OPINION DU CONSEIL
ment supposer qu'un grand parti renoncerait à la liberté de conscience résultant du dernier édit , pour adopter l'unité religieuse qu'on lui proposait ? Aussi Henri de Navarre répondait aux propositions de la reine-mère : « Je vous prie vous souvenir que c'est une triste chose d'oster aux; hommes ce qu'ils ont déjà, et ne donner pas ce qu'ils demandent; si l'on s'est tant travaillé pour avoir exercice de la religion , lorsque l'on ne l'avoit encore eue, on se travaillera et remuera bien davantage pour la retenir maintenant qu'on l'a ; s'il faict mal au cœur des catholiques de voir seulement que ceux delà religion aient exercice d'icelle, il en fera bien plus à ceux à qui on la veut oster, après la leur avoir tant de fois et si long-temps permise. Et se peut souvenir Sa Majesté du serment par elle faict de maintenir l'exercice de la religion, de peur de troubler l'Estat ■^. »
Toute négociation amiable devenait impossible sur de telles bases ; il fallait recourir à la guerre pour arriver au résultat d'unité religieuse , ou bien pactiser avec les huguenots sur les anciens articles des édits de pacification. Le conseil était presque unanime sur le premier de ces avis ; à tout prix il désirait le triomphe des sentlmens catholiques. La reine-mère, changeant d'opinion à
* Mémoires du duo de Nevers, édition in-fol. 1665, tom, 1 , pag. 455.
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la vue des périls, combattit avec énergie une résolution aussi désespérée qui compromettait encore une lois la paix publique : « Je suis catholique et ai aussi bonne conscience que nul autre peut avoir. J'ai beaucoup de fois hasardé ma personne contre les huguenots du temps du feu roy mon fils ; je ne le crains pas encore ; je suis preste à mourir , ayant cinquante-huit ans , et j'espère aller en Paradis. Jusqu'à ce que le roy ait le moyen d'exécuter cette résolutii)n d'une seule religion , il ne se doit déclarer. Je vois bien ce qu'a faict le roy des Espagnes à ses subjects de Flandre , auxquels il a laissé l'exercice de la religion en Zélande , Frise et Hollande ; ce n'est pas une chose nouvelle de permettre l'exercice de la religion aux lieux où on ne peut l'empescher. Quand les princes estrangers sauront ceste déclaration , mesme le pape , ils s'en resjouiront et seront bien aises d'entendre que les choses auront pu se pacifier sans guerre. Quant à moy , je ne veux pas m'autoriser parmi les catholiques pour détruire ce rovaume: mon dessein est de le conserver ; en le perdant, la religion seroit perdue ; au contraire ce royaume estant conservé , la religion le sera aussi ; il y a ])cu de moyens de faire la guerre , il n'y en a presque pas de vivre. Le prince de Condé prendra les villes et toute la campagne ; jusqu'à ceste heure ou n'a pu lui résister. Je ne désire point voir mettre FKstat en tel
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hasard; non plus la personne du roy. S'il y en a d'autres qui ne se soucient pas de la perte de cet Estât pourvu qu'ils puissent dire : j'ai bien maintenu la religion catholique , ou qui espèrent faire leur profit par sa ruine, je n'ai rien à leur dire , mais je ne veux leur ressendjler. Je conseille au roy de conserver l'Estat et sa personne aussi , et Dieu , j'espère, le favorisera en sorte qu'il réunira un jour les deux religions en une *. »
Le conseil persistant dans sa résolution d'aller droit aux armes contre les huguenots, on s'adressa aux États pour en obtenir des aides : ces Etats se fussent sans doute imposé des sacrifices , s'ils avaient été sûrs que les sommes votées seraient employées au triomphe de leurs principes. Les assemblées sont toujours prodigues quand il s'agit de faire prévaloir leurs idées et leurs passions; mais <;omment les bons catholiques se fussent-ils abandonnés à Henri III , prince toujours incertain et irrésolu, employant même les sommes de deniers votés aux belles parures de ses mignons ? Le roi s'en exprima avec aigreur dans le conseil: « Messieurs, chacun a vu de quelle afTection j'ai embrassé ce qui estoit pour l'honneur de Dieu, et combien j'ai désiré de voir qu'il n'y eust qu'une religion en mon royaume. Mesmcj'ai brigué, s'il
* Extrait d'un journal fait par M. le duc de Ncvers pendant les Estats tenus à Blois , es années 1570-1577. ,i