‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 85 sur 185 · RÉFORMATION A GENÈVE · texte numérisé non relu

RÉFORMATION A GENÈVE

Ainsi la réformation ne s'attachait pas seulement aux institutions religieuses ; elle embrassait encore la morale de la société ; elle prescrivait comme gouvernement des peines pour la conservation des bonnes mœurs comme pour les actes de foi ; système bizarre qui prêchait la liberté dans l'examen, et imposait, pourtant comme pouvoir politique un formulaire de croyance qu'il fallait suivre invariablement!

Le changement le plus solennel, et qui retentit le plus profondément au sein de la Suisse paisible , fut celui de Genève. Genève , ville libre impériale , luttait depuis un siècle sous la protection de son évèque , contre la maison de Savoie qui en convoitait la souveraineté. En 1S18, les ducs parvinrent à re\ ètir de l'évèché de Genève Jean, bâtard de leur race, et dès-lors ils résolurent de concert la domination de la cité umnicipalc. La lutte fut sanglante. Bonnivard sauva sa patrie : Genève se mit sous la protection de Tribourg, pour échapper à la tyrannie delà Savoie ; elle conquit sa liberté *. Les deux réformateurs Farel et Viret avaient commencé dans cette

* Histoire de la tille et république de Gencce, par François de Boniii\aid, niss. — Rosit, Chronique de Genùte, ou sommaire-recueil de ce qui se trouve des affaires de Genève, inss. — GoDEFROï { Jacq ) , Mémoires louchant l'étal et la ville de Genève jusqu en 1617, 3 vol. in-i".

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cité déjà studieuse et célèbre le grand œuvre de la prédication. Ils étaient partout favoraLlcment écoutés lorsqu'ils annonçaient l'abolition des cérémonies romaines et la simplicité évangélique. Un premier décret du sénat avait permis l'exercice commun du catbolicismc et de la réforme. Dès-lors les deux sectes en présence commencèrent une vive et pressante polémique ; on se disputait sur l'Eucharistie, sur les images, sur la messe, controverses qui partout se manifestaient alors. Il est impossible de peindre l'efiet merveilleux que produisait la prédication de Farci*: le peuple se levait pour l'entendre alors qu'il portait la parole à Saint-Pierre au son de la grosse cloche , à Saint-Gervais ou à Sainte-Madeleine. Le résultat de ces prédications fut si puissant ([ue le peuple se livra aux plus violens excès contre les images des saints, les chasses bénites. Rien n'échappa à cette fureur des nouveaux iconoclastes: les croix , les tabernacles , les statues , les tableaux , monuniens des arts, uesc sauvèrent point de

* Vie de Guillaume Farci, liréo de ses lettres, avec un raccourci de l'IIisloire delà ré formation de Ce/ièce, manuscrit de la RiblioUictiue de Genève. — Choipxrt, Uist. de Guillaumo Farci. Les principaux ouvrages do Farel sont : la Confession de foi de l'Église de Genève, in-24,1537. — Traité du purgatoire, in-12, 1513. — Du vrai usage de la croix de Jésus-Christ, et de l'abus et idolâtrie commis autour d'elle, iu-12, 1560.

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cette rage fanatique , et la grande figure de Charleniagne ne fut point épargnée*. Le peu})!e s'étant ainsi prononcé avec violence , les magistrats sanctionnèrent sa volonté. Un décret du sénat ordonna qu'à tout jamais la religion réformée serait établie dans le canton de Genève , et que chacun serait forcé de la professer. Pour laisser un monument éternel de cette révolution , on grava sur l'airain une inscription solennelle : « En méjuoire de la grâce que Dieu nous a faite d'avoir secoué le joug de l'Antc-Christ romain , aboli les superstitions et recouvré notre liberté par la défaite et la fuite de nos ennemis **. » Ces ennemis mis en fuite n'étaient pas seulement les moines bernardins, les opulcns bénédictins et leurs abbés, mais de pauvres religieuses. La sœur de Jussie , de l'ordre de Sainte-C^laire , a écrit ellemême le simple récit de leur départ de Genève. Une seule d'entre elles sentit les aiguillons de la chair et consentit à briser les liens éternels du monastère; les autres, jeunes encore, préférèrent se retirer plutôt que de ne pas avoir la messe que les syndics leur avaient refusée. Les magistrats les accompagnèrent jusque sur la frontière de la Savoie, afin qu'il ne leur fût fait aucune insulte, tandis que Farel leur prêchait sur ce verset de

Si'OK. Ilist. de Genève, li\. ii, pag. 361 et suiv. '* Sros. en donne le texte, ttec?.

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