". Mais par un contraste a.ssez singulier dans cette théorie de la réforme, tandis que Carlostad proclamait les principes d'examen , l'indépendance de la raison humaine en face des institutions et des livres catholiques , il soutenait la servitude des actions de riiomme , l'absence du libre arbitre, la force toute-puissante de la grâce de Dieu, Nourris des grands ouvrages de saint Augustin et de saint Paul, les réformateurs fondaient leur

'Ad. disp. Leips. apud. Luther, toni, i, et MÉLVNtHT., Epist. ad Eck et OEi olamp. »

104 mrOSSIBILITÉ DE TRANSACTION (1519).

système tout entier sur ces deux passages : « Il est certain que c'est nous qui voulons , mais c'est Dieu qui nous fait vouloir , qui opère en nous le vouloir. Il est encore certain que c'est nous qui agissons, mais c'est Dieu qui nous fait agir, en donnant à la volonté des forces très-eflicaces *. » Et sur l'autre principe de Paul: «C'est Dieu qui opère en nous la volonté et l'accomplissement **. » Le pape vit bien que l'édifice entier de l'Eglise était menacé par les nouveautés prèchées dans la Saxe ; il avait encore cherché à transiger. Miltitz avait fait tous ses eflorts pour obtenir une rétractation. « Tu n'as qu'un mot à dire , répétait-il à Luther , revoco. Je te recommanderai au pape , et tu retourneras avec honneur auprès de ton prince. » Les novateurs avaient dépassé ces idées ; les choses' étaient trop av.incées, et le mouvement imprimé. D'un autre côté, les ardens catholiques , Jean de Eck et Tetzel pressaient le pontife d'en finir par un coup d'autorité contre l'hérésie. Ils peignaient l'Allemagne incertaine dans ses doctrines, se laissant alleraux vents de toutesles erreurs par la faiblesse du saint-siége. Les esprits absolus attribuent toujours le progrès des opinions à la faiblesse du pouvoir; ils ne croient à la force d'une autorité que lorsqu'elle se montre violente,

* Auci'ST. De gratid cl Uh. ait. chaji. xvi. '*Pail PHiiirp. II. 13.

EXCOMMUNICAT. COiNTKE LUTHER (1520). 105

aux époques même où la violence vient se heurter contre un fait comme la main d'un vieillard sur le bronze. Il eût été dillicile, sans doute, d'arrêter la réformation ; elle débordait par tous les cotés ; la prédication s'étendait loin de la Saxe ; avant même que Luther eût parlé, Zwingle annonçait l'Evangile aux pasteurs de la Suisse , et deux ans s'étaient à peine écoulés depuis la première thèse, que déjà la majorité des professeurs de science dans la Germanie en avait adopté les principes hardis ; mais des concessions faites à propos , la reconnaissance de quelques nouveautés , eussent arrêté le schisme. L'école des catholiques absolus ne comprit pas cette position ; elle domina bientôt Léon X ; on procéda donc à Rome contre Luther , et pleine et entière sanction fut donnée aux vieilles théories ; une bulle lojigue et développée frappa quarante-une des propositions luthériennes; cette bulle, œuvre de Telxel et des dominicains , se terminait ainsi :

« Nous avons fait tout ce qui était possible pour ramener Luther; nous l'avons cité à Rome, voulant le traiter avec beaucoup de douceur ; nous l'avons exhorté par nos lettres , par nos légats, à rentrer en lui-même ; Luther a méprisé ces citalions; il a même appelé du pape au concile , appel que les bulles de Pie II et de Jules II traitent d'hérésie; nous pourrions dès à présent condamner Luther , qui, nouveau Porphyre, a attaqué

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