TR.V^IE CONTRE LES POLITIQUES
ce sont les convictions timides qui n'osent point prendre une résolution décidée; ces hommes sont là comme des obstacles que les opinions ardentes voudraient secouer. Il existait en dehors delà ligue un nombre de catholiques dévoués au roi et qui s'étaient refusés à signer la sainte-union. Quand on était bon huguenot, c'était un drapeau ; on pouvait vous reconnaître; et les cités municipales n'eussent pas hésité à vous combattre et à se prononcer contre vous ; mais ceux-ci se disaient et se proclamaient catholiques; ils morcelaient le parti de la ligue, divisaient la grande opinion qui se groupait autour du duc de Guise; de là cette fureur contre les politiques, consciences tièdes , esprits sans énergie , plus maudits que les huguenots eux-mêmes.
Dans les monumens de la ligue on voit « le pourtraict et description des politiques de ce temps , extraictde l'Escriture-Saincte. «C'est un monstre effroyable, moitié femme moitié poisson : la tète entourée de vipères , lié et garrotté à un arbre brisé ; ses mains sont teintes de sang; dans la dextre il tient une bouteille remplie de bon vin, signe d'ivresse et de débauche , « la plus grande vertu des politiques estant de flatter un chascun et d'oster le courage aux plus forts , on l'avoit représenté femelle ; il estoit lié par un lien d'or , parce que le désir d'amasser de l'argent lui enlevoit sa liberté; ses mains sanglantes sigiiifioienl assez que,
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méchant , inhumain , il ouvre le flanc du pauvre peuple pour repaistre ses cruautés impitoyables ; il tenoit enfin une bouteille en sa main dextre pour autant que son premier soin est de faire grande despense et de bien remplir et engraisser sa panse*.» Tantôt il est représenté en forme d'autruche qui a des ailes pour voler , mais que la lourdeur de ses pieds l'en empesche **; quelquefois il est peint
* Quel est ce monstre icy , et comment a-t-il nom? Des Grecs est dit syiène , et des Hébreux Dagon , Et ce siècle aujourd'huy Politique l'appelle; Mais ditcs-moy un peu, pourquoi est-il femelle? Sa plus grande vertu est d'un chascun flatter. Et des plus forts le cœur et lecourage ester. Pourquoi tirant vers bas , et depuis la ceinture Est-il comme un poisson? Pource qu'il est parjure Et qu'il cloche douteux de tous les deux côtés. Pourquoi un lien d'or lui ceiut-il les cotés? Le désir d'amasser beaucoup d'escus ensemble Le rendant serviteur sa liberté lui emble. Mais pourquoi sont ses mains ainsi pleines de sang? Pour autant qu'inhumain il a ouvert le flanc Du peuple, et a repu ses cruautés sanglantes De ses tristes boyaux et entrailles tremblantes. Pourquoi une bouteille est sa dextre tenant? Pour autant que le soin plus grand de maintenant, Et mesme le premier est d'engraisser sa panse , Se donner du bon temps et faire grand despense.
** L'autruche qui eslend ses deux ailes en l'air Ainsi que l'épervier, et faict semblant voler;
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en crocodile {produit d'un œuf glaireux ) qui con- ( refait les pleurs d'un petit enfant pour attirer les passans, et puis, qui les meurtrit cruellement une fois en son pouvoir *. D'autres gravures enfin le reproduisent en cochons, eu hibous , en crapauds , en léopards , et en corbeaux croassant **. »
Et ce parti politique était le seul appui de la royauté , combattait pour elle , dirigeait sa conduite ; et voilà pourquoi cette royauté était si violemment attaquée par les opinions extrêmes.
Mais ses pieds de cheval l'arrestant en la plaine Est l'image f*t pouriraict de toy qui es content , Estre vu catliolique et ne l'es pas pourtant , N'ayant souci de rien que de la chose humaine. * Le crocodille enfant d'un petit œuf glaireux Conirefaisant les pleurs d'un pauvre langoureux, Meurtrit cruellement ceux qu'à soi il attire. Tels sont , ô messager , vos dissimulés pleurs, Qui pleins du sangdu peuple, et gras de leurs malheurs. Feignant vous en fascher , n'en faictes rien que rire. '* Recueil général de pièces détachées et figures qui regardent la ligue, 1589, 1.594 , fait par M. L'Étoile, l'auteur du Journal historique, Bibliothèque royale (salle des imprimés).