‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 20 sur 234 · LA LIGUE DE PICARDIE · texte numérisé non relu

LA LIGUE DE PICARDIE

« L'on est d'advis, avant que l'assoeiation'soit signée, qne Sa Majesté fasse délibération de ce qu'elle entend estre faict contre ceux de la religion en leurs biens tant aux nobles que roturiers , et pour ce donner édict avec pouvoir aux gouverneurs de les exécuter sans appel. L'on proteste , incontinent sa volonté entendue , mettre le pays en repos et le tout nettoyer sans qu'il soit besoin de dépense : la noblesse , les ecclésiastiques et trois estats aideront à l'exécution. L'on pourra effectuer une bonne levée de gens de guerre pour faire recouvrir au roy les villes que ceux de la religion tiennent en ce royaume , et Leurs Majestés seront priées n'endurer autre religion que la catholique romaine pour laquelle ceste association se faict de bon vouloir. Ceste ligue ne sera tenue à faire aucune dépense sinon pour la conservation et augmentation de ladicte religion dont notre roy est le chef, et extirpation de la nouvelle, mauvaise et perverse. Les gentilshommes qui ne pourront marcher par maladie , vieillesse ou autres accidens devront armer un ou deux hommes de pied selon leur moyen , et cela sans préjudicier à la postérité delà noblesse , laquelle se soumet à exterminer la fausse religion. » Venaient ensuite plusieurs réglemens pour conserver la discipline militaire : il fallait que les villes et provinces s'entendi-ssentsur le nombre d'hommes à lever afin de ne faire aucune confusion « et ne faut rien employer

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qu'avec grandes précautions et ne cesser de continuer cette levée jusqu'à ce que l'exercice de la fausse religion s'éteigne *. »

On retrouve ces formes d'associations, ces précautions militaires pour la Bretagne , l'Anjou , la Provence, la Normandie**; déjà le conseil du roi s'en inquiétait ; on craignait de voir se centraliser le mouvement catholique en dehors de la royauté. Dans des instructions adressées à M. de Montpensier, pair de France et lieutenant-général de Sa Majesté en Bretagne , il est dit : « Que le roy avoit esté adverti qu'il se faisoit quelques ligues et associations en son pays de Bretagne qui ne peuvent tendre qu'à très-mauvaise et pernicieuse intention et grandement préjudicier à son service, donne ordre audict duc gouverneur de faire entendre aux. Estats de la province qui s'assemblent à Rennes après s'être bien a.ssuré de la vérité au subject desdictes ligues, que le roy, scachant

* Mss. de Béthune , vol. cot. 8832, fol. 67. — 2 décembre 1576. Autre association faite entre les princes, seigneurs, gentilshommes et autres, tant de l'état ecclésiastique, de la noblesse que du tiers-état et habitans du pays du Nivernais. Mss. de Béthune , vol. cot. 8866 , fol. 45.

*• Voyez aussi .\ssociation faite entre les princes, seigneurs et gentilshommes et autres, tant de l'état ecclésiasiic|ue que du tiers-élat , sujets et habitans du duché de Normandie , et baillages de Caux et Gisors. Mss. de Délhunc , n" 8862 , fol. 5.

PROJET DE LiaUE GÉNÉRA.LE (1576). 37

qu'on amassoit des armes et des chevaux pour evécuter quelque entreprise secrète, veut scavoir la vérité et de leur bouche. Il dira auxdits Estats que le roy avoit grande confiance en leur fidélité; le dernier édict de pacification avoit esté faict pour le bien public ; il n'y avoit aucun autre moyen de rendre la tranquillité au royaume, la réconciliation du roy avec son frère étant un fruit de l'édict, procureroit les plus grands advantages. Le bonheur du peuple estant le seul objet des peines prises par le roy et sa mère , ils avoient lieu de s'estonner que la noblesse bretonne se laissast aller aux impressions de gens malintentionnés ; rien ne peut excuser de telles ligues , le serment mesme ne peut lier le subject contre son roy. Le duc les asseurera que la soumission effacera le souvenir de l'otï'ense; s'il trouve de la résistance, il n'em» j>loyera pour la vaincre que la persuasion. 11 n'oubliera pas de parler de la disposition en laquelle est Sa Majesté de tenir des Estats Généraux pour y prendre les mesures les plus justes pour le biendeTEstat*. «La couronne s'agenouille en queU (jue sorte devant la crainte que lui inspirent les ligues : elle leiir parle avec douceur ; elle ne veut point les blesser, mais les arrêter dans leurs desseins.

Le projet de centraliser toutes ces ligues parti-

' Mss. (le Bélhuiie , vol. cot. 882 i , iol. 35.

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