LE PRINCE D'ORANGE
point de se soumettre au jugement de ceux qu'ils sont appelés à gouverner. La légitimité du prinee est indépendante de l'opinion des j)euples. II ne s'agit plus aujourd'hui de faire l'examen de mes titres; je traiterai comme des rebelles ceux qui désormais prétendroient limiter mon pouvoir *. » Dans ce seizième siècle, si puissant d'intelligence et d'activité, deux droits paraissaient en présence : le libre examen et la souveraineté populaire d'une part; le droit divin et l'obéissance passive de l'autre ; l'un se personnifiant dans la réforme religieuse pour devenir ensuite politique, l'autre dans le catholicisme et la royauté aljsolue.
J'ai déjà parlé de l'esprit des populations du Brabant et de la Flandre ; Philippe II s'était efforcé de les gagner par les prédications catholiques; les antipathies pour la Hollande servaient toutes ses démarches; elles expliquent aussi cette facilité d'Alex. Farnèse à balayer de ses vieilles bandes, tout le sol belge, tandis qu'il trouvait une véritable et forte résistance aux rives de l'Escaut. Là brillait la puissance du prince de Nassau, tète glorieuse dont le conseil de San-Lorenzo connaissait toute l'énergie. Les mœurs du temps faisaient un moyen de l'assassinat. Quand on parcourt ces tristes annales , l'humanité frémit de la facilité avec laquelle on se joue de la vie ; une révolution
*Bibl. royale. — Madrid. 1583.
VSSASSINVT DE NASSAU (1582—1584). 161
qui soulève des passions vivaces, éteint dans le cœur toute pitié de son semblable: la poitrine d'un homme cesse d'être un sanctuaire; le poignard y va droit sans que la main tremble et le cœur faiblisse ; Philippe II se mit à celte déplorable hauteur de son époque , et l'existence de Nassau fut criée à prix ; on associa les récompenses d'argent et la noblesse pour le meurtrier; d'ailleurs n'était-il pas excommunié le maudit huguenot ? et dans les opinions catholiques , un excommunié était le coupable des lois romaines, privé de l'eau et du feu , rejeté en quelque sorte de la société. Il se trouva donc des assassins *. Le premier fut un Espagnol du nom de Jauregui ; il atteignit Nassau d'un coup de pistolet qui traversa d'une joue à l'autre sans le tuer. Un gentilhomme du nom de Balthazard Gérard , né en Franche- Comté, pays d'Espagne, le frappa mieux et plus fort : le 10 juillet lo8i, Nassau tomba aux pieds de sa femme , la fille de Coligny, baigné dans son
* 16 avril 1582 : " Détails sur l'assassinat du prince d'Orange. OIss. de Bélhune, n''8794, fol. 127. — 1582 :« Discours véritable de ce qui est advenu en la ville de Bruges l'an 1582, par ce que le roy rhilippe d'Espagne a derechef pratiqué nouveaux traisires et meurtriers pour osier la vie au duc de Brabaiit, Anjou, Aleiiçon , ensemble au prince d'Orange, par poison ou quelque autre sorte de meurtre. • Portefeuilles Fontanieu, n"' 356-357.