ÉCOLE UNIVERSITAIRE
foi et de doctrines *. Au temps de la toute-puissance catholique, quand le principe religieux dominait la société , il était naturel de voir croître et ?e développer ces réunions d'hommes de science , bureaux de consultations et de jugement sur les questions vitales. Il est facile de se moquer aujourd'hui de la Sorbonne, parce que la plupart des points agités en ses assemblées ne répondent plus à rien ; mais lorsqu'il y avait tout un peuple derrière ces questions catholiques, quand une parole de docteurs retentissait sur la place publique ou se traduisait dans les guerres civiles, la Sorbonne était une immense institution , et l'on s'explique le rôle d'autorité et d'énergie qu'alors elle joua. L'Université entière, avec ses écoles, ses suppôts, ses sergens était une grande force; elle commandait à de nombreuses confréries de métiers, aux halles que les prédicateurs soulevaient. En général, l'école universitaire tenait le milieu entre le parlement et le pape ; elle n'approuvait pas toute la théorie de la puissance pontificale devant laquelle l'univers était agenouillé au moyen âge; mais elle n'en différait que sur quelques points accidentels et de détail **.
* Le recueil des décisions de la Sorbonne a été conservé ; d'Argentré en a recueilli le plus grand nombre, et on les trouve analysées dans du Boulay. — Hist. Unicersil. Parisiens.
*• Les théories de l'Université ont été parfaitement déve-
24 LtS JÉSUITES (1570—1585).
11 y avait au contraire obéissance passive , doctrine directe de soumission absolue envers la cour de Rome , parmi les ordres monastiques. Dans toute cette hiérarchie, on ne formulait qu'une pensée, qu'une vœu, l'omnijwtence du pape. Depuis leur institution, les jésuites, cei ordre admirable d'ensemble et d'organisation ^ avaient grandi; les pontifes avaient bien senti tout l'avenir de cette agrégation active , immense. Les jésuites formaient comme un gouvernement absolu sous l'autorité d'un général, et ce général était prosterné devant la tiare ; les jésuites s'étendaient sur tout l'univers connu , et par leurs manières polies , leur science vaste , leur esprit prodigieux de prévoyance et d'unité, ils s'emparaient des populations , des gouvernemens et de tous les mobiles de la puissance publique. A leur arrivée en France, les jésuites avaient eu à lutter oontre l'Université , et Pasquier avait défendu les privilèges de la vieille fille des rois contre la jeune et ardente favorite des pontifes ''. Ces oppositions n'avaient point empêché la corporation des jésuites de s'élever , parce qu'elle était en rapport avec les mœurs, les habitudes, la science de l'époque.
loppées par du Boulay. — Voyez aussi mon Histoire lonsti tulionncUe et adminislralive. t. m, p. 41 à 71.
' Voyez le plaidoyer d'Estieuiie Pasquier , liv. v de ses tetlies.
UÉFOIIME DES MOîSASTERES (1570—1585). 25
De cette position conquise avec tant de sueurs, les enfans de Loyola s'emparèrent de toutes les affections populaires, en se rendant les intermédiaires de la ligue et du pape. Ils se placèrent ainsi à la tète du mouvement social.
Les autres corporations religieuses professaient la même obéissance envers le pape ; leur général était à Rome et recevait l'inipulsion de sa volonté exclusive: jacobins, frères mineurs, hiérony mites, pauvres capucins, moines de Saint-Benoit ou de Saint-Bernard , congrégation des feuillans, tous inspiraient un respect profond à la multitude , qui traînait devant eux le front dans la poussière. Et ces pauvres religieuses , dont sainte Thérèse préparait la réforme *, que (Vex voto ne plaçait-on pas devant leur Vierge parfumée d'encens, entouréç de fleurs dans la petite niche , sanctuaire étincelant de mille cierges ? Et combien n'étudiaiton pas, dans de saints transports, le Chemin de la Perfection , le Château de l'Ame de la pieuse Thérèse , et son Explication virginale du Cantique des cantiques ? Il y avait dans tous les monastères tendance de réforme austère , car les huguenots
' Voyez le curieux et très-rare ouvrage de Ribera , Vie de la mire Thérèse, et l'excelleuti; Histoire de la Réforme des Carmélites. Il y a dans sainte Thérèse tendance à l'illuminisme. .l'ai vu à Palencia l'original écrit de sa main , en espagnol, de son cantique d'enthousiasme après la communion.
26 DOCTRINE DE DAIUS (1570—1535).
leur reprochaient leur luxe, leurs prodigalités; le cardinal Charles Borromée faisait en Italie * , pour les ordres d'hommes , ce que Thérèse commençait en Espagne pour les saintes filles. L'un et l'autre sortaient de familles illustres , et semblaient s'abaisser à toutes les misères humaines pour donner l'exemple à ceux qu'ils appelaient à la pénitence.
D'autres réformations étaient également tentées. L'Université de Louvain avait produit plusieurs mystiques, et les doctrines de Michel Baïus avaient appelé la censure de la cour de Rome. Ces doctrines, toutes spéculatives, se résumaient dans les propositions suivantes : une division bien distincte existe entre la grâce donnée par Jésus- Christ, rédempteur des pécheurs , et celle qui aurait été donnée aux hommes s'ils eussent persévéré dans l'état d'innocence; les mérites de l'ange ou du premier homme ne sont pas proprement les grâces acquises par Jésus-Christ, elles sont moins parfaites ; l'homme est flétri dès sa naissance : « Le naturel, c'est non-seulement le corps et l'àme de l'homme , mais encore le péché : saint Paul n'a-t-il pas dit que nous étions naturellement enfans de colère ? La foi , la charité sont
* Voyez l'ouvrage italien de Giussauo , vit. de S. Cad., ou les doctrines réformatrices du saint sont parfaitement ex- |!Osces.