‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 141 sur 234 · ACHAT D'ARMES · texte numérisé non relu

ACHAT D'ARMES

armes , à sçavoir de dire , au cas que je vinsse à estre descouvert, que c'estoit pour aller en une commission secrète, en une maison forte, où il estoit besoin de mener quantité d'hommes; et me donnèrent des mémoires oîi eux-mêmes seavoient qu'il y avoit des armes et gens atitrés par eux qui faisoient semblant de les vendre secrètement. Et toutefois je faisois le prix, desdites armes sans disputes, et les faisois payer sous main par un autre , et les faisois porter la nuict en certaines maisons, qui étoient Thostel de Guise , du Clerc, Compan , commissaire Debart , Rolland, Crucé, et autres lieux , en tous les quartiers de la ville. Et en fut par moi acheté en six mois pour six mille escus, suivant l'arrest qu'ils en avoient faict. Et comme je m'enquerrois un jour dudict Leclerc , qui bailloit l'argent pour payer lesdictes armes , il me respondit que c'estoieut tous gens de bien qui ne se vouloient déclarer ({u'au besoin, crainte d'estre descouverts; et toutefois il m'en nomma plusieurs , entre autres un seigneur de Paris , duquel je tairai le nom , qui avoit baillé des premiers dix mille livres , avec d'autres encore qu'il ne voulut desclarer *. » On se préparait donc à combattre, à attaquer de front l'autorité du roi dans le sein de sa bonne ville ; la multitude était

* Le propL'S-verbal du nommé Nicolas Poulain , licufeunnl de la prevostc de l'Islc-de-France , etc.

222 DIPA-TIENCE 1)U PEUPLE (1585— 168G).

impatiente , « elle murmuroit fort , tant qu'il fallut aller par les quartiers leur remontrer qu'ils eussent patience , autrement qu'ils se perdroient tous; que les chefs n'estoient encore prests , et que ceste entreprise estoit de grande conséquence; nonobstant lesquelles raisons, desquelles ils ne se payoient guère, ils disoient qu'ils craignoient d'estre descouverts si on ne se hastoit, et que le roy les feroit tous pendre ( ce qu'ils m'ont dict à moi-mesme ) , car il sentendoit avec les huguenots; et là-dessus baslissoient eux-mcsmcs des entreprises pour commencer le jeu de se défaire du roy, sans parler ni à princes, ni à chef , ni à conseil qu'eux-mesme : les uns disoient qu'il se falloit jeter sur lui et le tuer ; les autres disoient que non , et qu'il le falloit seulement prendre et le jnettre en un monastère. De faict, ils furent un jour, qui ne se peut coter, en délibération de le surprendre en la rue Sainct-Antoine , revenant du' bois de Vincennes , et n'avoit lors avec lui que deux hommes de cheval et quatre laquais , proposèrent de tuer son cocher et quelqvies autres autour de lui, et incontinent dévoient crier au roy : « Sire, ce sont les huguenots qui vous veulent prendre. « A laquelle parole il seroit tellement effrayé qu'il sortiroit de son carrosse , et lors ils s'en saisiroient et le conduiroient où bon leur sembleroit ; que s'il ne vouloit sortir ils l'en tireroient de force et le mèneroient en l'église

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