‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 191 sur 234 · PLAINTES DE UENRI III · texte numérisé non relu

PLAINTES DE UENRI III

sur un si grand corps d'armée. Je vous veux bien dire que ce qui me fit résoudre si promptement à entreprendre cet efiFet , fut l'advis très-certain que j'eus de l'intention du roy mon maistre qui estoit de poursuivre et arrester des traités avec les estrangers et fairç parler à Tinstaut d'une paix que je ay divertie par ceste heureuse entreprise *. »

Le 11 décembre il lui écrivait de nouveau pour lui donner les détails de la bataille et de la ruine de l'armée hérétique. Il ajoutait : a II y a longtemps que j'ai fait sçavoir à Sa Majesté catholique combien il estoit utile que Montmorency et nous , tant pour le bien de la religion que celui de son service , fussions joincts ensemble, ce que je n'ai voulu traiter par autre moyen que le sien; et me semble que le chevalier Morreo devoit passer parlà ; car nous joincts ensemble , nous n'aurions plus d'excuses, et pourrions empescher toutes choses contre l'honneur de Dieu et bien de son service, à qui j'ai plus d'affection qu'à la conservation de

ma vie **.

Ces intelligences entre le duc de Guise , le duc de Parme et l'ambassadeur espagnol ne pouvaient rester ignorées de Henri III et de son conseil. Longlée, ambassadeur de France à Madrid, en porta des

Archives de Simancas, cot. 13 58''.

*♦ /t»V/.. cot. BôB^et».

plaintes directes au roi d'Espajifne, et ici comraence la curieuse correspondance de Philippe II avec son ambassadeur à Paris ; correspondance corrigée de sa main , et qui existe encore en original.

« Don Bernardiuo de Mendoca, Longlée me faict sçavoir de la part de son souverain : 1° qu'il a appris qu'une étroite liaison régnoit entre le duc de Parme et le duc de Guise; 2° que ceuxci traitoient ensemble pour joindre leurs armes; 3° que l'un étoit d'intelligence avec moi, tandis que l'autre me dénonçoit les abus et personnes du royaume de France qui estoieut répréhensibles.

» Quant au premier point, répondez par des paroles évasives et générales, que l'on ne peut s'estonner de l'amitié que me porte le duc de Parme, mon cousin; je ne sçaurois croire qu'il médite rien de préjudiciable à la France; enfin, pour ce qui est de ses levées en Allemagne, qu'elles ne peuvent estre considérées que comme des précautions prises pour la sûreté de mes Estats; que j'engagerai d'ailleurs le duc à ne point s'escarter d'une conduite pacifique et loyale, ainsi que je l'entends.

» Par rapport aux dénonciations du duc de Guise , dites que la niesme considération me dirigera à ne point toucher à des questions qui me sont estrangères. Pour vous , gardez avec le plus grand secret les intelligences que vous pourrez

avoir avec Mucius (Guise) ou les autres, soit par la voie du duc de Parme soit par vous-mesme ; et en résumé , asseurez toujours le roy de France que je n'ai en vue que le bien de son royaume , lequel consiste dans la gloire de Nostre Seigneur Jésus-Christ , et le succès de la cause catholique *. »

Philippe écrit encore à son ambassadeur à Paris : « J'ai vu, d'après le billet qu'escrit Mucius, qu'il est question pour ce dernier de prendre les armes avec l'ordre du roy de France , pour repousser les reistres et erapescher leur entrée. Il est dèslors inutile que le duc de Parme, mon cousin, vienne ayder le duc de Guise, avec ses trois cent mille escus ; mais dictes à ce dernier qu'il y mette tout son zèle et tous ses soins , de manière à ne pas laisser au roy de France , tout seul , la conduite et la desfense de cette saincte affaire**. >-

« Par des lettres plus fraisches , je vois que vous m'annoncez l'entrée en campagne du roy trèschrestien , et l'activité que l'on déployé pour rassembler toutes les troupes ; je vois encore tout ce que vous avez faict pour soutenir Mucius dans sa bonne détermination qui est telle que je l'at-

• San-Lorenço , 17 juillet 1587. — Archives de Simancas, cot. \56'''^

" San-Lorenço , 1 1 août 1587. — Archues de Simancas, cot. A 56'*".

tendois, et telle qu'il la maintiendra tousjours, je l'espère. Je prie Dieu que le succès soit celui qui doit estre le plus favorable à son service". »

« Par vos lettres des 9, 2-4 et 26 octobre , je reçois les advertisseraens divers que vous me donnez sur les affiiires de France ; que Dieu y pose sa puissante main et les fasse tourner à sa plus grande gloire !

