‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 202 sur 234 · CORRESPOND. MYSTÉRIEUSE DE GUISE · texte numérisé non relu

CORRESPOND. MYSTÉRIEUSE DE GUISE

amitié, dont Bellièvre , en ce voyage, a eu encore particulière charge de m'en parler avec tant d'oflFres et asseurance que vous en seriez estonné. Toutefois cela n'erapeschera point la résolution que nous vous avons faict entendre , pourvu que tous les princes qui y ont tous les niesmes intérests ou plus grands que moy, y marchent de semblable pied.

27 avril. « Vous aurez sçu les rumeurs de Paris et la présence des forces du roy, qui rend notre dessein plus difficile à exécuter *, non que nos amis de Paris n'ayent encore très-bon courage et que nous ne nous sentions assez forts pour en venir à bout ; mais quelques-uns de nos amis nous ont faict dire que , puisque les choses sont en cet estât, il faudroit se desclarer ouvertement contre

* Je donne ici un modèle de ce chiffre tout-à-fait irrégulier et sans base commune, carie même signe ne reproduit jias toujours la même lettre; j'ai trouvé cette correspondance eu mss. dans la grande et précieuse collection de M. de Mesme.

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DÉPÊCHE DE HEiNRl III (1588). 317

(l'Espernon et en demander publiquement justice

au roy, et là-dessus faire desclarer toutes les *

({ui le feront très-volontiers et ne nous désister de cette poursuite que raison n'en fust faicte. Et sur quoy s'estant faict plusieurs discours, nous avons pensé que nous vous devions faire cette despesche pour vous supplier nous faire ce bien de nous mander votre advis que nous aurons en trèsgrande estime **. » Ces menées du duc de Guise aidaient la fermentation de Paris. Elle apparaissait par mille symptômes au sein de cette grande population ; le conseil commençait à s'en alarmer. Henri III écrivait à son négociateur à Nancy : « M. de Bellièvre, il y a deux ou trois jours qu'il court des bruits en cette ville fort estranges à quoy je n'adjouste grand foy; mais voyant qu'ils continuent et que beaucoup de mes serviteurs et des bons habitans de cettedicte ville, mesme aucun de ceux de la justice, me sont particulièrement venus advertir que lesdicts bruits augmentent et mettent en crainte, peine et frayeur unchascun, se disant que dedans deux jours il se doibt exécuter une entreprise en laquelle il se dict aussi que doibt estre mon cousin le duc de Guise , et que

* Ceci est en blnnc (les villes sans doute).

** 2 Avril 1588. Lettres secrètes et mystérieuses écrites III chiffres ù M. de Nevers. — Mss. de Mesmes , intitulé : Mémoires sur la lùjue, lom. ui, in-fol. n° *''^'^*.

318 DÉPÈCHE DU ROI (1588).

sans sa présence on ne la veut exécuter , estant ladicte entreprise telle que sous couleur de s'attaquer à mon cousin le duc d'Espernon, l'on doit tuer tous mes serviteurs les plus aflectionnés qui ont cet honneur d'estre près de moy , et qui ont charge de mes affaires , saccager leurs maisons et de ceux qui n'adhèrent à la ligue. Cela est occasion afin de contenir chacun en repos, et cmpescher qu'il n'advienne aucune émotion que je fais approcher ici mes Suisses pour les faire loger, et aussi mes gardes es fauxbourgs de deçà ; ayant advisé de vous faire incontinent cette despesche, afin que vous fassiez entendre ce que dessus à mes oncle et cousins les cardinaux de Bourbon et de Guise et aussi à mondict cousin le duc de Guise, s'ils sont encore ensemble , sinon et que fussiez jà partis d'avec eux comme l'on dict que deviez faire eejourd'huy, vous retourneriez trouver mondict cousin le duc de Guise à l'endroict où il sera, auquel vous ferez entendre le contenu de cette lettre, en l'asseurant de ma part que je n'ai rien en plus grand désir que d'embrasser et réunir tous mes subjccts, le priant de s'employer de sa part tellement avec mesdicts oncle et cousins pendant qu'ils sont ensemble à faire avec vous une si bonne résolution, suivant la charge que je vous ai donnée , que nous puissions tout si bien entreprendre, que au contraire de ces bruits, nous employons à poursuivre et à parachever à l'en-

nÉPÈCHE DE M. DE BELLIÉVRE (1588). 31!»

contre de ceux de la nouvelle opinion, le grand et bon succès qu'il a jà plus à Dieu nous donner, afin qu'à son honneur et gloire nous puissions achever de ranger à leur devoir les dicts de la nouvelle opinion. Vous estes si capables de mes bonnes et sainctes intentions, que je n'estendrai cette-cy davantage*. » M. de Bellièvre se hâta de communiquer aux confédérés la lettre qu'il avait reçue du roi et les plaintes qu'elle contenait. L'union répondit par des doléances hautaines. M. de Bellièvre les énumère dans une dépêche adressée au roi : « Sire, j'escrivis hier à Vostre Majesté. Depuis quelques jours il a esté parlé des bruits qui courent par Paris. J'ai faict tout ce qui a esté en raoy pour essayer d'en découvrir la vérité; il m'a esté impossible d'en apprendre autre que ce que je vous escrivis hier. Je suis allé trouver MM. les cardinaux de Bourbon et de Guise et le duc de Guise ; j'aperçus en leur visage une grande douceur. M. le cardinal de Bourbon prist la parole , se plaignant bien fort du tort que on leur faict, et qu'il y en a qui les veulent perdre ; mais que Dieu les conservera et ne permettra pas que Vostre Majesté prenne une si mauvaise opinion d'eux. Ils se trouvent merveilleusement trou-

* Dimanche de Quasimode 1588. — Lettre d'Henri III à M. de Bellièvre au sujet du bruit d'une entreprise sur Paris ])Our le duc de Guise. — Mss. de Béthune , vol. cot. 8897.

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