‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 73 sur 144 · I SAS · texte numérisé non relu

I SAS

L'influence de l'esprit réformateur, à l'avènement de Henri II, se manifesta dans la révolte de la Guienne ; le motif avoué de ce mouvement populaire était l'abolition de l'impôt, mais le parti calviniste s'était mêlé de la querelle et l'avait soutenue. Les pendaisons et les patenôtres du connétable de Montmorency eurent raison de cette sédition violente ; on s'habitua à voir la huguenoterie derrière toute prise d'armes.

La guerre d'Allemagne appelait alors une grande modération dans les questions religieuses ; on avait alliance avec les électeurs luthériens dont on défendait les privilèges contre Charles-Quint. Ce fut durant cette guerre que d'Andelot , colonel général de l'infanterie, déploya toute la force du parti colviniste dans une monstre ou revue'. Il s'était réuni un corps de plus de trois mille gentilshommes , archers, arquebusiers, tous réformés; ils défilèrent devant le roi , se distinguant par la simplicité de leur costume et l'austérité de leurs manières. Les divisions religieuses s'oubliaient dans les batailles de Germanie, et les ordonnances sévères contre les calvinistes tombaient impuissantes devant cette communauté de dangers sous la tenîe.

' « Commentaire sur le fait des dernières guerres eu la Gaule belgique, entre Henri II, très-chrétien roi de France, cl Charles V, empereur ; dédié au duc de Nivernois, par François de Rabutin, gentilhomme de sa compagnie. » Paris, chc;; Varcotan, rue Saint-Jacques, enseigne de la Foutaine, ioô'ô.

212 PROGRÈS DE l'influence .

L'édit sévère de Chateaubriand restait saus exécution : cette guerre d'Allemagne tant célébrée ne produisit aucun grand résultat : le traité de Passaw prévint les effets de l'alliance entre les électeurs et le roi de France.

Abandonné par les princes protestants, Henri II dut songer à de nouvelles alliances. Un mémoire avait été envoyé par le pape sur ane ligue contre l'empereur et les luthériens ; la liberté religieuse proclamée à Passaw avait profondément blessé le saint-siége, et Paul IV suscitait des ennemis à Charles-Quint. Tout ceci, se négociant par la maison de Lorraine, agrandissait son importance, et avec elle l'autorité des catholiques. Un traité fut conclu sous le titre de sainte ligue\ et François de Guise mis à la tète des batailles d'Italie. Cette nouvelle situation de l'autorité royale donna plein triomphe à la vieille foi sur le calvinisme. Une immense concession fut faite, et sous l'inspiration du duc de Guise, Henri II promulgua l'édit qui assurait aux tribunaux ecclésiastiques la libre poursuite des huguenots. Jusqu'alors le roi de France en avait réservé les cas à son parlement, afin de modérer la tendance trop fortement religieuse de la juridiction des clercs ; le nouvel édit leur abandonnait tout pouvoir, parce qu'en l'état de la sainte ligue avec le pape , il fallait que jugement fût cccordé à l'Eglise sur le fait d'hérésie. Le parlement adressa des remontrances vives et pressantes. Une minorité réformatrice se montrait dans cette grande cour judiciaire, et la majorité elle-même voulait conserver son antique droit d'appel contre Rome : « Quand il s'agira de savoir, disait le parlement, si une opinion est hérétique, cela appartient aux clercs ; mais quant à la punition des cas d'hérésie appliquée à une personne, ceci nous est dévolu ^. »

Ces rigueurs demeurèrent sans effet ; le calvinisme développait ses forces ; Calvin écrivait au marquis de Poët : « Monseigneur, qui pourroit à rencontre de vous résister ? L'éternel vous protège, les peuples vous aiment, les grands vo is craignent, les régions les plus éloignées retentissent de vos prouesses. Le ciel nous a suscité pour

' Mémoire sur la lifjue entre le roi, le pape et le saint-siége, MSS de Bélhune, vol. Cùl. 864o, fol, 111. — Pouvoirs donnés à M. de Guise pour le voyage de la sainte ligue, MSS de Béihunc, vol. col. 8034, fol. 93. — Viscours des progrès de l'armée conduite par M. de Guise, chef de l'année de la sainte ligue, en l'année iboG, MSS deMesn^cs, in-fol. r," 9j!5, page .58.

