U VICTOIRE DU PEUPLE
» Se voyant ainsi accablés , tant par les assauts des bourgeois armés que par les pierres et autres armes dont la fureur de la populace en telles occasions se servoit , les soldats furent contraincls à se donner à la merci des habitans, et promirent de se retirer. Comme ils passoient sur le pont Nostre-Dame, il y eut un tailleur de la rue qui fut tué d'un coup d'arquebuse ; on pensa qu'il avoit esté tiré par eux, ce qui fut cause que ceux qui gardoient la barricade commencèrent à les charger vivement , et les gardes furent forcés de rebrousser chemin. Quelques-uns crioient qu'ils étoient catholiques , d'autres raontroient les patenôtres , plusieurs se mettoient à genoux joignant les mains. Un grand Suisse , armé tout à blanc , qui avoit une grande barbe qui lui pendoit jusqu'à la ceinture, se mit aussi à genoux, tendant les mains au ciel et montrant son chapelet. »
Les soldats partout attaqués , pressés entre mille barricades, ne pouvaient s'ouvrir un passage, se réunir en masse pour résister : « Si ce n'étoit par-dessous la terre comme les souris , ou dans l'eau comme les grenouilles , ou s'ils ne voloient en l'air comme les oiseaux *. » Le peuple ne criait pas : vive le roi! cojnme dans toutes les vieilles révoltes, mais : vive l'Union ! vive la Sainte-Ligue! et ce bruit retentissait au Louvre : « Henri III, adverti de tout ce qui se passoit ne s'en esmut nul-
* Récit d'un bourgeois de Paris, rass. Dupuy, n° 47.