‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 128 sur 234 · NÉGOCIATIONS TOUR LES PAYS-BAS · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS TOUR LES PAYS-BAS

bailleront point aide à ceux qui les possèdent à présent *.

A l'autre frontière, les Pays-Bas venaient s'offrir à Henri III pour en prendre possession à rencontre de l'Espagne. Quelque temps après la mort du duc d'Anjou, les États-Généraux des Provinces-Unies remirent un Mémoire à M. Brulart dans lequel ils disaient ne vouloir reconnaître pour souverain que le roi de France ; ils proposaient « de mettre en ses mains les villes de l'Ecluse et d'Ostende, les seules qu'ils possédaient et plusieurs autres promesses , tant d'argent que des cités qui par la suite se pourraient conquérir **. » Henri IIÏ expédia un membre du conseil auprès des députés : M. Brulart devait leur faire entendre « que Sa Majesté étoit marrye de voir leurs affaires en si mauvais train par les progrès du prince de Parme. Et pour le regard des offres qu'ils font à Sadicte Majesté , semblables à celles que demandoit monseigneur son frère , elle les prie de considérer que depuis ce temps-là les choses sont tellement changées qu'elle pense que quand mondict sieur vivroit encore, il feroit grand doubte d'entrer en ce party, eux n'estant plus maistres de la ville de Bruges. Et puis ils doivent penser

* Bibl. royale; inventaire mss. du trésor des (;har(res, inlol., vol. Mil , ont. 9425, fol. 316 vers.

•• ATss de Colbert, vol. 337, >I. R. fol. 223. IV. 18

202 SlTrATlOIN DIPLOMATTQUK (1584—1585).

(ju'il se pouvoit entreprendre plusieurs choses par Monsieur, lesquelles estant en luy exeusables, ne se trouveroient astre de mesme en Sa Majesté , qui s'est toujours faict cognoistre prince amateur du repos public de la chrestienté. Si elle entroit en traité avec lesdicts Estats , cela donneroit occasion très-grande de jalousie aux princes voisins. De sorte que pour ces raisons Sa Majesté ne peut entrer en aucune convention avec lesdicts Estats, qu'elle prie Dieu de vouloir bien conseiller, estant d'ailleurs preste à leur faire tous les bons offices qu'elle pourra , sans se faire tort ni ofiFenser sa réputation envers les princes voisins et le p-énéral de la chrestienté. Ayant estimé qu'il valoit mieux leur faire dire franchement ce que dessus que de les amuser davantage, les priant de prendre le tout en bonne part *. »

Henri refusait ainsi de se dessiner pour les provinces soulevées ; c'était une force sans doute que cette réunion ; mais elle appelait une intervention armée , une série de batailles contre le duc de Parme dont les cornettes victorieuses sillonnaient en tous sens les Pays-Bas. La situation des afl'aires diplomatiques de la France à l'extérieur parait parfaitement analysée dans une dépêche de M. Hurault de Maisse , ambassadeur à Venise, qui rend le compte le plus exact de

* Mss. (le Colbert, vol. 3S7, M. R. Col. 241.

SITUATION DE L'tUROPE (1584—1585). 203

tout ce qu'il a appris par les correspondances établies de toutes parts en Italie , en Suisse , en Piémont , à Constantinople : « Tout ce qui est important aux intérêts de Vostre Majesté, c'est que l'empereur faict des levées si considérables en Italie , qu'elles inquiètent tous les souverains en général de cette partie de l'Europe prévenue que la maison d'Autriche aspire à la monarchie universelle. La France est la ressource des princes allemands et des États italiens dans leurs alarmes ; et c'est sans doute à ce sentiment qu'elle est redevable de l'attachement qu'ils ont pour elle. «

M. de Maisse ne le dissimule pas , et fait voir que ce qui rendait les Vénitiens si pressans pour engager le roi à faire la guerre à l'Espagne dans les Pays-Bas , était la sûreté dans laquelle ils seraient contre l'ambition de la puissance autrichienne lorsque ses forces seraient employées dans un pays si éloigné. Toute l'Italie ne pensait pas ainsi : l'Espagne avait débauché le duc de Savoie à la France ; elle cherchait à aliéner les Suisses ; le duc de Parme lui était acquis ; les ducsde Ferra re et de Florence n'étaient pas d'une fidélité bien affermie, et étaient d'ailleurs traités avec trop de hauteur par les Vénitiens pour prendre volontiers les mêmes cngagemens. La république était en outre à la veille d'être en brouillcric avec la cour de Rome au sujet de la