^ Ecgist. du parlement, voI.P, folio 340.

rétablir dans nos contrées son église. Il ne reste à vous qu'à recueillir la couronne de gloire que vous désirez. Sans doute, monseigneur, avez auparavant su les progrès de la religion en nos pays; l'Èvangiie est prêché en nos vallées comme en nos villes; peuples accourent de toutes parts pour recevoir le joug. Dans les missions ont été grands fruits et gagnements de maintes richesses. Les apùtres n'ont oncques travaillé avec tant de fruits ; et si les papistes disputent la vérité de notre religion, si elle dure, ne pourront en disputer la richesse. Vous seul travaillez sans relâche et sans intérêt. Ne négligez nullement l'agrandissement de vos moyens ; viendra un temps où vous seul n'aurez rien acquis en ce nouveau changement. Si faut que chacun songe à son intérêt , moi seul ai négligé le mien dont ai grande rcpentauce. Mais ceux à qui ai occasionné d'en acquérir , prendront soin de la mienne vieillesse, qui est sans suite. Vous, au contraire , monseigneur , qui avez vaillante lignée bien disposée à soutenir le petit troupeau , ne les laissez sans moyens , grands et puissants , sans lesquels bonne volonté seroit inutile. La reine de Navarre a bien affermi notre religion en Béarn. Papistes en ont été chassés entièrement. En Languedoc ont été tenues maintes assemblées sur notre croyance. Avec le temps partout seront ouïes les louanges de l'éternel *. »

Jusqu'ici le calvinisme avait été une opinion isolée dans les consciences et les pratiques de chaque individu ; iln'y avait pas eu, dans les grandes villes au moins , de réunions ni de prêches publics. Le premier qui fut fondé à Paris pour célébrer la cène dut son origine à un gentilhomme du nom de La Ferrière- ; il voulait faire baptiser son enfant, et comme il refusait de se soumettre aux superstitions romaines , il appela bon nombre de ses frères , et tous en corps élurent un ministre du nom de Masson, dit La Rivière, qu'ils firent leur diacre et leur prêtre pour célébrer la cène. On arrêta quelques articles de discipline, afin de régler l'ordre de cette primitive maison du Seigneur. Une autre église se fonda celte même année à Orléans, sous la présidence d'un jeune homme du nom de Colombeau : le

' « Conservée en original par le marquis de Pool » : tllc est du 8 mai dlJo7, et copiée dans les portefeuilles de Foiitanieu, MSS Bibliothèque du Roi, ann. 1337, rejî. de Henri II.

' lîelalion de l'introduction des hérésies en France, MSS Fonlanicu, ann, iooo. — Bèze, Hist. ecclésiastique, liv. I".

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premier ministre en cette cité avait été Ambroise Le Balleur, que le consistoire de Paris députa pour diriger sa sœur chérie. Les assemblées avaient lieu secrètement, la nuit, et le peuple de Paris, pas plus que le parlement et le prévôt , n'en étaient informés : puis on s'enhardit ; la mode se continuait d'aller le soir au Préaux-Clercs pour chanter les psaumes de Bèze ou de Marot en français. Ces beaux jardins, naguère tout pleins de folâtreries, étaient un lieu de réunion pour les calvinistes ; on s'y entretenait de la réforme, des abus de l'église catholique et des superstitions dont on s'était délivrés en adoptant les idées de Calvin. Non-seulement l'amiral Coligny assistait à ces pompes hérétiques, mais encore Antoine, roi de Navarre , et cette Jeanne d'Albret, la plus pieuse de toutes les femmes, dévouée aux nouvelles doctrines.

La puissance de la maison de Lorraine grandissait à raison des services ; le duc de Guise , rappelé d'Italie dans la crise de la monarchie luttant avec l'Espagne, s'était emparé de la guerre. Des prodiges de vaillance avaient signalé la délivrance de Calais ; son nom était partout populaire'. La ville de Paris l'avait reçu en toutes ses pompes, car elle avait été menacée dans les dernières batailles ; le roi avait multiplié ses demandes de secours, d'artillerie et de poudre. Souvent il avait été résolu par le conseil municipal d'aller faire remontrance à sa majesté pour lui prouver combien il était étrange de surcharger sa bonne ville pour l'achat de poudres et canons. Aussi quand le duc de Guise eut repoussé les ennemis, il n'y eut pas assez de fêtes et de pompes pour lui ^. Il fut ordonné par le prévôt des marchands et échevins « de faire monstre générale des métiers de la ville ;

' Voyez : Hymne aurai sur la prise de Calais, avec quelques autres œuvres sur le même sujet, composé par J. du Bellaij. En la boutique de Frédéric Morel , rue Saint- Jean-de-Beauvais, au franc Mûrier, 1358. — Discours de ce qui a été accordé entre le duc de Guise et le gouverneur de Gravelines. Paris, 1538.

