DEUXIÈME ÉPOQUE. — LA LIGUE. — GOUVERNEMEKT MUNICIPAL
De la Saint -Barthélemv aux barricades.
Les seize années que je viens de parcourir, forment, ainsi que je l'ai dit la période de réaction, dont les deux extrémités se trouvent dans la Saint- Barthélémy et les barricades; double mouvement dirigé, l'un contre les huguenots, l'autre contre les timides et les consciences inditférentes. La royauté se place à la tête du massacre du 2-4 août
1372; elle reste populaire, forte de l'assentiment de la multitude ; quand elle se met en dehors de la révolution tentée contre les politiques, le 12 mai 1388, elle est exilée de Paris ; le gouvernement municipal, l'union catholique s'établissent, sinon contre Henri III , au moins sans lui et malgré lui. Son pouvoir finit du jour où il heurte de front l'opinion des masses.
Dans cette période , il s'élève peu de controverses de théologie ou de philosophie ; l'époque de l'intelligence et des grandes thèses est passée ; il ne s'agit plus de doctrines à fixer, mais de l'application matérielle de ces doctrines "à des faits politiques. Le catholicisme et la réforme se mêlent à des questions successoriales, aux droits de la couronne , à la convocation des Etats-Généraux , aux batailles de chevalerie, à la féodalité qui veut reparaître et se reformer par grandes niasses de provinces , à l'ambition des uns, à la fortune des autres. Ce sont plutôt les formes religieuses que l'on défend de part et d'autres que les théories philosophiques et intellectuelles ; le prêche et la messe sont des bannières qui cachent des intérêts plus matériels, des privilèges, des libertés, la vieille société qui s'efface, la nouvelle société qui veut s'imposer.
La vie laborieuse et triste de Charles IX s'use à empêcher la réaction , qu'il a secondée d'abord, d'aller jusqu'à son dernier terme; Catherine
de Médicis se pose comme médiatrice de tous les partis , attaquée par tous , impuissante contre l'entraînement des opinions extrêmes qu'elle adopte quand elle ne peut les comprimer l'une par l'autre ; Henri III, ardent catholique et populaire tant qu'il n'est qu'héritier du trône , roi du milieu et de la modération quand^ il y arriva , et alors subissant toutes les impopularités de ce système de tempérament , enfin chassé de Paris et de son trône pour avoir adopté les excès de la modération même , car cette opinion-là dans ses frayeurs et dans ses faux calculs a aussi ses excès; l'assassinat des Guise à Blois fut un conseil des politiques, une de leurs mesures de prudence; elle entraîna la ruine des Valois.
En France , la réforme était une exception au principe tout catholique , et voilà ce qui explique cette force sans cesse renaissante , secouant les édits de pacification et s'organisant ensuite dans la ligue. Le tiers parti n'était encore qu'une intrigue; il n'avait aucune puissance sur les esprits. Rien de ce qu'il tenta dans cette première période ne réussit ; car ce n'est que quand la réaction arrive à ses derniers excès et fatigue la bourgeoisie , que le tiers parti recrute des forces et devient une opinion d'avenir.
La période du mouvement démocratique et municipal va commencer ; la petite bourgeoisie et le peuple à la tête du gouvernement du pays ,
se perdent dans des divisions malheureuses; les partis se trouvent en face , se jetant les plus violentes menaces et la guerre civile. C'est un spectacle dramatique et peu connu que l'histoire des Etats de France à l'époque de la ligue , formant son administration politique ; et c'est alors qu'il faudra voir par quel concours de causes diverses , et pourtant toutes décisives , la grande race de Lorraine ne se substitua point à la vieille royauté des Yalois et à la famille des gentillàtres du Béarn !