‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 108 sur 234 · MESURES CONTRE LA LIGUE · texte numérisé non relu

MESURES CONTRE LA LIGUE

en Flandre , époque de crainte et de tourmente j)Our Philippe II. S'il faut en croire la déposition écrite de Salcède, déposition qu'il rétracta au Jiioraent du supplice , il était ([uestion d'allumer simultanément la guerre dans tout le royaume de France. On était sûr des provinces de Picardie , Champagne, Bourgogne et Bretagne; les troupes pontificales et de la Savoie entreraient en France par le Lyonnais , et les espagnols feraient une invasion par les Pyrénées. Salcède avait charge d'aller trouver le duc d'Anjou avec un régiment , de lui offrir ses services , gagner sa confiance et tâcher d'obtenir le gouvernement de quelque place forte qu'il aurait livrée au duc de Guise; Henri II î effrayé par ce soulèvement , aurait été forcé de mettre à la tète des armées Henri de Guise; lequel aurait empêché la rentrée en France du duc d'Anjou, le livrant à la vengeance de Philippe II. Salcède fut condamné par le parlement comme criminel de lèse-majesté*.

Le conseil du roi , prenant ainsi un acte de vigueur envers la ligue** , dénonçait ses projets au

*« Confessions et a\eux de Nicolas Salcède, en présence du duc d'Alençon et d'Anjou , frère unique du roy. — Arrêt du parlement, qui le condamne à estre tiré à quatre chevaux en place de Grève, et sa teste portée à Anvers pour v cstre exposée. » Mss. deColbert, ^ol. xxix , rcg. en pardicm.

** 1 1 novembre 158i : !• Desclaration du roy contre ceux

170 TRVITE DE JOm VILLE (15S4).

parlement, et ce parlement condamnait l'agent des Guise et du roi d'Espagne à un supplice terrible. Il était temps pour les catholiques de se montrer; les rapports devinrent plus intimes , et plus tard fut signé le traité secret de Joinville , pièce la plus importante dans l'histoire du droit public de la ligue. Ce traité était commun à toute la maison de Guise et au roi d'Espagne ; ses dispositions principales étaient : 1" l'exclusion absolue du trône non-seulement contre le roi de Navarre, mais contre tout prince du sang de France qui ne sera pas catholique; 2° la reconnaissance du cardinal de Bourbon pour héritier de la couronne au cas du décès de Henri III sans enfans mâles légitimes ; B° l'interdiction en France de tout exercice de religion autre que de la foi romaine ; 4° la réception du concile de Trente dans le royaume ; S" la restitution à l'Espagne de Cambrai , seule place que possédait la France par l'entreprise du duc d'Anjou sur les Pays-Bas. A ces conditions, le roi d'Espagne s'engage à payer aux ligueurs cinquante mille ccus d'or par mois pour faire la guerre aux huguenots. Le traité devait demeurer secret pendant quelque temps , afin

(|iii font ligues, associations, enrosleniens , menées et practi(iues contre Testât de son royaume, avec abolition pour ceu\ (jui s'en despartironl. » Paris , Frédéric More!.

CONSÉQUENCES DU TRAITÉ DE JOlNVILlE (1584). 171

de ne point fournir aux hérétiques une raison pour prendre les armes les premiers *.

Il est facile de voir que ce traité était entièrement dirigé contre Henri de Navarre et le prince de Condé, huguenots déclarés. On maintenait la légitime succession dans le cardinal de Bourbon ; la maison de Lorraine se trouvait ensuite appelée à l'exclusion des deux héritiers interdits pour cause d'hérésie. La convention de Joinville allait devenir la base de toute négociation politique ; elle rétablissait le catholicisme en toute sa pureté pour en faire le titre unique à la belle et grande couronne de France.

Un pareil traité , conclu sous l'inspiration de telles idées , ne pouvait avoir une entière force qu'avec l'assentiment de Rome. Grégoire XIIÏ occupait encore le Saint-Siège ; pontife de mœurs douces, d'habitudes simples, il n'hésita pourtant pas à se jeter dans un mouvement décisif. 11 s'agissait d'arracher une couronne du front de Henri III pour en parer le duc de

* Traité entre Philippe II, roi d'Espagne, et la maison de Guise, passé à Join\iHe le 31 décembre 1584. Mss. de Béthune , \ol. 8866, fol. 9. — de Mesmes, tom. i , n° 89^'/^ — Colbert, vol. xsi , reg. en parchem. — Dupuy, vol, ixxxvii, et dans le recueil de Léonard , tom. u, pag. 636, édit. in-4''. Paris, 1693. Ce traité fut renou\elé par le dur de fjuise à Reims, le 2 septembre 1585.

172 DÉPÊCHE DU PÈRE HIATlllEU (1585).

Guise. La ligue délégua le père Mathieu , de l'ordre des jésuites. L'influence de cet ordre naissant était toute puissante à Rome; le père Mathieu , tête active , intelligente , habile, devait faire connaître au pape la constitution de la ligue , ses chances de succès , les forces immenses dont elle disposait. Le père Mathieu passa en toute hâte les Alpes , et , dans une dépêche au duc de Nevers , il nous a conservé les confidences qu'il fit au Saint-Père , et les réponses qu'il en obtint : « Trois jours après mon arrivée j'eus audience du pape , auquel je présentai les lettres de créance de monseigneur le cardinal de Bourbon , celles de MM. de Guise et autres , les vostres , et je luy fis le discours de Testât des affaires. Je n'eus pas beaucoup de peine à persuader tout le contenu de mon instruction , car il estoit déjà assez bien informé , de manière qu'un peu avant mon arrivée il s'estoit résolu de desclarer par sentence publique le roy de Navarre et tout prince du sang hérétique , incapables de la succession du royaume de France , s'il n'en eust esté empesché par la remontrance d'aucuns cardinaux. Le pape m'interrogea fort particulièrement sur chacun article de mes instructions , et m'ayant ouy fort bénignement , il me dict que c'estoit une affaire de très-grande importance pour le service de Dieu et de toute la chrestienté , et qu'il se vou-

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