HENRI U\ ET DA:>1 VILLE
ccssaire pour assurer ma ville de Bordeaux; d'en faire sortir tous les ministres et l'aire eesscr les presehes; le ])rineipal est de l'evécuter de façon que eela ne cause quelque émotion entre les hal)itans , et que l'on ne sçache que ce soit par mon commandement , mais à la requeste et instan«!e des maire et jurats et de ma cour de parlement, vous priant vous y comporter doctement *. » C'était vers le maréchal Damville que devaient se porter tous les efforts du roi. Tel était l'avis de la reine Catherine de Médicis ; elle disait dans des conseils adressés à son fils: « Le raareschal Damville c'est celuy-là que je crains le plus , d'autant qu'il a plus d'entendement, d'expérience et de suite , et pour ceste occasion je dis qu'il ne faut rien espargner à le gagner , car de luy doit venir, à mon advis, nostre bien ou nostre mal; s'il obéit , le roy de Navarre et le prince de Condé demeureront sans grand conseil et conduite, et leur parti sera affoibli et ruiné ; à quoi je reviens à dire qu'il le faut avoir et luy offrir et tenir tout ce que l'on pensera et pourra, afin de l'oster de la grande défiance en quoi il est et luy donner tel commandement que jamais gouverneur ait eu. Mais si j)as un des trois ne se vouloit accommoder , il faut estre asseuré qu'en prenant une résolution vous auriez moyen de vous défen-
* Mss. de nénimiL- , vol. cot. 8886 , fol. 26.
CONSEILS DE CITIIERIINE DE MEDICIS (1577). 7r
dre;et pour résister , vous n'avez pas d'argent, et sans argent on a beau vous conseiller et vous résoudre , on ne sçauroit rien faire ; c'est pourquoi je voudrois escrire au pape et lui remontrer ce que vous faictes pour l'honneur de Dieu , et qu'il vous donne les moyens d'achever un si bon œuvre en vous baillant durant quatre mois deux, cent mille francs par mois ; car si vous avez la guerre , je voudrois faire un effort si grand que la longueur du temps ne ruinast le royaume. » Pour ce faire , la reine-mère proposait une série de dispositions militaires dans toutes les provinces du royaume ; elle demandait une augmentation considérable d'hommes de pied et de cheval et trois armées régulières « Et en cas que ne fussiez ni en paix ni en guerre , il faut donner des ordres pour mettre toutes vos provinces et villes à l'abri ; pour cet eff'ect on fermeroit les portes et prendroit les armes avec exprès commandement de ne faire mal ni déplaisir à aucun huguenot , mais les prenant en nostre protection , pourvu qu'ils se continssent doucement et sans rien troubler; faire grande attention aux ponts et passages, afin qu'ils ne s'en saisissent *. »
Les États se continuaient tout catholiques à Blois , et ( Catherine suivait les négociations avec
* Mss. de Réthunc, vol. col. 8826, fol. 3, et mss. de Colbcrt , vol. xxix , itg. en parchem.
72 NÉGOCTATIONS DU COISSEIL (1577).
le roi de Navarre et le prince de Condé. Le maréchal Damville avait répondu qu'il sacrifierait volontiers sa vie pour la religion catholique; « mais , considérant ce qui s'est passé et la saison où nous sommes , mon devoir est de vous représenter l'impossibilité d'effectuer l'intention de concorde avant qu'on ait accordé ce qu'on doit. Croyez que j'ai trop faict de preuves de la fidélité et affection que moy et les miens portons à Sa Majesté , n'ayant jamais visé qu'à ce que j'ai estimé pouvoir apporter repos et tranquillité à ce pauvre et désolé royaume si fort atténué qu'il n'en a quasy plus que la superficie , et de mon costéj'y mettrai tout le pouvoir que Dieu a mis en moy *. » Catherine lui envoyait un courrier tout exprès : « Mon cousin , le roy Monsieur mon fils vous sera si bon maistre et roy que vous aurez grandement occasion de le bien servir; vous prendrez toute confiance de luy et de moy, je désire tant vostrebien et je m'employcrai toujours pour ce qui vous touchera **. » Henri de Navarre, le prince de Condé , également caressés par la reine Catherine , répétaient leurs bons vouloirs d'en venir à une paix solide , durable , dans laquelle la liberté de conscience et de prêche serait proclamée.
• Mss. de Bélhune , vol. cot. 8842 , fol. 24. ** Ibid., vol. cot. 8887, fol. 48.
NÉGOCIATION WEC HENRI DE NWARRE (1577). 73
Le projet du conseil était d'arriver par des actes concilians à l'unité religieuse , vœu des Etats de Blois , ou bien de comiuencer la guerre avec de telles forces que le parti huguenot ne pût essayer une résistance longue et efficace *. Catherine de Médicis avait une tête à négociations ; c'était son penchant d'école italienne. En niêaie temps qu'elle paraissait se jeter dans l'opinion populaire des États de Blois , elle multipliait les agens auprès des deux chefs du parti huguenot pour les amener à une transaction. Les conditions qu'elle leur proposait étaient inacceptables. Com-
* 31 janvier 1577. — Après la suppression de IVulit de pacification , lors des États de Blois , on repandit le bruit de l'exterraination générale des huguenots ; llenri III expédia à tous les lieutenans-généraux et gouverneurs une circulaire afin de rassurer ceux de ladite religion ; ils devaient faire assembler tous les gentilshommes tant catholiques que protestans, et leur dire que d'après l'avis des États il n'y aurait autre religion que la catholique; cependant il ne serait fait aucun mal à ceux de l'opinion contraire, car le roi les prenait sous sa protection et les défendrait eux et leurs familles de toute injure et oppression. — Mss. deBéthune, n" 8832, fol. 53. — 6 avril 1577. Lettres patentes du roi portant mandement de faire signifier à tous gentilshommes et antres faisant profession des armes, qu'ils aient à se tenir prêts en bon et suffisant équipage d'armes et chevaux pour aller trouver Sa Majesté. — Bibl. du Roi, rec. de pièces in-8" , parch. rot. L, 1 472 , pièce I