^ Hymne à la louange de monseigneur le duc de Guise, par J. de Âmelin, Paris, en la boutique de Morel, 1338.

Mais, ma muse, dis-moi, quand on vil à Renty

Par cet Hector l'honneur de l'aigle anéanti ;

A quel Dieu sembloit-ii ? ou si comme il me semble

Il ressembloil lui seul à trois dieux tout ensemble;

Or ne sembloit-il pas de la tète et des yeux

Le tonnerre foudroyant et le père des dieux

Au fier esbranle-terre, au dieu de la marine ?

et c'est pourquoi on enjoignit aux maîtres de les équiper en armes avec enseignes et tambourins, sous peine de vingt livres parisis, de prison , de garnissaire, de sergent en leur logis , et d'être privé du privilège de bourgeoisie. L'on vit en cette belle revue les maîtres et gardes de la draperie , ceux de l'épicerie et de la mercerie, et puis les poulaillers, les lunetiers, les rôtisseurs, savetiers, meuniers, ménétriers , joueurs d'instruments , chacun sous leur bannière ; » eit ce fut un cri parmi les bons bourgeois, quand ils surent que les sergents à cheval et le guet n'avaient pas voulu obéir à la ville. « La monstre se passa entre la Chapelle-Saint-Denis et le Landic où étoient messires du corps de la ville, précédés de leurs archers, arbalétriers et arquebusiers ; les prévost des marchands et échevins étoient couverts de hocquetons en velours cramoisi aux armes de la cité, tandis qu'un grand nombre de bons bourgeois étoient bien montés et vêtus ainsi qu'ils le vouloient *. » Au milieu de ces émotions municipales, le duc de Guise continuait la guerre, le cardinal de Lorraine ménageait le trésor ; plus de mille lettres restent encore des deux frères en pleine possession du pouvoir à cette époque : elles sont adressées, soit aux prévôts des cités , gouverneurs de provinces , soit aux envoyés à l'étranger , afin de diriger les intérêts du parti catholique, et de protéger son triomphe ^.

La grande paix conclue avec Philippe II avait accru le crédit de cette puissante opinion et de la maison de Lorraine, qui s'en déclarait la tête et la force ^, tandis que la jalousie de l'immense fortune des Guise jetait dans le parti huguenot une multitude de gentilshommes de la cour qui voyait avec envie cette exclusive autorité. Quelquesuns aussi apportaient une foi profonde aux doctrines réformées. D'Andelot n'était point un esprit ordinaire ; profondément animé d'un besoin d'instruction, avide de nouveautés, il s'empressait de lire tous les pamphlets qui arrivaient d'Allemagne et que les luthériens répandaient alors en profusion. Le cardinal de Lorraine avait eu une

' Regist. de l'hôtel de ville, n« 6, fol. 2o2 à 264.

* Voyez deux porlefeuilles de lettres de François, duc de Guise, MSS Bibliotb. du Roi. cabinet de Gagnières, n"* 3ol et 352. — Lettres originales du cardinal de Lorraine, ibid. 338. J'ai trouvé plusieurs de ces lettres même dans les archives espagnoles de Simancas, Il janvier 1337, coté B 10-'. Il s'agit dans l'une d'un échange de prisonniers et d'un sauf-conduit pour l'ambassadeur de Portugal.

• « Les articles du concordat, et traité de paix entre les Français, Espagnols, Flamands accordés en conseil privé. » Paris, Gaultier, 1339, in-S".

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entrevue avec Granvelle, évêque d'Arras, et le prélat lui avait dénoncé d'Andelot, colonel général de l'infanterie, lequel déclamait parmi ses soldats contre la messe, jetait à pleines mains des impiétés et des blasphèmes. N'était-il pas à craindre que la réforme ne s'emparât des bonnes batailles de lances, d'autant plus que l'armée, rapprochée de la Flandre , avait en spectacle tous les huguenots des Pays-Bas ? Le cardinal déclara au roi que d'Andelot était entaché d'hérésie et qu'on en avait les preuves.

