L'ÉGLISE CATHOLIQUE
des dons surnaturels ; ainsi j'appelle , a-ec saint Augustin , dons naturels ceux que l'homme possède dans l'ordre de la nature. » Touchant le mérite des œuvres, il avançait que l'homme avait été créé sans doute pour faire les bonnes œuvres comme l'oiseau pour voler; « mais, s'écriait-il, l'oiseau ne peut voler s'il a les ailes rompues ; eh bien , l'homme ne peut faire le bien depuis le péché; ses forces sont brisées depuis sa chute *. » Tout cela restait dans le sein de l'Eglise ; mais cette Eglise toute-puissante se communiquait aux multitudes sous mille emblèmes, dans des solennités saintes qui embrassaient toutes les symj)athies de la vie. Ces grandes processions , imitées des vieux triomphes romains où le peuple jetait des fleurs au milieu des belles rues tapissées de tètes découvertes et penchées vers la terre; ces prédicateurs surtout qui , dans la chaire retentissante , annonçaient les joies du paradis , séjour de paix , de délices , portrait animé de la béatitude de l'âme ; l'enfer, le terrible enfer , où les âmes sont en face d'une éternelle souffrance; ces peintures , reproduites sous tant de formes , étaient ensuite appliquées aux questions populaires. Pour qui étaient ces félicités magnifiques du paradis ? pour qui cesguirlandes de genêts et d'œillets, ces chants
Les OEuvrcs de Baïus ont ctc recueillies. — Louvaiii , 1587 , 2 xol. in-fnl.
28 LES PUÉDICATEURS (1570—1585)
délicieux des anges , ce chœur de vierges aux yeux grands et noirs , aux cheveux flottans et tressés? pour qui ces saintes palmes, ces couronnes toutes scintillantes d'or ? Pour le fidèle catholique, pour celui qui, saisissant sa bonne et vieille arquebuse, sa pertuisane , sa dague, allait défendre l'Eglise menacée. Et pour qui ce gouffre de ténèbres , cet antre de feu , de soufre et de bitume , ces diables ardens et persécuteurs , jetant les corps dans des fournaises d'acier bouillant ? Pour le maudit huguenot , et plus encore pour le politique timide, pour le catholique indifférent qui ne cherchait qu'à pactiser avec les hérétiques.
En chaque paroisse était un de ces prédicateurs aussi populaires que dans les époques politiques tel orateur de tribune qui remue les niasses ; chaque matin et soir il montait en chaire avec toutes les formes dramatiques : le roi avait-il signé une paix impie , avait-il empêché la victoire catholique ? alors d'une voix solennelle il })arlait de la cour éhontée , des vices impurs des courtisans et des mignons ; il opposait la belle et noble conduite de quelque famille balafrée de coups de pertuisane dans le service de Dieu , à cette mollesse efféminée des politiques , basilics empestés , misérables faiseurs de trêves; et puis, ardent comme les prophètes en courroux contre Israël , il s'écriait « qu'il y avoil là danslacité des maudits
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hérétiques qui n'ostoient pas leur large chapeau noir devant ces vierges et ces saincts, brillans au coin des rues dans leurs niches grillées , peintes d'or et de bleu céleste ; que ces huguenots trouvoient protection et appui dans le roy. j\'étoit-il pas temps enfin de résister , pour l'honneur de la benoite Vierge , aux contempteurs de la messe , aux démolisseurs des églises et des cathédrales ? » Il est facile de s'expliquer comment, sous l'influence de telles impressions , naquit et se développa la ligue. ,