‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 69 sur 185 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

OAR&CTÈRB POLITIQUE DE ta RÉFORME EN ALX.EMAGNB.

La propriété. — Constitution germanique. — Charles- Quint. — Diète de Nuremberg. — Diète de Spire. — Protestation des princes luthériens et des \ilies. — Diète d'Augsbourg. — Origine du nom de Protestans.

Dans le désordre profond qu'avait produit au sein du corps germanique la prédication anabaptiste de Muncer, les chefs du luthéranisme s'étaient parfaitement posés; Luther, comme on l'a vu,

136 CIIANGEM. DA^S LA PROPRlÉrÉ (16"= siècle).

avait écrit avec verve et dévouement contre la multitude armée. Mélauchton , plus rapproché du parti mitoyen et modéré, avait suivi plus nettement encore cette voie d'ordre politique; Carlostad lui-même n'avait pas voulu subir la responsabilité d'une révolution radicale et populaire; tout en se séparant de Lutlier, il avait protesté de son obéissance à l'autorité séculière. Dans cette -situation bien établie, le luthéranisme préparait plus efficacement son avenir.

Tout changement qui emporte avec lui une grande mutation de propriétés est durable, parce qu'il se rattache à la terre et aux intérêts. Tel avait été le premier résultat de la prédication rél'ormatrice. Dans les cercles qui adoptaient la foi nouvelle , les seigneurs avaient séquestré les biens des abbayes et de l'Eglise ; s'ils n'avaient pas suivi en tout point le livre du Fisc commun publié par Luther, ils l'avaient au moins interprété dans le sens qui leur était favorable , en s'emparant des riches possessions des monastères *. Une fois maîtres de ces propriétés , leur intérêt se lia puissamment à la prédication évangélique. Ensuite on annonça aux clercs et aux moines la licence de se marier , et ceux qu'une continence rigide retenait malgré eux sous les pénibles lois du cé-

* Luther se ptaiiil même plusieurs fois de cette rapacité (lus sciîîiicurs.

SOUVERAINETE ALLEI^IANDE (16'' siélle). Î37

libat coururent au mariage comine uu vœu de la nature et de la liberté *. Ces deux faits a«'coniplis particulièrement dans la Saxe, et successi\ement imités dans les cercles qui la touchaient , unirent ia réforme au sol et aux mœurs du pays , les deux puissances sociales.

La souveraineté allemande elle-même éprouvait les effets de la grande révolution. Jusqu'à l'apparition de Luther, la constitution germanique, reposant tout entièi'e sur une loi commune, marchait facilement; il était rare que des intérêts divers séparassent les membres d'un même corps. A partir de la réforme, une division complète brisa les divers cercles de TEmpire ; on eut la distinction des princes protestans et des princes catholiques, et dans un siècle oîi la foi était si puissante et la religion une si grande affaire, l'hérésie naissant au sein d'une constitution devait produire d'abord l'anarchie, puis ensuite une transaction nouvelle pour régler une situation si neuve elle-même.

Maximilien ét;iit mort à la naissance du luthéranisme; les électeurs, d'un commun accord, avaient désigné Frédéric de Saxe pour l'Enqtire. C'était le protecteur de Luther et de la rélbrmei

r'iltiit '■ " - . ■;

Cailostad fut le premier qui se maria , cl Luilier ypprouva sa résolution. Episl. arl Gasp. Ciislol. foiiiiul. miss. toni. M , fol. 381, 386.

138 mTRIG. POUR L'EMP.—CHARL.-QUINT (1519-1530).

S'il avait accepté une telle dignité , l'Allemagne l)Ouvait tout entière changer sa religion sous l'autorité de la pourpre impériale; mais, plein de modestie et de crainte, ne voulant pas prendre sur lui la responsabilité d'une révolution de doctrines dont il ne savait pas encore la portée , Frédéric indiqua aux suffrages des électeurs Charles V, roi d'Espagne, archiduc d'Autriche*, ce grand Charles dont le nom remplit le seizième siècle d'une immense renommée. Charles V était catholique; ses intérêts se liaient à l'universalité de cette religion toute politique pour l'Espagne surtout; mais il devait la pourpre à Frédéric. Etranger en quelque sorte à l'Allemagne, obligé sans cesse d'enjamber la France pour présider aux

* Les vastes intrigues diplomatiques pour l'élection iml)ériale se trouvent très-bien analysées dans l'immense et curieuse collection manuscrite de Fontanieu : elles forment près de huit carions de correspondance entre François 1*", ses envoyés, le pape, les électeurs ; la plus curieuse de ces pièces porte ce titre : Instructions aux députés vers les princes d'Allevtagne , concernant les prétentions de François I" a l'Empire après la mort de Maximilien. (Bibliothèque du Roi; mss. de M. de la Marc, in-4°. parch. cott. 10,332.) 11 n'entre pas dans mon sujet de m'occuper d'abord de ces mouveniens diplomatiques , qui ne tiennent point encore à la réforme. La prédication de Luther était trop récente, l'y reviendrai avec détail pour la ligue de Smalkalde.

Page 1