‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 51 sur 144 · DU CALVIMSAÎE EN FRANCE · texte numérisé non relu

DU CALVIMSAÎE EN FRANCE

comme on en trouve encore sur cette route de Valence à Avignon , semée de ruines du moyen âge , des débris de châteaux où l'oiseau de proie a succédé au seigneur féodal redouté dans la contrée. Ces bourgs se nommaient Mérindol et Cabrières. La grande hérésie des douzième et treizième siècles, celle des Albigeois ' et des Vaudois , avait laissé là le germe de sa théorie de simplicité et de vie pastorale. Quand le bruit de la réforme flt écho dans ces rudes contrées, les pauvres de Mérindol et de Cabrières apprirent que ceux qu'on appelait protestants renouvelaient quelques-unes de ces prédications naïves qu'avaient écoutées leurs ancêtres. Ils députèrent donc les ^icillards des montagnes vers les luthériens, et, sans se mettre précisément en communion avec eux , ils les saluèrent comme des ministres de science et de piété qui venaient corriger ce monde et détruire l'orgueilleuse et opulente hiérarchie de Rome ^. Le parlement de Provence , par le droit de police qui appartenait aux grandes cours, supposa que ces rapports si fréquents avec les luthériens d'Allemagne cachaient quelques projets secrets de soulèvement politique , et Barthélémy Chassané, premier président, les fît assigner à se présenter tous en personne à Aix comme fauteurs d'hérésie ^ et de révolte, sous peine de se voir brûler vifs et leurs maisons rasées •*. Ces hommes simples n'obéirent pas aux trois sommations, et le parlement rendit un arrêt cruel qui frappait du feu tous les habitants de Mérindol sans distinction ; leurs maisons de pierre ou de chaume, leurs bois de montagnes devaient être également livrés aux flammes ou rasés par le fer; et, comme si un torrent avait passé par là, on déracinerait les arbres fruitiers, les vergers, produits fertiles de la terre. Les juges de Tourves, Aix, Saint-Maximin et Apt, durent exécuter par la force militaire cet arrêt impitoyable : tandis que l'archevêque d'Arles, que les calvinistes nous peignent comme livré au vin et aux tables somptueuses, pressait au milieu des festins la terrible exécution de la sentence parlementaire ^.

' J'ai suivi le principe et le développement de l'hérésie des Vaudois et des Albigeois dans l'Histoire de Philippe-Auguste, tome III. ' Sleidan, liv. XVI, page 534.

* « Plaidoyers et actes intervenus en la cause de ceui de Mérindol et Cabrières c;i Provence, depuis 1540 jusqu'à 1554, » in-fol. MSS Dupuy, n» 346. Brienne, 204.

* Reg. du pari, de Provence, ann. 1545.

* Voyez les pamphlets déjà cités.

Celte exécution ne pouvait avoir lieu sans l'assentiment du roi , et Guillaume Du Bellay, gouverneur du Piémont pour François I", lui avait adressé un mémoire sur les Vaudois. Il nous reste comme un précieux, monument : « Ceux qu'on accuse d'être Vaudois sont des gens simples qui ont pris des terres en friches et les ont cultivées de leurs sueurs ; elles sont maintenant propres au pâturage et au blé ; aucun ne paye plus exactement la taille au roi et les droits à leur seigneur; on les voit, il est vrai, rarement à l'église, et, quand ils y sont, ils ne s'agenouillent jamais devant les images saintes ; jamais ils ne font dire de messes pour les morts ; on ne les aperçoit pas faisant le signe de la croix ou prenant de l'eau bénite ; leurs prières sont ea langue vulgaire. Parmi eux point d'évèques, point de prêtres, mais des hommes qu'ils élisent comme simples ministres *. »

Ce rapport, qui respire la vérité, toucha le roi, et, par une déclaration du 18 février 1541 , il ordonna de suspendre l'exécution de l'arrêt du parlement de Provence; mais il y mit la dure condition que les Vaudois des montagnes enverraient leurs vieillards abjurer dans trois mois aux mains du parlement d'Aix ^. Si cette obligation n'était pas remplie, s'ils refusaient de renoncer à leurs erreurs, alors la justice devait avoir son cours et les hommes d'armes prêter appui. Cette menace avait retenti dans les vallées des Alpes , et les habitants paisibles députèrent François Chaï et Guillaume Armand , deux de leurs ministres, pour demander la réunion d'une assemblée de théologiens aOn d'examiner leur profession de foi. Les Vaudois de Cabrières, déjà poursuivis par les arquebusiers du vice-légat, députèrent aussi vers Jacques Sadolet, évêque de Carpentras, de cette école d'érudition, de science et de mœurs qui penchait vers la douceur et les concessions au luthéranisme. Sadolet fit suspendre toute exécution sévère ; il supplia les Vaudois de nnodifier leurs opinions, trop hostiles au pouvoir épiscopal et à la hiérarchie ecclésiastique ; il manifesta des sentiments d'affection et de tendresse qui le rendirent sus-

' De Thou, Hist. liv. VI, ad ann. 1530.

• La plus sincère et la plus curieuse de ces relations sur les exécutions de Mérindol porte le litre : « Histoire de l'exécution de Cabrières et de Mérindol, et d'autres lieux de Provence, parliculièreunent déduite dans le plaidoyer qu'eu fil l'an 1531 , par le commandement du roi Henri II, et comme son avocat en cette cour, Jean Stabery, lieutenant au Châlelet de Paris; ensemble une relation particulière de ce qui se passa aux cinquante audiences. » Paris, Cramoisy, 1643.

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