‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 148 sur 234 · PAMPHLETS CONTRE LA LIGUE · texte numérisé non relu

PAMPHLETS CONTRE LA LIGUE

ment de règne, mutation et introduction de nouveaux princes du sang estranger à la couronne, servitude de la noblesse , oppression universelle de l'Eglise , du pauvre peuple , troubles, séditions , guerres plus que civiles et cruautés plus horribles qu'elles ne furent oncques. » Les politiques faisaient ensuite protestation.%de leur foi entière et inviolable à Dieu, à la sainte Eglise catholique , apostolique et romaine, à l'autorité des saints conciles et décrets de notre saint père le pape. Ce qui devait maintenir la tranquillité de l'Eglise , ce qui devait redonner le sang et la vie au pauvre peuple , ce qui devait mettre le roi et le royaume en son premier lustre", c'était la paix, la bride et continence de tous les sujets du roi en une égale , aimable et pacifique conversation , c'était de réformer les débauches et dépravations publiques, c'était d'avoir pitié de la misère extrême en laquelle languit le pauvre peuple. « Or nous voyons tout le contraire, nous voyons le père jurer en la mort du fils , nous voyons spolier l'Eglise, dépeupler les provinces; nous prolestons de ne nous approcher ni souiller en rien d'une si pernicieuse et sanglante société, violation de paix , conflagration de la patrie et perdition de ce royaume *. »

* « Protestation des catholiques qui n'ont voulu signer la li"ue. » 1585.

PAMPULETS SUR L\ LIGUE (1585). 233

Des pamphlets exprimaient le repentir d'un gentilhomme. « Son réadvis et abjuration de la ligue et les causes pour lesquelles il y a renoncé et s'en est départi * : « J'ai particulièrement recognu , disoit-il , que ceste ligue est une vraie loi nouvellement introduite dans le royaume, directement contraire aux privilèges de la couronne; j'ai aperçu que ladicte ligue renversoit de fond en comble ladicte couronne et y étoit opposée par toute sa disposition et substance ; je propose à tous amateurs du bien public et particulier de rejeter laditte conjuration ; je jure et je promets de détester ladicte ligue et de n'approuver jamais autres conseils que ceux qui seront conformes à la volonté de Dieu , conservation de l'Estat et couronne de France **. » Il y avait sans doute beaucoup de bonne volonté dans le parti du roi, qui rédigeait ces écrits; il tendait à la paix et à relever l'autorité royale; c'était en vain; il n'aboutissait à aucun résultat. Plus que jamais

* Voyez aussi ce pamphlet : « Le vcrifable sur la saincte ligue avec ceUe épigraphe : Il n'y a au royaulme jamais de société feable. » Ainsi disait en Homère Ulysse :

Celui qui veut commander comme un (lieu Ne doit souffrir compagnon en son lieu.

•* "Réadvis et abjuration d'un gentilhomme de la ligue, contenant les causes [loiir lesquelles il a renoncé n ladicte ligue et s'en est desparti. » Paris , 1585.

234 SITU\T10>ï DU KOI (1585— lôSG).

ia liguo ('lait forte et })uissaiite ; elle comniaiulait dans les villes qui s'armaient pour défendre le eatholicisnie.

Dans cette situation , ce fut le roi qui alla audevant de la ligue pour la subir dans toutes ses conditions , et non la ligue qui vint au roi. La position était toute différente : la reine Catherine, avec l'esprit négociateur qui la caractérisait, voulut atténuer quelques-unes des tristes consé- ([uences de cette ratification forcée. C'était à elle (|ue s'étaient adressés les ligueurs dans une requête au rui , où ils faisaient connaître leurs intentions. « Le cardinal de Bourbon et les princes et seigneurs qui l'assistent, vos très-humbles, très-obéissans serviteurs et subjects recognoissent qu'ils sont naturellement obligés de rendre à Vostre Majesté tout honneur, respect et très-humble service comme à leur roy et prince souverain. Jurent et protestent aussi devant Dieu qu'ils n'ont jamais eu autre intention , et qu'ils continueront en ceste volonté toute leur vie. A quoi outre leur devoir ils sont beaucoup excités de ce qu'il plaist à Vostre Majesté déclarer le zèle qu'elle a d'establir le service de Dieu par tout son royaume. Ils vous supplient très-humblement prendre de bonne part s'ils vous remonstrent que pour jouir de ce bien qu'eux et les vrais catholiques d'iceluy royaume ont tant de fois désiré et recherché au prix de leur sang et n'ont jamais

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