LES LIGUEURS CONTRE D'ÉPERNON
la couronne des Valois. Dévoués au principe de l'hérédité , les politiques cherchaient surtout à lever le grand obstacle de la religion qui s'opposait à l'avènement du roi de Navarre à la légitime succession de la couronne. Leur tète était encore le maréchal Damville, la haute famille des barons de Montmorency , les maréchaux de Matignon , Biron, et au-dessus d'eux, tous dans les faveurs du roi , Lavalette. duc d Epernon , dont le dévouement aux idées de transaction était calomnié par les ligueurs. C'est contre lui qu'éclataient les pamphlets et les caricatures ; on le dépeignait sous les traits du diable soufflant dans l'oreille du roi Henri III toutes les résolutions contre la sainte-ligue ; d'Epernon , misérable athéiste , cœur sans piété et sans vie religieuse *. Dans le parti politique il fallait comprendre les parlementaires , grands négociateurs de cette époque : c'étaient presque toujours les présidens ou conseillers au parlement qu'on chargeait
Voyez les curieuses caricatures de la lijjue contre d'Épernon dans le grand recueil de la Bibliothèque du Roi. " Le soufflement et conseil diabolique d'Epernon à Henry de Valois pour saccager les catholiques. «On a^ait trouvé dans ce nom de Jean Nogaret , duc d'Epernon , l'anagramme :
Un ladre punais , Desoiroj estadyanco.
CORRESrONDÂNCE DES CATHOLIQUES (1583). 180
des ambassades ; ils préparaient aussi les rapprochemens entre les partis ; la plupart hommes de science et de ménagemens , caractère essentiel pour amener une négociation à bonne fin.
Les politiques étaient , en majorité , très-attachés au catholicisme ; seulement ils n'avaient point adhéré à la .sainte-ligue ; les uns par simple dévouementau roi;les autres par les liens de famille et leurs affections pour quelques hommes du parti huguenot. Henri III lui-même avait conservé de nombreux rapports avec le roi de Navarre, Dans la position que la ligue lui avait faite, il ne pouvait tout-à-fait se séparer de la chevalerie calviniste ; c'était un aide , un secours qu'on pouvait avoir besoin d'invoquer. La correspondance entre les deux rois n'avait pas cessé un moment ; ils étaient ])leins de ménagemens dans les plaintes même qu'ils portaient d'un parti contre l'autre; le 28 avril 1583, Henri III écrivait au roi de Navarre : « Mon frère , j'ai commandé à mon cousin le maréchal de Matignon vous accompagner au Mont-de-Marsan ainsi que vous en avez marqué le désir ; je veux en toute chose vous prouver combien je vous aime. Par la présente , je veux vous prier de deux choses : la première est que vous traitiez gracieusement les habitans de ladicle ville pour l'amour de moy qwi suis tenu en avoir soin pnur leur afi'cction et obéissance;