‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 70 sur 185 · DIÈTE DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

DIÈTE DE NUREMBERG

diètes et de punir les révoltes des Etats d'Aragon et de Castille, il ne pouvait apporter cette surveillance attentive , cette sollicitude politique nécessaires à la répression des nouveautés. Ensuite il n'était pas maître absolu ; le corps électoral se montrait d'autant ])lus jaloux de ses droits que Charles était plus puissant. L'empereur l'avait bien vu dès son arrivée dans la Germanie. La diète de Worms , dont j'ai déjà parlé, avait condamné les erreurs de Luther; Charles-Quint avait prononcé que l'hérésie serait poursuivie selon les vieilles lois de l'Eglise , et peu de temps après Frédéric de Saxe abolissait la messe à Wittemberg, d'après l'avis de l'Université au sein de laquelle était née la réforme. L'empereur devait s'apercevoir avec quelle mollesse s'exécutaient ses prescriptions ; mais alors il était engagé dans la guerre avec François 1" , et les mouvemens des batailles ne lui permettaient pas toujours de suivre les affaires de l'Allemagne.

Les intérêts de Charles-Quint se liaient pourtant à la cause du catholicisme ; il venait de faire élever au souverain pontificat Adrien VI sou vassal *, et il se crut alors assez fort pour faire convoquer, par Ferdinand son frère , archiduc d'Autriche , une diète à Nuremberg. Cette diète avait deux objets : la défense du royaume de Hongrie

' Rats^id. ad aiin. 1522, n» 43.

UÔ niÈTE DE NUREMBERG (1522).

contre une invasion des Turcs , et par-dessus tout le pape recommandait à son légat, l'évèqueCheregat, député auprès de l'empereur, l'extirpation de la secte nouvelle qui menaçait l'Allemagne*. Le résultat de la diète fut tout-à-fait opposé à CQ que Charles-Quint et le pape espéraient alors. Au lieu de seconder le mouvement catholique , l'assemblée déclara «que les livres de Luther avaient persuadé beaucoup de peuples ; que la cour de Rome avait suscité plusieurs griefs et des maux ijifinis aux diverses nations germaniques; on ne pouvait dès-lors obéir à la sentence portée contre les doctrines de la réforme , car s'il en était ainsi , on s'imaginerait dans toute l'Allemagne qu'on n'agissait que pour détruire la vérité du pur Evangile. Voulait-on appeler la guerre civile ?» En résumé, la dicte de Nuremberg posa cent articles de griefs en forme de protestation authenti({ue. Le tiersparti universitaire ayant dominé dans cette diète, y fît prévaloir les opinions d'une réforme philosophique. Pour éviter le mouvement populaire, on arrêta les points suivans : plus de redevances pour les dispenses de parenté; plus de prédications d'indulgence ou d'évocation au saint-siège ; plus

' Adrien écrivit à ce sujet un bref fulminant à rélecteur (le Saxe : le pape parle de Luther dans les termes du plus )>rofond mépris : Vnicarnali homuncioni, xempereruitanti < tapitlam cl poluin. (Concii. coUect. tuni. x.xxiv, page 377)

LE INONCt; CAMPEGE (1523). 141

d'annales; plus d'abstinence; dlmiimlion du nombre des l'êtes ; les vœux et le célibat restreints *. ' Quand Clément VIÏ , qvii venait de succétler à Adrien, eut reçu ces griefs , il envoya un nouveau légat plus habile et plus prudent, afin d'ébranler la résolution des électeurs. C'était le moment oit l'Allcmague était en feu par la révolte des anabaptistes , et le nonce Campège ne manqua pas de déployer l'immense et triste tableau des populations soulevées. « Je ne comprends pas ,s'écria-t-il , (|ue tant de députés si sages, si prudens, tentent il'ébranler la religion. Les changemens qui commencent par le spirituel finissent toujours par le temporel ; tendent-ils à autre chose qu'à la rébellion contre les souverains elles magistrats ?

