PLAINTES DE L'ÉCOLE PHILOSOPHIQUE
ther, l'homme qui teiupérait par la douceur de ses opinions la fougue du maître, s'en plaignait déjà. Érasme lui écrivait, en quelque sorte, au nom de Fécole philosophique ; « Ce qui me blesse dans Luther, c'est que tout ce qu'il entreprend, il le pousse à l'excès; si on le prévient, il marche à des excès plus grands encore ; je connais son caractère par ses écrits aussi bien que si je vivais auprès de lui; c'est Achille impitoyable dans ses colères, et puis joignez à cela un grand succès, l'orgueil de paraître sur un si vaste théâtre : n'y a-t-il pas assez pour rendre superbe la modestie ellemème*?» Mélanchton répondit à Érasme pour justifier Luther : car il cherchait à attacher à la prédication nouvelle les opinions modérées que l'esprit impérieux du solitaire de Wartbourg s'aliénait malheureusement.
Luther resta près d'un an dans son ilc de Pathmos ; mais , sur les avis de quelques uns des docteurs de l'Université, il reparut à Wittemberg pour continuer l'œuvre. Il avait annoncé sa résolution à Frédéric de Saxe, l'exhortant à bien l'accueillir; car si les magistrats refusaient d'entendre la parole de Dieu, les plus grands malheurs étaient prêts à fondre sur l'Allemagne. C'est pour préparer cette rénovation de l'Eglise et de l'État, qu'il
* Érasme, hilfr Epistol. liv. vi, Epïst. 3, ad Melanrhto».
120 PAMPHLET CO^iTRE LES ÉVÊQUES.
publia un pamphlet latin sous ce titre : Conlre l'ordre des évéques ainsi faussement appelés; il y prenait le titre d'ecclcsiaste de Witteraberg, titre qu'il avait reçu de Bien et non des hommes *. (]e pamphlet , qui fut immédiatement traduit en allemand , renversait tous les fondemens de l'épiscopat. « L'ordre des évoques est un réceptacle d'ignorance, de débauche et de tyrannie, parce qu'il suit les traditions des hommes, et qu'il adore l'idole du pape. Que sont aujourd'hui les églises et les monastères? des portes d'enfer, des boutiques de cérémonies inutiles. Et pourquoi le célibat des prêtres et des évéques? Je vous le dis en vérité, chrétiens, vous devez les regarder comme les vicaires du démon **. » Et pour jeter tout-à-fait hors des traditions de l'Église catholique les consciences et les opinions , Luther publia sa traduction de 1 Lt Bible eu langue vulgaire, avec des notes et des commentaires capables de soulever toutes les croyances vieillies.
Après avoir affaibli la foi catholique et exposé sa théorie nouvelle, il invoqua les intérêts et les sympathies populaires, et tel fut l'objet de son grand ouvrage sur le Fisc commun, composition hardie qui s'adressait à toutes les intelligen-
* Achersàs falsà nominatum onlivcm episcopor (inffr opéra Luther., tom. ir, pag. 305).
** LtiTHER , nper. »om. u, fol. 305.
LIVRK DU FISC CDM.TIUN (1523). 121
ces. Luther proposait d'abord , coiunie premier moven , d'abolir tous les monastères et de s'emparer de leurs biens immenses. Les revenus de ces biens formeraient un fisc commun pour répondre à tous les besoins de la société. On devait faire huit lots ou portions qui seraient ainsi distribués : une part pour les prédicateurs nécessiteux du culte et les administrateurs du bien commun ; la seconde pour les hommes et les femmes qui se livreraient à l'éducation du peuple ; la troisième pour les vieillards, les infirmes et pour fonder des hôpitaux, de malades. Les monastères des ordres mcndians , ces vastes bàtimens de pierre , devaient être destinés à un double objet d'éducation et de charité publiques; au lieu des œuvres inutiles, on aurait ainsi une grande aumône sociale; la quatrième part devait être assignée aux orphelins sans appui dans ce monde de misères; la cinquième aux pauvres chargés de dettes et qui ne peuvent tendre la main pour appeler l'aumône des fidèles; la sixième serait destinée aux étrangers qui demanderaient l'hospitalité dans les villes; la septième servirait à la réparation des bàtimens publics pour les maintenir dans un état convenable ; la huitième enfin pour établir de nombreux magasins de blés, garantie contre les mauvaises récolles *.
* CocHL.ïcs, in act. et scrijjt. Luther, ad aiin. 152IÎ, pag. 89.