DÉPÊCHE SUR M. DE GUISE
blés des bruits de conjuration dont il est nécessaire de constater la vérité , pour y obvier et s'opposer comme l'on doit, sans aucun respect s'ils se trouvent véritables ; aussi , s'ils sont faux , ad viser comme on les pourra faire cesser. De mon costé. j'aurai l'esprit perpétuellement bandé pour essayer de descouvrir ce qui en est ; mais si tant estoit que ces gens nourrissent quelque chose du mauvais en leur estomach, estant advertis qu'ils sont soupçonnés , ils feront toutes desmonstrations contraires. Le sieur de Guise m'a mandé de le vouloir aller trouver en lieu où il se promenoit. Parlant à M. de Guise, je le trouvai fort altéré; il m'a dict que ceste nuict , il a reçu trois advis du costé de Paris , que tout y est en confusion , que l'on a faict entrer aux fauxbourgs huit compagnies des gardes et les Suisses, que c'est pour courir sus à ses amis*. Je lui ai dict et faict entendre l'ordre que Vostre Majesté a donné afin qu'il n'advinst aucun tumulte; que c'est à Vostre Majesté , qui estes le roy , à donner sûreté aux habitans de vostre ville de Paris. Il m'a dict qu'il y avoit moyen de pourvoir à la garde d'une ville
* Dans la curieuse relation de ce qui se passa à Paris au jour des barricades , conservée Mss. Dupuy, n" 47 , on lit: « Le roy voulut se saisir des lieux principaux, el par ce moyen exécuter sans résistance plusieurs bourgeois que l'on avoit reconnus estre de la ligue.
IMPATIEINCE DE PARIS (1588). 321
sansentrer en telles desnionstrations. J'ai respondu que c'est à vous , Sire , qui estes le roy , de juger comme il vous plaist que vostre personne et voslro ville soient gardées; que celuy qui se garde ne faict point de tort aux autres : cette garde est pour empescher le mal , et non pour en faire. On leur a donné ceste alarme bien chaude, et ne scait qu'il en pourra advenir s'ils ne changent de propos. 11 m'a dit qu'il est en tel doute , qu'il est contraint d'escrire à tous ses amis pour sa conservation et la leur , et qu'il espère qu'il n'aura pas faute d'appui. C'est avec un extresme regret, Sire, que je vous escrit ces langages; mais l'affaire est de telle et si grande importance , que je n'ai voulu faillir d'en donner advis à Vostre Majesté *. »
On suivait à Nancj la négociation avec Bellièvre pour la signature royale aux articles de la ligue, lorsque arrivèrent quelques agens secrets de Paris pour annoncer que si le duc de Guise ne s'empressait pas de s'y rendre , le mouvement éclaterait sans lui. C'était particulièrement de la Picardie que venaient les reproches; cette province était plus que toutes les autres engagée dans les intérêts de la ligue : « Monsieur de Guise , pour faciliter l'exécution de son entreprise , avait de longue main disposé les volontés des personnes de
* 26 avril. — Mss. de Béthunc, vol. cot. 8905, fol. 2L IV. 28