— C'est pour éviter ces grands troubles , répondit la majorité des électeurs, que nous avons envoyé auprès du pape un long mémoire sur les griefs qu'il doit et peut satisfaire. » Le nonce déclara que le pape n'avait ])as eu connaissance de ces griefs; il convint pourtant d'un premier principe, c'est qu'un concile libre et régulièrement élu serait convoqué dans une ville indépendante de rAllemagne ; il consentit également à une réforme dans la discipline du clergé; car, faut-il le (lire, jusqu'au jour des funérailles, dans les

' Act. couvent. Norimhery npiid Goklast. inconst. impvr., loin. 11. La (Hète se tint dans le mois de mai 1.51Ij.

i42 STATUTS DE NUREMBERG (1525).

pompes que l'Eglise rendait aux morts , des clercs se portaient en foule aux cabarets pour s'y livrer à la débauche au milieu des concubines et des vastes brocs de vin du Rhin *

Les statuts de la diète de Nuremberg , œuvre du parti modéré , ne contentèrent pas les deux extrêmes : le catholicisme impérieux même dans ses dangers, et la prédication impatiente du luthéranisme. L'empereur écrivit sévèrement à la diète , et en même temps une assemblée nouvelle , convoquée à Spire , et tout entière de princes protestans, déclarait « que chaque prince se gouvernerait ainsi qu'il entendrait en matière de religion » (première proclamation de la liberté de conscience reconnue seulement à Passaw ) ; ■lans chaque électorat, dans chaque ville libre, lesUniversités et lesénat devaient députer des personnes de science pour examiner les écrits et formuler un corps de doctrines qui serait soumis à l'assemblée générale.

L'effet de cette décision se manifesta au sein de la communauté militaire qui gouvernait le Brandebourg. Les chevaliers teutoniques observaient la continence comme les monastères ; leurs fiefs étaient régis par les lois des conciles et considérés comme biens mOnastiques ; ils avaient des règles , des al3stinences; mais , société militaire, ils avaient

* PAitAviaiv. in Ilisl. concil. Trident, liv. ii, pag. 176.

SÉCULARISÂT. DES ClIEV. TEUTON. (1526). lia

contracté ce besoin de licence , caractère antique et commun des templiers et des hospitaliers. Albert, grand-maître de l'ordre, se déclara luthérien et .se proclama prince séculier sous la protection des Polonais ; il épou.sa , la même année , Dorothée de Holstein, comme pour donner une sanction matérielle à sa nouvelle croyance ; car , déjà d'un âge avancé , on ne pouvait croire que le désir d'une jeune épouse l'eût entraîné dans la réforme. Luther avait fait une proposition seml)lable à Albert, archevêque de Mayence; là, il ne réussit point : l'archevêque ne consentit pas à la sécularisation *.

Tout ce qui était corporation militaire et armée, hommes de fer et de batailles, s'attachaienl particulièrement à Luther; l'Allemagne était alors sillonnée par une multitude de valeureux compagnons, combattant sous le premier étendard qui s'élevait par les champs de guerre ; la réforme favorisait le pillage des terres ecclésiastiques ; elle leur permettait de se faire de bons fiefs avec les opulentes prébendes; et lorsque Seckingue, l'ami de Luther , attaqua les cercles ecclésiastiques, tous ces hommes accoururent autour de lui pour .soutenir les opiuious et les intérêts de la noblesse réformée.

' LiTnER , EpistoJ. ad Aibertiini Mogunf. archieptirop, apiirl Cochl. , 1526, pag. 129.

144 CATHOLICISME DE ClIARLtS-QUINT (1526).

En même temps Jean , électeur de Saxe , qui avait succédé à Frédéric , protecteur de Luther, fit aussi profession publique du luthéranisme ; un édit solennel permettait la prédication de l'EvangUe ; l'autorité du pape était complètement abolie , ainsi que les ordres monastiques, (£ue l'électeur traitait avec une rigueur extrême. Tous leurs biens étaient confisqués , et l'électeur en appliquait moitié à son profit, afin de les inféoder à la noblesse; un quart était réservé aux hôpitaux , et le dernier quart aux ministres. Le landgrave de Hesse suivit cet exemple , et se proclama luthérien avec la même solennité. Les villes libres de Nuremberg, de Strasbourg abolirent également les messes privées *.

Charles-Quint , au milieu de ses gloires d'Italie , tandis qu'il retenait François P"" , son royal captif de Pavie , réclama de la diète de Spire Texécution de son édit impérial de Worms. La lettre de l'empereur était datée de Séville ; l'expression paraissait menaçante , et pourtant la diète, sans s'ébranler, choisit des commissaires dans le parti des réformateurs modérés. Les villes libres les premières déclarèrent hautement qu'il n'y avait pas possibilité d'exécuter l'édit de l'empereur, à moins d'exciter des séditions populaires. L'électeur de Saxe et le landgrave, déjà pronon-

' CocHi^us, de acf. e{ script. Luther , ad ann. 1526.

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