‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 120 sur 234 · HENRI III A HENRI DE NAVARRE · texte numérisé non relu

HENRI III A HENRI DE NAVARRE

l'autre est que vous vouliez aussi , en ma eouteuiplation , permettre à vos subjects catholiques de Béarn avoir l'exercice de nostre saincte religion catholique; deux raisons me mènent à vous faire cette requeste , laquelle si vous m'octroyez m'obligera grandementà vous;runela charité ehrestienne et le lieu qùejetiensenlachrestienté, ayant très-grande compassion de tant de pauvres âmes qui vivent et meurent journellement forcées en leur conscience et privées de la consolation et pasture céleste , qui est une rigueur qui m'afflige grandement : l'autre raison , mon frère , qui me convie à vous en rechercher, procède de la singulière amitié que je vous porte , cognoissant quel préjudice cause à vostre àrae et à votre réputation en mon royaume et ailleurs le traitement que reçoivent lesdicts catholiques. Considérez, je vous prie, que peut l'ire de Dieu excitée par les clameurs continuelles de tant de pauvres âmes affa- 7uées et languissantes qui gémissent et trespassent sous le faix de cette rigueur ; considérez ce que vous m'estes , le lieu que vous tenez en ce royaume, Testât et disposition d'iceluy, et combien vous peut nuire ou servir la bienveillance des catholiques dudict royaume, laquelle vous ne pouvez luieux vous concilier qu'en traitant favorablement ceux de vostre pays pour le faict de la religion, et comme vous avez recherché que le fussent en iceluy ceux qui font profession

PROJET DE COIN'VERSIO^i DE HENRI (1584). 191

de la vostre*. » Et quelquesjours après il lui écrivit encore : « Mon frère , le mareschal de 3Iatignon vous remettra la présente et vous dira de ma part le contentement que j'ai reçu de vostre bonne volonté à l'entretenement de la paix de mon royaume et de vostre particulière affection en mon endroict ; l'un et l'autre m'ayant esté confirmé par la restitution de la ville de Bazas, suivant mon esdict depacification, dont je vous remercie de très-bon cœur , et vous prie croire que je m'en rementerai en toutes occasions et ne serai à mon aise que je ne vous voie auprès de moy pour vous faire paroistre par effet et à l'œil que vostre bien et prospérité me sont plus chers et recommandés qu'à ceux qui vous en éloignent **. » La réponse de Henri de Navarre était pleine de respect et de soumission ; il demandait et appelait par-dessus tout l'exécution des derniers édits arrêtés en faveur de ses coreligionnaires.

Quant au parti politique , il suivait avec persévérance la conversion du roi de Navarre au catholicisme. Cette abjuration devait être le seul obstacle qui s'opposât à l'ordre régulier de la succession. Elle déjouait entièrement la ligue; car quel objet pourrait désormais avoir la sainte-

* Mss. de Béthune, vol. cot. 8854, fol. 92. *• Ihid., Ihid.. fol. 94.

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union , puisqu'on réconcilierait avec l'Eglise le chef du parti huguenot ? C'était une pensée prématurée ; les calvinistes , en supposant la conversion du roi de Navarre , n'en seraient pas moins restés sous les armes. Ils se seraient groupés autour d'un autre chef; Henri de Navarre n'aurait donné que lui. Un résultat seul aurait été obtenu , c'était l'exclusion de la maison de Guise. Ces nobles rejetons de Lorraine le sentaient bien ; aussi Henri , duc de Guise , comprenait-il la portée de la négociation lorsqu'il écrivait à M. de Nevers qui préparait cette haute affaire : « Monsieur , si la négociation dont vous vous meslez tendoit à une vraie paix et conservation de la foi catholique , il n'y a point de doute qu'il ne fust licite et méritoire d'aider à un tel bon œuvre ; mais selon le jugement et oj)inion de chascun , le but d'icelle n'est autre que de remettre un relaps dans l'espérance de la couronne de France , lequel sera toujours suspect et le doit estre aux catholiques : et ce me semble, n'est pas honneste d'estre auteur de telle paix ni aider à l'effeet d'icelle en quelle manière que ce soit. Si le roy de Navarre aujourd'huy estoit catholique et réhabilité pour la couronne , il n'y a personne qui ne jugeast que la religion catholique seroit en bien pire estât qu'elle n'est à présent , et en cela l'on peut considérer les exemples des choses passées, comme de Julien l'apostat et de la royne d'Angleterre , laquelle ,

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