‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 37 sur 144 · TENTATIVES DE CONCILIATION, ETC · texte numérisé non relu

TENTATIVES DE CONCILIATION, ETC

Dans ce dessein, Charles partit de Bologne pour se rendre à Augsbourg où Ferdinand avait, en son nom, convoqué une diète. A peine les électeurs s'étaient-ils réunis pour rendre hommage à la dignité de l'empire et à la majesté du souverain, que Charles leur déclara que la diète devant être précédée d'une messe du Saint-Esprit et d'une procession du saint sacrement , il faisait un devoir à chacun de ses membres, selon les vieilles coutumes, d'y assister en personne. Dès cette première proposition, l'empereur put connaître les immenses progrès qu'avait faits la réformation. Le duc George de Brandebourg, portant la parole pour tous les princes protestants, déclara qu'il ne pouvait obéir à cette demande , car l'eucharistie n'étant offerte que sous une seule espèce, il était impossible aux réformateurs d'y honorer le corps et le sang de Jésus-Christ '. On fit les mêmes difficultés, mais moins vives, pour la messe du Saint-Esprit. La version catholique a soin de noter que tous les électeurs y assistèrent en personne^ : les protestants affirment que Jean, duc de Saxe, fut le seul qui se montra dans ces pompes romaines ; il y vint non point comme adhésion religieuse, mais en sa qualité de maréchal de l'empire et portant les insignes de sa dignité ^.

Cependant Charles-Quint visait toujours à cette unité de pouvoir, à cette force d'autorité violement brisés parla réforme, et un simple édit impérial supprima la prédication luthérienne à Augsbourg, malgré la vive opposition des réformateurs*. La démarche était hardie ; elle retentit jusque dans la diète qui s'ouvrit le 20 juin 1530. Luther avait prévu que là se porteraient les coups décisifs, et qu'il fallait redoubler de zèle et de puissance intellectuelle. L'âge, au lieu d'affaiblir l'ardeur de son esprit infatigable, l'avait doublée peut-être. Il était plus que jamais devenu l'ennemi des concessions à aucun parti ; il avait murmuré de toutes celles qu'avait faites Mélanchton dans la confession des églises luthériennes. A peine la diète était-elle réunie,

' Sr.EiDAN, liv. VII, page 209. — Cochl^us, ad ann. 1S30. ' Goi.DAST., Consi. imper., tome I. — Paliavicini, Hist. concil. Tridenf., hb. 3, chap. 3.

• Sleidan, lib. 7, page 209.

* L'opinion de Luther n'avait point élé d'abord violente sur ce point : il ne voulait pas de résistance à Augsbourg, qui appartenait à l'empereur. « Respondeo Caesarem esse Dorainum nostrum, urbem Augustam et omnia sibi subjecta esse..,. s>i hàc deprecatione subjectissimà nihii oblineri possit, vira injuslam nos ferre palienler oportet. » — Episl., 15 mai 1530. Il changea depuis.

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que Luther commença sa polémique habituelle de pamphlets*. De la forteresse de Gobourg ^ où il s'était retiré, à l'abri des persécutions, il déclara aux princes qu'ils se livraient eux-mêmes à la discrétion de l'empereur, et qu'il valait mieux défendre la vérité par les armes ^.

Ces conseils de violence ne furent point suivis. On eut recours d'abord à une simple résistance , à un système tout passif conseillé par Mélanchton. A peine l'empereur avait-il occupé son trône d'or que l'électeur de Saxe , George , marquis de Brandebourg ; Ernest et François de Lunebourg; Philippe, landgrave de Hesse, etWolfang, prince d'Anhalt , tous luthériens, se levèrent pour obtenir la permission de lire la confession de foi qu'ils avaient arrêtée pour leur église. Cette publicité, donnée en pleine diète aux principes du luthéranisme, effraya l'empereur. Il demanda qu'on lui laissât la confession par écrit, et promit de la faire examiner par son conseil. Les protestants persistèrent dans la publicité ; Charles-Quint , pour ne pas rendre la diète inutile , consentit à un terme moyen. Les princes luthériens purent lire leur profession religieuse, mais dans un simple comité de la diète où elle fut présentée par le savant Pontanus en deux formes et en deux langues , en allemand et en latin. Alors il s'éleva au sein de l'assemblée des murmures du côté des bancs catholiques; le légat manifesta une vive et profonde indignation de ce qu'on permettait une adhésion éclatante à des principes hérétiques. Dans une lettre qu'il écrivit à Charles-Quint , il exigea la condamnation immédiate des formules exposées dans la confession. L'empereur répondit que les lois de l'empire ne permettaient pas de frapper les princes pour des doctrines qu'ils adoptaient comme leurs croyances'*.

