‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 61 sur 185 · DIÈTE DE W0R51S D'APRÈS LUTHER · texte numérisé non relu

DIÈTE DE W0R51S D'APRÈS LUTHER

le même sauf-conduit avait été violé à Worms où ils me condamnèrent et brûlèrent mes livres. Et le héraut me demanda lui-même : « Songez- » vous encore à vous rendre à Worms ? » Quoique je fusse effrayé et tremblant, je lui répondis: « Je veux m'y rendre , alors même qu'il y aurait » autant de diables que de tuiles sur les toits. » Quand je fus à Worms, on me dit : « Remets- » t'en à S. M. I.; » mais je n'y consentis pas... Ils dirent ensuite : « Abandonne-nous au moins quel- » ques articles. » Je répondis : « Au nom de Dieu, « je ne veux point défendre des articles qui sont » étran{i;ers à l'Ecriture. » Mon docteur et les autres étaient mécontens de ma ténacité; quelques uns disaient que si je voulais m'en remettre à eux , ils céderaient et abandonneraient en retour les articles qui avaient été condamnés à Constance. A tout cela, je répondais: « Voici » mon corps et ma vie. » Kochlefîel vint alors et me dit : « Si tu veux renoncer au sauf-conduit, » je disputerai avec toi. » Je l'aurais fait dans ma simplicité; mais le docteur Jérôme Schurft' répondit en riant et avec ironie : « Oui, vraiment, » c'est cela qu'il faudrait : qui serait si sot?» Ainsi je restais sous le sauf-conduit. Quelques bons compagnons s'étaient déjà élancés en disant : « Comment ! vous l'emmènerez prisonnier ? cela » ne saurait être. » Alors le chancelier me dit : « Martin , tu es désobéissant à S. M, I. C'est pour-

LUTHER FNLEVE (1521). 115

» quoi il l'est permis de partir sous le sauf-con- » duit qui t'a été donné. » Je répondis : « Il s'est » fait comme il a plu au Seigneur. » Ainsi je partis dans ma simplicité, sans remarquer ni comprendre toutes leurs finesses. Voilà ce qu'il m'advint à Wornis où je n'avais pourtant d'autre soutien que le Saint-Esprit *. »

Une éclatante protection était bien nécessaire à Martin Luther; le légat menaçait de jeter interdit sur l'Allemagne , si l'on ne livrait l'hérétique frappé de la foudre ; ce fut alors que Frédéric de Saxe le fit enlever pour le sauver de cette grande persécution. Luther sortait de Hirsohfeld, petite ville de la Hesse, et traversait sur sa mule la vaste forêt de Thuringe , lorsque deux hommes masqués se précipitèrent sur lui et le conduisirent avec une violence feinte au château de Wartbourp^ , situé sur une de ces montagnes sauvages qui servaient de refuge aux anciens landgraves de Thuringe.

Aussitôt le bruit fut répandu que Luther n'existait plus , qu'il avait été assassiné, et le retentisse nient qu'feut cette nouvelle , les troubles qu'elle fut sur le point d'exciter, montra aux princes de la diète ({ue la cause de Luther se liait désormais à la majorité des esprits en Allemagne. Partout on

<i J'emprunte encore l'excellente Uailuction tic M. Hli clielet.

Page 1