DÉPITS DE HENRI DE NAVARRE
ce qui lui aurait entièrement donné le parti royaliste et politique. Toutes ses négociations avaient tendu à cette fin ; la reine-mère l'avait entretenu dans de bonnes idées de paix, et sa correspondance avec d'Epernon n'était pas de nature à le décevoir. Quand donc le Navarrois apprit le traité de Nemours, ce rapprochement de la ligue avec les royalistes, il en éprouva un vif et profond chagrin. Ne plus disposer de la couronne! il fallait aller aux champs de guerre , tirer sa dague contre six armées réunies ! Tant il fut plein alors de doute et de chagrin , que « parlant un jour au marquis de La Force de l'extrême regret que son âme conçut de cette paix , il lui dit que pensant à cela profondément , et tenant sa tète appuyée sur sa main , l'appréhension des maux qu'il prévoyait sur son parti fut telle , qu'elle lui blanchit la moitié de la moustache *. » Cette espérance de la couronne lui fut encore enlevée par la solennelle excommunication lancée par Sixte- Quint. Tant que le roi Henri III n'était pas entré franchement dans la ligue et n'avait pas signé son traité avec elle , on a vu que le pontife habile ne s'était pas dessiné. L'ambassadeur de France à Rome écrivait dans une de ses dépêches : « Le pape m'a parlé fort aigrement contre tous ceux qui sont de la ligue, et m'a dict comme il m'avoit
*;\Iatiiiev, Uisl. ann. 1585.
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tléjà fiiict autrefois , que l'sîme de son prédécesseur qui avoit esté occasion de ce malheureux soulèvement, en souffroit à cette heure, comme feroient en leur temps les cardinaux de Sens et Cosme *. * l.'adhésion du roi à la sainte-union détermina Sixte-Quint; et le sacré collège fut réuni pour préparer la bulle d'excommunication contre les hérétiques de la maison de Bourbon.
Le parti royaliste , attaché à l'ordre régulier de la succession , cherchait à empêcher ce résultat, en poursuivant avec ardeur la conversion du roi de Navarre. Il députa même auprès du Béarnais une sainte religieuse, parente du cardinal de Bourbon, et alliée de sa race; on espérait qu'elle aurait quelque influence sur le roi des huguenots. L'ambassadeur d'Espagne envoya à Philippe II la relation de cette entrevue d'Henri de Bearn avec M"" de Soissons: « — M™*" de Soissons estant allée pour voir le roy de Navarre et M. le prince de Condé, ils ne voulurent qu'elle passast plus avant que Luçon, et la firent attendre un jour là; le lendemain , estant arrivés , ils ne la voulurent encore voir, s'excusant qu'ils estoient las. Le lendemain matin ils la vinrent trouver , et luy dirent qu'ils sçavoient bien que ce n'cstoit pour l'amour d'eux qu'elle estoit sortie de son couvent et avoit faict tant de pays, et qu'ils sçavoient fort bien
* Dcspcsche de M. de Pisany au roy, le 13 janvier 1587-
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qu'elle estoit là envoyée. Madame fit réponse que personne ne l'avoit envoyée , mais que le désir qu'elle avoit de leur bien et le soin qu'elle avoit de leurs âmes, l'a voient amenée pour essayer si des prières et remonstrances les pourroient inciter à une bonne paix et à rentrer au giron de l'Eglise de laquelle ils s'estoient si fqrt desvoyés; leur remontrant aussi comme pour leur opinias- Ireté ils perdoient l'espérance du royaume temporel et spirituel , elle les supplioit et les invitoit à se recognoistre ; et tous ces propos estoient accompagnés de larmes. Ils rcspondirent que puisqu'on les vouloit déposséder, ils e^stoient résolus de se fort bien défendre ; qu'avec l'aide de Dieu ils feroient voir leur force et leur puissance telle que leurs ennemis en ressentiroient dommage et estonnement ; quant à la religion , ils avoient toujours et dès leur première enfance esté instruits selon celle qu'ils observoient, et qu'ils ne changeroient jamais par menaces ni violence; ils n'estoient point pages pour les faire obéir avec le fouet; jamais le roi ne les avoit tant honorés que de les faire instruire de bonne façon , mais toujours le Cousteau à la gorge , n'ayant autres raisons pour leur conversion que des menaces de mort et de ruine ; on ne les auroit jamais par cette voie; mais s'il plaisoit au roy faire tenir un concile comme ils l'avoient supplié , et que là il leur fist prouver l'hérésie dont on les accuse, ils estoient prcstsà re-