204 SUPKÉMATIE DÉLISADETIl (1581—1584).

provision du patriarcat d'Aquilée dont le pape voulait disposer en faveur d'un de ses suj et qu'elle avait condamné comme rebelle. De plus, l'ordre de Malte était irrité contre elle ; et si elle était en paix avec le Turc , le Turc ne cherchait qu'un prétexte pour l'attaquer. L'Espagne était la plus forte en Italie ; les Français n'y possédaient que la place de Mirandole ; toutes les troupes espagnoles avaient ordre de se jeter sur le marquisat de Saluées au cas qu'on eût nouvelle que la France entreprît quelque chose sur les Pays- Bas par la Picardie *.

Henri III se tenait dans une position complexe; il aurait pu sans doute trouver des ressources à l'extérieur s'il s'était dessiné complètement pour les huguenots. Mais par la même raison que l'Espagne avait cessé de s'adresser au roi dès le traité de Joinville , alors que la maison de Guise s'était hautement placée , de même toutes les puissances calvinistes et luthériennes traitaient directement avec le roi de Navarre ou le prince deCondé; Elisabeth était plus que jamais prononcée pour la séparation avec Rome et tout ce qui en favorisait les élémens en Europe. Le catholicisme faisait résistance dans les trois royaumes ; il se proclamait sous le nom de Marie Stuart comme une conjuration. La constitution

* Mss. de Béthune , vol. cot. 8863 , fol. i à 58 y compris.

PEKSÉllUTlON DES CATHOLIQUES (1581— 1584). 205

(le l'Eglise anglicane se mêlait depuis Henri VIII à la constitution civile de l'État : de là cette persécution qui s'attachait aux non-conformistes , aux puritains de Genève , à l'austère expression des doctrines de Calvin qui fomentaient en Angleterre. Ces puritains devenaient une secte puissante, redoutable, car ils avaient des organes dans le parlement , et des fanatiques qui dans les rues frappaient du poignard les officiers de la reine. La lutte devint vive dans les pamphlets ; on continuait à poser comme base fondamentale de toute politique la suprématie de la reine et les trente-neuf articles de la liturgie ; et un acte du conseil défendit de composer , imprimer ou mettre en vente toute espèce de livres , vers , ballades , lettres ou écrits dont le sujet tendrait à diffamer la majesté d'Elisabeth , ou encourager l'insurrection et la révolte dans le royaume. Il y eut des martyrs dans la secte puritaine *. Celle-ci ne conjurait que contre la suprématie' et la constitution de l'Eglise; les tentatives catholiques avaient une plus haute portée.

Les papes avaient excommunié Elisabeth : une autre bulle prononça sa déchéance de la couronne. Le résultat de cette violente mesure dut être« que tout projet tendant à restaurer le catholicisme attaquait dirtJctement la souveraineté

' Camdes, 40 i.

206 TR.VllISO^J DE PARRT (1584—1585).

de la reine. » 11 y avait incompntibilité cuire la double suprématie du pape et d'Elisabeth; d'où cette suite de persécutions contre les sujets qui ])référaient l'obéissance aux pontifes aux droits de la royauté. Tout projet catholique en Angleterre devint un véritable attentat. Pour les ré- ])rinier , les actes du conseil déchiraient les entrailles des prêtres , pénétraient sous le toit domestique pour épier les soupirs de la conscience.

La plus redoutable des conjurations contre Elisabeth fut celle du gallois Parry dont les monumens de la ligue conservent la mémoire. Parry, ancien espion du lord Burleigh , ministre d'Elisabeth *, « ayant eu conférence avec des jésuites, et principalement à Rome avec le cardinal Cosme, premier secrétaire d'Etat du pape , conçut une trahison des plus détestables, qui estoit de tuer la royne, à quoy s'estant obligé tant ])ar promesses, lettres que vœux , s'en revint en Angleterre

* Voyez le i)am]i1ile( : « La \raie dcsclarationde l'honible fraliison de Guillaume Parry contre la royne d'Angleterre , de laquelle il a été convaincu et exécuté par justice, ensemble plusieurs lettres, tant siennes que autres, pour plus grande vérification de ladicte trahison; le tout traduit de l'aiHçlois en François, suivant la copie imprimée à Londres, u t^onijiarer avec (.amden , 432, et Strypc , III, dans son appi iuUn, 103

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