‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 150 sur 234 · LE CARDINAL DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE BOURBON

fect et obscrvalion s'en ensuive. Moyennant quoi , encore qu'en juste occasion ils pourroient demander quelques sûretés, de crainte que l'esdict n'estant exécuté ils ne soient exposés aux violences de leurs adversaires, néanmoins ils offrent se despartir de toutes autres sûretés que celles qui despendent de la grâce royale et de leur innocence *. » Les catholiques conservaient encore des formes de respect , mais au fond on apercevait bien que les conditions étaient iinpératives ; ils demandaient l'emploi immédiat de l'armée de la ligue , c'est-à-dire tous les moyens de rester en définitive maîtres de la royauté. Le cardinal de Bourbon , premier prince du sang , nominativement à la tète de la saincte-union, se montrait dessiné dans les sentimens de la ligue; on lui faisait espérer la succession à la couronne. Comme on négociait à Rome l'excommunication du roi de Navarre , et que dans le droit public catholique tout e.vcommunié ne pouvait offrir son front

* " l\eqiieste au roy , et dernière résolution des princes , seigneurs, gcnlilshommes , villes et communautés calholiques , présentées à la roy ne-mère de Sa ^lajeslé, le dimanche 9® juin 1585, pour montrer clairement que leur intention n'est autre que la promotion et advancenicnt de la gloire, honneur de Dieu et extirpation des hérésies, sans rien attentera l'Estat; comme faussement imposent les hérétiques malsentans de la foi et leurs partisans. »

GOUVERNEMENT DE LA LIGUE (1585). 2;i7

flétri à l'onclion sainte , le cardinal de Bourbon devenait le plus proche héritier du trône; le cardinal déjà vieux , sans enfans , gardait le sceptre pour la grande maison de Lorraine; ons'expli({uc donc très-bien comment M. de Guise plaça si haut un Bourbon. Il ne renonçait pas aux droits antiques de la race carlovingienne , que les pamphlets rappelaient ; mais il s'élevait au trône tout simplement par un principe alors plus universellement admis , à savoir, qu'un hérétique ne pouvait succéder à la couronne de France. Deux grands droits étaient ainsi maintenus : l'hérédité de race et l'unité catholique.

La ligue avait son gouvernement tout établi ; ses relations politiques s'étendaient à toutes les institutions, à toutes les proviuces. Le 19 mar.-i 138o, les princes associés écrivirent aux cours souveraines du royaume, prélats et personnes les plus considérables : « Messieurs , nous vous envoyons le double de la déclaration faite par Ms"" le cardinal de Bourbon, par laquelle vous pourrez facilement connoitre les raisons qui nous ont forcés de prendre les armes , ce que nous avons toujours tâché d'éviter, jusqu'à ce que nous ayons vu paroître le grand orage qui se prépare par les pratiques et levées des gens de guerre qui se font, tant en ce royaume qu'en pays étranger, lesquelles ne tendent à autre but que au changement et ruyne de la religion catholique, si les IV. 21

Page 1