VOYAGE DE CATHERINE DE .>|ÉD1CIS
à la féodalité , à cette hiérarchie de clocher à clorher où dominaient l'homme d'armes et le tenan- «ùcr hautain,
Catherine de Médicis , vigilante et toute préoccupée de ses idées de transactions, résolut encore un voyage à travers les provinces, afin d'apaiser ces ferraens de discorde qui de toute part éclataient. Elle prit prétexte de conduire Marguerite , sa fille, au roi de Navarre, qui la réclamait avec instance; partout où passait Catherine elle préparait autant qu'il était possihle le rapprochement des opinions, l'exécution pleine et entière de l'édit de pacification ; le duc de Montpensier écrivait au roi : « Sire, vous entendrez par le retour de ce porteur comme
ment de la paix , eu donnant par ce mauvais exemple occasion à d'autres (urbulens d'en faire le semblable. » — 7 octobre 1579. Lettre de Catherine de 3îédicis au maréchal de Montmorency : « Mon cousin, me trouvant hier au soir assez bien après l'opération des pillules que j'avais prises , je vis vostre lettre du 4 de ce mois : la façon comme a été pris Montagn.-tc , les remontrances que vous me faictes sur les catholiques qui l'ont prise, ce que vous avez sur ce desclaré à ceux de la religion prétendue réformée, de la justice qui sera faicte dudit attentat , et les remontrances que leur avez aussi faictes sur les désordres qu'ils ont commencés , en quoi ii ne seroit possible de mieux , et ont les uns et les autres grande occasion de s'en contenter et de se contenir doresnavant attendant la justice qui sera faicte à une part et d'autre. . Mss. de Béthune, n" 8833, fol. 28.
CORRESPOND. DE CATHER. DE :>1ÉDICIS (1379). 127
Dieu mercy , le voyage de la royne votre mère continue à se faire si heureusement que Vostr^ Majesté ne le sauroit mieux désirer , car, partout où nous passons, la paix s'establit selon vostre intention à la manutention de laquelle ce semble que le roy de Navarre et toute la noblesse de pardeçà se disposent*. »
Sur la moindre plainte, sur le soupçon le plus vague , Catherine rendait justice ; et soit qu'elle redoutât la puissance du duc de Guise, soit qu'elle sentît que la ligue, par son nombre, était une force autrement menaçante que les huguenots , on lui voit une tendance prononcée pour les opinions et les intérêts calvinistes; elle écrivait au maréchal Dam ville : « Mon cousin, je suis en extresme peine et ennuy de la nouvelle qui est venue ce soir à mon fils le roy de Navarre, que La Réole a esté prise par les catholiques; c'est une des villes qui sont par l'esdict baillées en garde à ceux de la religion réformée , et je puis asseurer (si cela est vrai) que cela s'est faict .sans le consentement de mon fils qui n'en a jamais rien sçeu , ni d'aucun de ceux qui sont icy, et ne veux oublier de vous dire que j'ai donné charge (si ainsi est que la ville ait esté surprise) de commander de ma part à ceux qui seront dedans de la restituer incontinent es mains de ceux de la religion pré-
• Portefeuilles Fontanieu, n"' 350, .351.
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tendue réformée, afin que cela ne puisse estre cause de troubler le repos et empescher de parachever le bon œuvre commencé pour l'exécution de l'esdict. Mon cousin , on diroit que tout est deschaisné pour empescher la paix; mais je vous assure bien (s'il est vrai que ceci soit comme l'on le dict) que je me deslibère d'en faire telle punition, si je les puis avoir, qu'il en sera à jamais mémoire , car voyez en quel danger ils m'ont cuidé mettre*. »
Cette grande sollicitude pour l'exécution pleine et entière de l'édit de pacification se retrouvait même dans Henri JII. A tout prix le conseil voulait la paix , en se rapprochant un peu du parti huguenot. Le roi donnait des ordres exprès aux maréchaux gouverneurs de province ; il écrivait au maréchal d'Humières : « Je suis adverti qu'au pays de Picardie on fait ligue et amas de gens de guerre sans ma permission. M. d'Humières, mon intention est de faire inviolablement observer mon esdiet de pacification , et ne veux souff"rir qu'aucune levée soit faicte sans ma commission ; informez-vous soigneusement de la vérité, et empeschez telles entreprises directement contraires à mon auctorité**. » Et plus tard il ajoutait à M. de Matignon : « Je veux et vous ordonne qu'assem-
*Mss. de Béthune, vol. coté 8703, fol. 132. *♦ Ibid., vol. cofé 8844 , fol. 49.
CORRESP. DE 1IE?JRI DE NWARRE (1579). 129
Liiez proniptenient le plus de forces que pourrez pour les défaire , tailler en pièces et chastier comme ils méritent *. »
Ces concessions au parti huguenot n'apaisaient pas ses exigences ; les catholiques partout en armes les inquiétaient , et Henri de Navarre , qui s'était alors hautement déclaré le chef des calvinistes , écrivait au maréchal Damville : « Mon cousin ; vous m'escrlvez que jamais n'avez vu une si entière obéissance es catholiques à l'observation de l'esdict et jamais une plus grande obstination en ceux de la religion contre l'establissement de la paix ; je n'eu ai aucun advis ; de tous costés j'ai vu plusieurs plaintes de meurtres et entreprises faicts contre ceux de la religion ; me semble qu'on crie beaucoup contre eux et les charge-t-on des plus grands crimes du monde , parce qu'ayant juste occasion de doubtes et desfîances , ils pensent seulement à leur conservation après avoir esté tant de fois trompés et massacrés : on a tué le baron de Fougères , plus de cent de la religion ont esté aussi tués , et je ne vois qu'on s'eschaufie pour cela d'en faire justice ni qu'on soit prompt à en faire donner les advertissemens au roy comme on a accoutumé de faire pour la moindre faute de ceux de la religion. » Le roy
• Mss.deRcthune, in-fol. M.R. D. vol. cot.8892, pa!;.54. IV. 12