DU CALVINISME EX FRANCE
pect au vice-légat d'Avignon. Les vieillards de Mérindol défendirent avec chaleur leur profession de foi auprès du parlement de Provence, et une décision de la cour ordonna que provisoirement Jean Durandy, évêque de Gavaillon, et des prédicateurs de la foi, iraient enseigner la population pour l'arracher à l'hérésie ; Durandy apporta dans la montagne cette chaleur de paroles qui distinguait le catholicisme; les conversions furent peu nombreuses '.
Alors Jean Meynier, baron d'Oppède, avait succédé dans la première présidence à Chassané ; tout entier dévoué aux intérêts du parti catholique en Provence, il écrivit à François I" que ces populations vaudoises, non-seulement n'obéissaient point, mais qu'elles se levaient en armes ; il annonçait que plus de seize mille d'entre eux s'étaient réunis pour secouer le joug de l'Église et du roi , leur vie était un désordre; ils brisaient les images saintes, les autels et les croix du Christ; aucune route n'était sûre, tant le brigandage se multipliait sur le territoire de Provence. Ce rapport du parlement changea tout à fait les opinions de François 1" ; et les lettres royales , sollicitées par le cardinal de Tournon , ennemi prononcé de la réforme, ordonnèrent l'exécution de l'arrêt; la levée du ban et del'arrière-ban fut prescrite dans toutes les châtellenies de Provence ; le capitaine Paulin, depuis si célèbre sous le nom de baron de la Garde, arriva du Piémont avec sa compagnie de gens d'armes, et six mille arquebusiers ou archers, pour se mettre aux ordres du parlement.
Lorsqu'on voit ce grand mouvement d'hommes de guerre pour réprimer les populations vaudoises, il est impossible de supposer que ces populations n'eussent pas fait quelques tentatives de violence et qu'elles fussent restées dans la simplicité d'obéissance qui attend la persécution. En France, les doctrines nouvelles se mêlèrent souvent à l'esprit d'indépendance politique, à des résistances armées. François 1" s'en plaint dans ses lettres secrètes à la ligue de Smalkalde : « Ce ne sont pas de simples opinions, dit-il, mais des actes coupables; les hommes qui enseignent l'hérésie dans mon royaume sont pour la plupart des mutins ^. » Il existe une épître que les Vaudois de Provence adressèrent aux luthériens d'Allemagne, aux zvvingliens et aux calvinistes de Suisse pour appeler du secours et une ligue contre les
' Sleidak, ad ano. 1545, page 534.
' Litt. Francis I, apud Freher, rerum germante, coU, tome IIL
dangers qui les menaçaient. C'était le droit de la défense naturelle ; mais ces correspondances, dans tout État bien constitué , pouvaient être facilement confondue avec la révolte et la trahison de la foi des sujets. La réponse des luthériens et des calvinistes à ceux de Cabrières et de Mérindol fut très-dure ; ils déclarèrent qu'ils n'avaient pas à se mêler des affaires du roi de France. A cette époque se manifestait un esprit de secte et de jalousie entre les diverses nuances de la réforme. Les Vaudois ne s'étaient pas complètement associés à l'une des grandes doctrines; d'où ce refus de tout secours, de tout appui, même contre la persécution ' .
Cette persécution commença terrible. Le parlement s'assembla, et le baron d'Oppède fit lecture des lettres royales qui ordonnaient l'exéciîîîon de l'arrêt contre les Vaudois. Le président François de La Font, les conseillers Honoré Tributiis , Bernard Badet, l'avocat général Nicolas Guérin furent désignés pour suivre le premier président qui réunissait les hommes d'armes au camp de Cadenet, non loin de la Durance. Le territoire de Pertuis fut le premier envahi ; les >i Mages de la Motheetde Saint-Martin sur la Durance furent brûlés et pillés ; quatre cents pionniers qui suivaient le premier président rasaient les débris qui subsistaient encore, renversaient les arbres à grands coups de cognées. On brûla également Ville-Laure, Lourmarin et La Roque ; c'est ainsi que l'armée parlementaire s'annonça aux malheureux habitants de Mérindol ; ils avaient fui, à l'aspect des Jlammes, dans les bois qui couvraient quelques-unes de leurs montagnes ; les soldats les poursuivaient comme des bêtes fauves. Dirai-je res cruautés de l'esprit religieux? ces femmes, ces enfants égorgés dans le berceau, la foi violée, les horreurs de ces massacres qui remplirent les paisibles vallées? Les malheureux périrent ; quelques-uns se sauvèrent dans le Piémont et dans la Suisse ^.
Le bruit de cette sanglante exécution retentit au loin, et le parlement, craignant d'être repris pour sa conduite impitoyable, députa auprès de François I" : l'acte de ratification sollicité par le cardinal de Tournon subsiste encore, et ce qu'on a dit du repentir du roi est très-douteux ; il fut surtout bien tardif. Ce n'est que sous le règne de Henri II, à l'époque des grands rapports de la France et des pro-
' Sleidax. ad ann. 15i3.
* De Thou est l'historien le plus exact et le plus impartial de cette persécution, ad aim lo4c», 1556.