»I1 est indispensable d'avertir le duc de Parme et don J. B. de Tavis , que si le roy de France prend à sa solde les troupes de la ligue, nous devons cesser de les payer. — Il n'est pas moins nécessaire de prévenir Mucius du tort immense qui pourroit en résulter pour luy , s'il consentoit à ce que ses troupes passassent au service du roy; qu'il se garde bien d'une chose qui amèneroit la paix générale. La déroute de Joyeuse (les uns le disent mort , d'autres lettres n'en parlent pas) ne doit point faire perdre de vue le but qu'on se propose. Cette foiblesse du duc de Guise seroit d'un préjudice irréparable à la cause catholique; employez, donc pour le raffermir tous les moyens et toutes les ressources que vous croirez convenables**. »

* San-Lorenco, 2 octobre 1 587. — AicViives de Simancas, cot. A 56"'9.

** La fin de la lettre est consacrée à des instructions sur la conduite à tenir par Mendoça , pour déguiser l'armement

« Ainsi que me l'avoit annoncé Longlce , vous m'apprenez la déroute des reistres, la prise du chasteau de Montargis et la mort de La Trémouille. — Je pense que vous n'aurez point laissé eschapper ceste occasion d'encourager Mucius et les catholiques à persévérer dans les bons principes, il faut qu'ils se conduisent avec les reistres de manière que ceux-ci ne puissent estre un contrepoids à la paix , à moins pourtant que le roy ne se desfasse des hommes avec lesquels ne peuvent figurer les catholiques dans un Estât bien constitué. Tel doit estre le but des efforts de ces derniers ; tel est leur moyen unique de salut*. »

« J'ai vu les advertissemens que vous avez donnés à Mucius par l'intermédiaire de Mayneville^*, comme dans toutes les occasions ; il paroist toujours que le roy refuse de se desfaire des estrangers qui sont entrés dans, son royaume ; tovis les conseils de Mucius et des siens doivent tendre dèslors à l'arracher à ceste oppression***... »

Dans deux autres lettres à son ambassadeur, du 24 décembre 1587, Philippe II insiste sur les

de la flotte d'Espagne et ses projets. — Del Pardo, 14 no- ■venibre 1587.

* Archives de Siniancas , cot. A 56'"'.

** C'était sans doute par l'intermédiaire de ce Mayneville que se pratiquaient les intelligences entre Mendoça et le duc de Guise.

*•* Archives de Simancas, cot. ASti""".

efforts que doit faire le duc de Guise pour traverser les préliminaires de la pai\*. Pendant ce temps le roi d'Espagne entretient une correspondance d'affection et de parenté avec Henri III et la reine-mère; non-seulement lui-même, mais les infantes écrivent à la cour de France. On veut conserver les bons rapports; on félicite le roi sur ses victoires; on prie Dieu pour la grande gloire et la paix publique en France **. C'est un

* Arcliives de Simancas , cot. A 56'°".

** A la reine-mère, Catherine de Médicis.

« Je suis pénestiée de recognoissance de la bonté de Yostie Majesté , qui a daigné demander de mes nouvelles par l'intermédiaire de M. Longlée ; mais si quelque chose peut égaler ce contentement, c'est, sans doute, d'avoir appris que Vostre Majesté jouissoit d'une santé parfaicte; je prie Dieu , etc. »

« J'ai esté bien affectée en voyant tous les maux du royaume , et ceux qu'ils doivent causer au cœur de Vostre Majesté ; surtout quand on songe à tout le bien , à la paix (jue le roy mon père souhaiteroit à la France ; l'espérance des succès que nourrit Vostre Jlajesté peut seule adoucir mes chagrins; Vostre Majesté peut estreasseurée que tout ce qui arrivera à sa satisfaction le sera également à la mienne ; ces succès, cette pacification sont les seuls moyens de conserver nos bons rapports avec vostre royaume , ainsi que l'espère le roy mon père. »

Sans date. — Écrite par l'infante Élis. -Claire-Eugénie ,

double rôle que Philippe II accomplit avec une habileté de diplomatie remarquable; toutefois, l'unité catholique domine sa pensée ; il aperçoit que le caractère indécis de Henri III est un obstacle. Son dessein est de le briser !

petite-fille de Catherine, et épouse de l'arcliiduc Albert d'Autriche, probablement sous la dietée de sou père. — Archives de Simaucas, col. A 56"".

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