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prions de mander vostre compagnie et celle de M. Trotissois , cejourd'huy à huit heures du soir, pour les mettre de garde au cimetière desSaincts- Innocens jusqu'à demain cinq heures dn malin, suivant l'ex-près commandement du roy. »
Enfin, le 12 mai au matin, journée même où éclata le mouvement populaire , les ordres du bureau municipal aux colonels deviennent plus pressans. « M. le président de Thou , colonel , nous vous prions de vous trouver présentement en l'hostel de eeste ville pour adviser à ce qui est à faire pour la sûreté de ladicte ville menacée, et mander à tous les capitaines de vostre quartier qu'ils aient à se tenir en armes pour le service du roy et de la ville. Faict au bureau , le jeudy 12 may à 10 heures du matin. » Le même ordre est envoyé aux seize colonels de quartiers. C'était le moment où l'insurrection prenait une grande consistance.
Voyons ce que faisait Henri III : « Ayant eu advis des remuemens qui estoient jà à Paris et du grand nombre d'estrangers qui y estoient arrivés , et arrivoient d'heure à autre, il redoubla sa desfiance, et il manda les Suisses , qui pouvoient estre environ deux mille cinq cents, appela aussi quelques régimens et les compagnies de ses gardes , et entrèrent près de luy une compagnie ou deux de Suisses de l'extraordinaire. » Le nombre des troupes pouvait être de quatre à cinq mille hom-
HEi\RI III ET LE DUC DE GUISE (1588). 335
mes ; elles étaient bien armées et devaient se rendre maîtresses des postes et des principales places qui dominaient la ville.
Pendant ce temps les négociations continuaient. Le duc de Guise, en complète intelligence avec l'union de Paris et le peuple, n'en voyait pas moins le roi, allait au Louvre, l'accompagnait dans ses courses soit à Vincennes , soit à Saint- Germain. Le 11 au soir , la veille des barricades, dans une de ces promenades lointaines , la conversation roula sur les affaires de la religion : « Vous scavez bien, disait le roi , que je n'aime pas les huguenots , et cependant vous m'attaquez de ce costé-là et pour raison de ceux que j'affectionne le plus. Je serois bien malheureux si les particuliers peuvent faire du bien à leurs amis, et moy qui suis roy je n'en puisse faire aux miens. »
« — Je sçais bien , répondit le duc , que Vostre Majesté n'a aucun dessein pour les huguenots, et néanmoins par sa manière d'agir elle portera imperceptiblement un hérétique sur le throsne royal. 11 faut empescher d'abord, Sire, que les charges , gouverneraens et autres grands bienfaiets ne soient donnés à des personnes indifférentes ou qui favorisent ce parti. Pour mou compte, je puis asseurer Vostre Majesté que je n'entreprendrai jamais rien ni contre sa personne ni contre son Estât, et je luy donnerai sur ce point toutes les