Une dépêche de Babou de La Bourdaisière, évêque d'Angoulême, ambassadeur à Rome, disait « que le pape l'avoit fait appeler pour lui témoigner son ébahissement de ce que sa majesté ne putiissoit pas les hérétiques de son royaume; que l'impunité de M. d'Andelot qui avoit confessé être sacramentaire , donnoit une très-mauvaise réputation à sa majesté ; que si on l'eût mené tout droit au feu, comme il le méritoit, outre que le roi eût fait chose très-agréab'.e à ^'otre-Se[gneur , le royaume de France fût demeuré net d'hérésie. M. le cardinal de Lorraine, que notre saint-père avoit fait inquisiteur, pourroit-il s'excuser d'avoir laissé perdre une si belle occasion d'un exemple si salutaire, et qui lui pouvoit porter tant d'honneur et de réputation? M. le cardinal montroit bien qu'il favorisoit les hérétiques, d'autant que lorsque ce scandale est advenu il étoit seul près de sa majesté, sans que personne lui pût résister ni l'empêcher d'user de la puissance que sa sainteté lui a donnée. »

L'ambassadeur ajoutait que le pape revenait toujours sur M. d'Andelot, « et je vous avise qu'il lui feroit un mauvais parti s'il le tenoit. » — Alors l'ambassadeur avait représenté à sa sainteté beaucoup de belles choses ; il lui avait dit que M. d'Andelot avait été trompé; que maintenant il était fort bon catholique ; et si c'en était ainsi , le roi l'aurait bien puni. Mais le pape ne se montrait nullement amolli, car il s'était écrié qu'un hérétique ne revenait jamais : que c'était un mal où il fallait le feu. « La justice, en France, avait répondu l'ambassadeur, ne se mène pas comme cela '. »

Ainsi menacé par la cour de Rome , le cardinal de Lorraine s'en était encore fortement exprimé, et le roi avait fait verur d'Andelot : « Est-il vrai , seriez-vous huguenot ? » d'Andelot répondit : « iMon corps, ma vie et mon bras sont au pouvoir de votre majesté, mais mon

' Dépêche de J'évêque dAngoulème, ]\ISS de Bcllmno, vol. col. SCi'ii, fol. ît.

Ame appartient à Dieu seul , et mon âme considère la messe comme une abominable invention. J'aimerois mieux mourir que d'aller à la messe *. » Le roi ne put tenir de colère à ce propos , il le menaça d'un plat de terre qu'il brisa en mille pièces sous la table. La place de colonel général de l'infanterie fut donnée à Montluc, et puis un édit terrible fut porté contre les huguenots. On dut immédiatement informer contre tous ceux qui assistaient aux assemblées du Pré-aux- Clercs : désormais les juges devaient impitoyablement frapper la peine de mort pour tous les cas d'hérésie, et l'on plaça dans cette triste catégorie ceux-là qui faisaient imprimera Genève ou en Allemagne des opinions nouvelles ^, Il est bien essentiel de ne jamais séparer ces édits d'Intolérance de la situation politique du roi : le mobile de la persécution, durant cette époque du règne avec Henri II, est tout entier dans l'alliance avec Rome, et dans l'action triomphante des catholiques sous la maison de Lorraine.

En France, comme dans l'Allemagne, il s'était formé un tiers parti qui. sans adopter toutes les doctrines du calvinisme, voulait lui faire des concessions, et appelait surtout une réformation dans l'église romaine. Ce parti avait plus particulièrement de l'écho parmi les parlementaires, les hommes de science , les praticiens, auxquels on donnait déjà le nom de politiques. Il n'avait point les vives et profondes répugnances des autres catholiques pour l'hérésie : il aurait facilement pactisé avec elle, et flni, par une transaction , des querelles trop irritantes,

Henri II avait alors conclu le traité de Cateau-Cambresis avec le roi d'Espagne , et lui accordait sa Bile, la jeune Elisabeth^. Ce rapprochement de la plus catholique des cours, les mémoires qu'on fournit au conseil sur les progrès croissants du calvinisme et des mécontentements en France, les pamphlets que les réformateurs lançaient contre l'Église et l'autorité royale; l'influence surtout de Diane de Poitiers, l'ennemie la plus acharnée des austères huguenots , qui la traitaient d'adultère, de courtisane et de Babylonienne, provoquèrent un édit de sévérité et une espèce de coup d'État qui frappa même le parti politique, et parvint surtout à l'effrayer.