Jusqu'ici le parti modéré triomphait dans la diète : on voulait surtout arriver à une grande conciliation. Comme il avait été admis en principe que toutes les opinions pouvaient se faire entendre et recevoir une éclatante publicité , les différentes communions protestantes envoyèrent leur profession de foi, en ce qu'elle différait de la décla-

* Sleidan, lib. 7, page 230.

* Il a fait lui-même la description de sa solitude : « Dicuntur ultra triginta houiiDes hic panem comedere, inler quos sunt duodecim nocturni vigiles et duo speculatores. Tormentarii in divcrsis turribus. » — Epist., 9 mai 1530.

* C'est là qu'il publia son ouvrage : Avertissement au Clergé assemblé à la diète d'Augsbourg, ann. 1530.

* Chrytbée, Hisi. Confess. d'Augsbourg, lome III, fol. 1. Sleidan, liv. 7, page 212.

ration générale rédigée par 3IélanchtOD. La confession des sacramentaires fut arrêtée par Capiton et Bucer ; elle se séparait toujours sur un point principal de la profession luthérienne , la présence réelle ; elle était moins large pour l'admission des doctrines catholiques sur les sacrements , car elle ne recevait que le baptême et l'eucharistie. Il y eut aussi une confession de Zwingle, suivie bientôt d'autres protestations individuelles des villes libres et impériales *.

Le légat envoyé près la diète d'Augsbourg provoquait une condamnation immédiate des opinions produites par les protestants. Il rappelait à Charles-Quint l'édit de Worms qui avait frappé la doctrine réformatrice par la seule volonté impériale. Mais les temps n'étaient plus les mêmes : l'empereur semblait apercevoir que ce qu'il avait proscrit comme une controverse théologique s'était transformé en. un fait politique des plus graves ; il n'osait plus alors, sans précautions, sans antécédents, ce qu'il avait arrêté à une autre époque ; sa pensée était d'arriver à une fusion sous la puissante autorité de la diète, et de ramener ainsi une unité qui avait disparu avec le catholicisme.

La confession d'Augsbourg n'avait pas laissé de produire une certaine sensation et d'obtenir une grande popularité scientifique ; Luther, c'est-à-dire la partie irritable du luthéranisme , étant mise hors de cause, Mélanchton prenait la haute main. Le désir et la possibilité d'une conciliation se faisaient sentir. On ne peut dire quelles avances Mélanchton multipliait auprès du pape pour la réunion sous une même croyance des sectes dissidentes. Il écrivait au légat : « Nous ne repoussons aucune condition de paix ; nous n'avons aucun dogme différent de l'église romaine; nous sommes prêts à lui obéir, pourvu qu'elle use envers nous de cette clémence qu'elle a toujours montrée envers tous : nous révérons l'autorité, la police universelle et ecclésiastique du pape : que le pape ne nous rejette pas ^. » 3IéIanchton se bornait à demander quelques points en dispute : la communion sous deux espèces et le mariage des prêtres.

' « Confessio Zwinglii interejus oper. Hospin., ad ann. 1530. »

* « No detrectare uUam faciends pacis condilionera. Dogma nullutn habemu&

diversum ab Ecclesia romana Parali sumus obedire Ecclesiae romanaî, modb ul

illa pro suâ clemenlià, quà semper erga omnes homincs usa est Romani punti-

ficis aucloritatem et univcrsam politiam ecclcsiaslicam rcverenler colemus, modo non abjiciat nos romanus poDtifex. » — Epislol. Mklancut., 6 juillet lo30, l. III, folio 18.

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