‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 173 sur 234 · TE^JTATIVES DE CONVERSION · texte numérisé non relu

TE^JTATIVES DE CONVERSION

tourner à l'Eglise catholique ainsi qu'ils en estoient sortis ; chose de quoi M""" de Soissons se contenta beaucoup, et leur fit promettre qu'ils ne résisteroient point au concile, mais qu'ils changeroient si leur secte estoit condamnée. Après, elle leur demanda s'ils vouloient point écrire à M. le cardinal son frère ; ils lui répondirent pour- ([uoi elle desiroit qu'ils lui escrivissent et ce qu'ils pourroient mander à une personne qui les aimoit si peu, tant ennemie de tous les siens, de qui le cœur et les aflections estoient toutes étrangères, et qui vôuloit dépouiller sa race du bien qui justement estoit à elle, pour enrichir, à son préjudice , une famille estrangère. Au reste, ils voyoient que M™" de Soissons estoit tout de cecosté, et pour les persuader on devoit envoyer une personne moins suspecte et qui ne fust point de la ligue *. » En admettant l'autorité du concile, Henri de Béarn entretenait toujours le parti politique dans les idées de sa conversion à la foi romaine. Dans la position diflîcile où se trouvait le roi de Navarre , il ne voulait pas heurter les hommes modérés, les parlementaires, grands partisans des conciles, et qui pouvaient lui venir en aide, par cette seule idée d'un retour au catholicisme.

Alors éclataient les foudres de Sixte-Quint; la

■ Avchives de Siniancas, cot. BST'''"*.

EXCOMiMUNICATIOIN DE IIENIU DE NAV. (1585). 271

la bulle d'excommunication et de déchéance fut lancée au milieu de l'univers catholique. Quand la multitude s'agenouillait muette devant le pape, c'était une grande flétrissure sur un front royal que l'exclusion de l'Eglise ; Sixte déclarait excommunié « Henry de Bourbon Jadis roy de Navarre, et Henry de Lourbon, jadis prince de Condé, qui depuis leur bas âge suivoicnt les erreurs de Calvin et soutenoient obstinément leurs hérésies. Tous les efforts avoient esté faicts pour les ramener à la foy catholique , apostolique et romaine ; mais . iceluy de Navarre , après s'estre montré variable et inconstant, a fini ( après avoir jà esté converti comme catholique) par protester vouloir continuer le calvinisme , comme aussi il a faict d'une volonté opiniastre et endurcie ; il a esmuet armé les mutins et séditieux hérétiques desquels il est chef, guide, protecteur en France et mesme grand défenseur des étrangers ; il en estoit de mesme de Henry , jadis prince de Condé. Nous Sixte cinquième , voulant desgaisner le glaive contre eux suivant le dû de notre charge , et grandement marry qu'il nous faille user d'iceluy glaive contre cette génération bastarde et détestable de l'illustre famille des Bourbons, prononçons et desclarons Henry, jadis roy, et Henry, jadis i»riiice de Condé , hérétiques et relaps en hérésie et non repentant, estre coupables de lèse-majesté divine , ennemis jurés de la foi

272 EXCOMlVlllNICATION DE IIENUI DE NAV. (1585).

catholique , et partant avoir encouru les sentences et peines contenues es saincts canons , et estre privés, sçavoir : Henry, de son prétendu royaume de Navarre ensemble aussi de Uéarn; et l'autre, Henry de Coiulé , de toutes les principautés , chasteaux , duchés et seigneuries , privés de toute dignité, honneurs, biens, charges , oflices mesme royaux directs et droits que de faict ils destiennent , les déclarant incapables et inhabiles de succéder à quelques duchés, principautés et royaume , spécialement au royaume de France , auquel ils ont commis de si énormes forfaicts et crimes que nous les privons et toute leur postérité à jamais ; desliant les subjects du serment de fidélité. Tous les esvesques et archevesques feront publier la présente bulle qui seroit affichée à la porte de l'église du prince des apostres *. »

Que faire en présence de ces foudres qui retentissaient au milieu des populations ? La puissance du pape était si grande encore! Qui au^rait osé, au sein de la catholicité, s'élever pour dire : Le pape en a vienti ! Le pauvre et hardi

* » La desclaratioii de nosire Saiiit-Père le pape , Sixtus V* , à rencontre de Henry de Bourbon , soy-disant roy fie Navarre, et Henry, scniblabiement de Bourbon, pvélondu prince de Condé , hérétiques, contre leur postérité et successeurs. » 9 septembre 1585.

Page 1