PROTESTATION DES EXCOMMUNIÉS
Béarnais suivit rinipulsioa de sa colère ; bravant cette immense figure du chef du catholicisme jusque sur son trône d'or , de cQnccrt avec le prince de Condé , ils firent afficher dans Rome , à la porte du palais pontifical et sur les murs des principales églises, la protestation suivante: « Henry, par la grâce de Dieu , roy de Navarre , prince souverain de Béarn , premier pair et prince de France , s'oppose à la desclaration et excommunication de Sixte-Quint , soy-disant pape de Rome ; la maintient fausse et en appelle comme d'abus , en la cour des pairs de France , desquels il a cet honneur d'estre le premier ; et en ce qui touche le crime d'hérésie et de laquelle il est faussement accusé par la desclaration , dict et soutient que Sixte , soy-disant pape, en a faussement et malicieusement menti , et que luy-mesme est hérétique , ce qu'il fera prouver en plein concile libre et légitimement assemblé, auquel si ledit Sixte ne s'y soumet , comme il est obligé par les droits canons mesme , il le tient et déclare pour antechrist et hérétique j et en cette qualité veut avoir guerre perpétuelle et irréconciliable avec luy ; proteste cependant de nullité et de recourir contre luy et ses successeurs pour réparation d'honneur de l'injure qui luy est faicte , et à toute la maison de France comme le faict et la nécessité présente le requiert. Que si par le passé les princes et les IV. 24
274 PUOTESTATION DES EXCOMMUNIÉS (1585).
roys ses prédécesseurs ont bien sçu chastier In témérité de tels galans , comme est ce prétendu pape Sixte , lorsqu'ils se sont oubliés de leurs devoirs et passé les bornes de leur vocation , confondant le temporel avec le spirituel , ledict roy de Navarre , qui n'est en rien inférieur à eux , espère que Dieu luy fera la grâce de venger l'injure faicte à son roy , à sa maison et à son sang et à toutes les cours de parlement de France , par luy se disant pape et ses successeurs , implorant à cet effect l'aide et secours de tous les princes, roys , villes vraiment chrestiennes que ce faict touche *. »
Mais à quoi pouvaient servir ces actes de hardiesse en face de la toute-puissance romaine, devant ce peuple catholique si fervent pour sa foi ? On rompait une lance avec le pape ; la gentilhommerie montagnarde envoyait son gantelet à Rome, pour broyer la main soyeuse du pontife. Où était la force morale de cet acte de brutalité chevaleresque ? Les figures basanées de huguenots pouvaient rire sous leur casque de fer à l'aspect de cette bravade à l'idole papale ; mais l'union catholique n'en était pas moins profondément
* « Desclaïalion et protestation de Henry de Bourbon, roy de Navarre , à l'encontre de la bulle d'excommunication à luy envoyée par sa Saincteté Sixtus Y®, affichée à Rome, le fî novcmluc 1585. ■>