11 existait dans le parlement de Paris quelques conseillers qui pen-

' Le LAiiOLREcn, sur Casiclnau, lomc I, page 37b.

* Begist. du parlement, Yol. U, fol. iUl.

* 1, 2 et 3 avril 1369»

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chaient pour les opinions nouvelles ; un plus grand nombre formait le parti politique. Sans qu'il y eût précisément résistance, toutes les fois qu'il s'agissait de condamner les calvinistes et de prêter secours au mouvement catholique, le parlement ne secondait plus avec efficacité. Dans cette position, poussé parle cardinal de Lorraine * et les idées ardentes qu'il représentait, Henri II prit une prompte et sévère détermination. On avait tenu un conseil secret à Saint-Germain; le premier président du parlement Gilles Lemaître, les présidents Jean de Saint-André et Antoine Minard, le procureur général Gilles Bourdin, chefs de la majorité catholique, exposèrent « que l'hérésie s'étendoit chaque jour dans le royaume. Ce n'étoient pas seulement des blasphèmes contre Dieu , mais partout où ces doctrines étoient prêchées, l'autorité royale devenoit incertaine ; il n'y avoit plus d'obéissance. Il falloit donc frapper un bon coup , si l'on ne vouloit tomber en une espèce de république, comme les États suisses. » Cette résolution était de se débarrasser en une seule fois de tous les huguenots. Pour arriver là , le meilleur moyen serait de commencer par le parlement et de l'épurer , non-seulement de ceux qui professaient les nouveautés de l'Évangile, mais de tout le parti qui contrariait par ses ménagements la pleine action catholique. On saisit un prétexte.

Le dernier édit sur les calvinistes n'avait été que difficilement exécuté; plusieurs parlementaires s'étaient soulevés contre ces grandes rigueurs à l'égard de simple* opinions religieuses. Dans sa mercuriale du troisième mercredi d'avril 1559 , le procureur général Bourdin , conformément à ce qui avait été arrêté dans le conseil, requit l'entière exécution des poursuites envers les hérétiques. C'était une manière de pénétrer les opinions. Elles se firent bientôt entendre. La minorité du parlement, composée des politiques et des partisans du calvinisme, démontra qu'avant d'exécuter un pareil édit, le premier besoin du royaume était de demander la réunion d'un concile général, qui, conformément aux décrets de Constance etdeBâle, résoudrait les affaires religieuses. En attendant, on devait laissera

' « Ce cardinal de Lorraine, dont mention vient d'être faite, s'étant seul emparé de la personne du roi Henri , et l'ayant ensorcelé de son hypocrisie, fit que ce prince, autrement fort débonnaire, se laissoit aisément mener par son conseil qui tendoit de tout à l'exlerniination des vrais chrétiens. » (Discours de la mort du roi Henri H, pamphlet huguenot.)

chacun la liberté de conscience. Les principaux magistrats de cette minorité furent Arnaud Du Ferrier , président des enquêtes , et les conseillers Antoine Fumée , Paul de Foix, Nicolas Duval, Eustache de La Porte *.

Ils parlèrent avec tant de véhémence, qu'on craignit un moment qu'ils ne s'emparassent de la majorité , et dès lors le parlement eût échappé aux doctrines catholiques ; ces doctrines s'en alarmèrent, et le conseil, sous l'influence du duc de Guise, prit une seconde et plus violente résolution. Le 13 juin, le roi vint en personne aux Augustins où siégeait provisoirement le parlement, le palais étant alors destiné aux pompes du mariage d'Elisabeth-; Henri était accompagné du cardinal de Lorraine, et s'écria : « La paix est conclue avec l'Espagne; mais à l'occasion des guerres, il y a eu de mauvaises hérésies qui se sont introduites en ce royaume ; il faut les esteindre comme la guerre. Continuez donc à poursuivre en ma présence les délibérations commencées. Pourquoi d'ailleurs n'avez-vous pas encore entériné un édit contre les luthériens, que je vous ai mandé. »

Ici, la même minorité se fit entendre avec hardiesse ; on renouvela devant le roi les déclamations et les plus vives satires contre Rome et ses licences, « Qu'on assemble un concile, dit-on à la majorité , et jusque-là , liberté de conscience. » En face du cardinal de Lorraine, un conseiller, Henri Dufaur, manifesta haut ses sentiments: « Vous vous plaignez des troubles, eh bien, nous en savons l'auteur! On pourroit répondre ce qu'Èlie disoit à Achab : « C'est vous qui » tourmentez Israël. » Anne du Bourg développa une doctrine toute réformatrice sur la Providence^. « Elle est la cause de tout, l'homme n'en est que l'instrument passif. Je sens qu'il est certains crimes , sire, qu'on doit impitoyablement punir, tels que l'adultère , le blasphème, le parjure qu'on favorise tous les jours par le désordre et les amours inftimes ; mais de quoi accuse-t-on ceux qu'on livre au bras du bourreau? de lèse-majesté? Jamais ils n'ont omis le nom du prince en

* Reg. du parlement, ad ann. 1339. — Pasqvier, liv. IV de ses Éptlres.

' « Le roi étoit accompagné du susdit cardinal et de bon nombre de chevaliers^ de l'ordre; il se trouva audit lieu des Augustins le jour de la ^Mercuriale. » ( Discours de la mort de Henri II ; pamphlet huguenot.)

* « Entre lesquels, du Bourg ne laissa rien voir qu'il ne dît tout ce qu'il sentoit en sa conscience de la religion pour laquelle on faisuil mourir les personnes sans examiner le bon escient de leur cause, » (La mort du roi Rcnrill, pamphlet huguenot.

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leurs prières ; de quelle révolte peut-on les convaincre d'être auteurs? Quoi ! parce qu'ils ont découvert par les lumières des saintes Écritures les grands vires et les honteux défauts de la puissance romaine, parce qu'ils ont demandé qu'on y raît ordre , est-ce une licence digne du feu • ? »

Le parti politique, sans se prononcer aussi fortement, se dessina par l'organe de Christophe de Harlay, du président Séguier, et de Christophe de Thou ; tous se jetèrent dans les digressions, et soulevèrent une question accidentelle. « Je demande, s'écria de Harlay, s'il peut appartenir au procureur général du roi de blâmer les arrêts de la cour? » Alors les catholiques tranchèrent plus franchement la question. « Il s'agit des hérétiques, répondit le premier président Gilles Lemaître; il faut agir avec eux comme avec les Albigeois: Philippe-Auguste en flt brûler six cents le même jour. »

Celle séance devenait de plus en plus violente, et en définitive le résultat des opinions eût été balancé, si l'on ne s'était décidé à tout brusquer par un coup d'État ^. Anne du Bourg et Dufaur furent enlevés en plein parlement , et pris au corps de la main de Montgommery ^, capitaine des gardes. On saisit les chefs des dissidents , de Foix , Fumée et de La Porte, le soir dans leur asile parlementaire. Les politiques furent épargnés parce qu'ils n'étaient plus à craindre, car il est de l'essence de tout tiers parti de ne rien oser dès que le pouvoir se montre armé d'énergie ; Pasquier semble même approuver ce qui se passa au parlement contre la minorité : « Le roi y fut esmu » d'une grande et juste colère '*. » La cour de justice , épurée, n'offrit que des opinions catholiques. On put invoquer cette force comme on en avait antérieurement disposé contre les nouveautés religieuses.

L'enlèvement des conseillers fit une impression profonde à Paris parmi les calvinistes ; on écrivit des pamphlets nombreux et clandestins où l'on dénonçait la tyrannie des Guise et la persécution qui menaçait la vérité chrétienne. Lorsque dans le malheureux tournois pour les noces de M"'' Elisabeth, le roi Henri fut blessé à mort par Mont-

' « La confession de foi d'Anne du Bourg, conseiller au parlement de Paris, son interrogatoire et son procè>;. » Anvcr?, 1361, in-12.

^ liegist. du parJcment, ad ann. 1359.

' « Le roi, pour ces propos, commanda de prendre Ie§dits conseillers prisonniers. » (Pamphlet huguenoi.J

* Pasquier, liv. IV de ses Lettres.

goramery *, on ne manqua pas de s'écrier que Dieu s'était servi de la main de celui qui avait arrêté les conseillers évangélistes pour frapper la vie du roi, vengeance de Dieu et de ses saints. « Par quoy, disoient ces nouveaux commentateurs que le mal estoit advenu au roi par un juste jugement du Seigneur, pour venger les emprisonnemens tortionniers^. »

' 0 Discours sur la mort du roi Henri If. — Mémoires de Condé, tome I, page 213. — « Deux Sermons funèbres des obsèques et enterrement du roi Henri lï de France. » Paris, Robert Estienne, 1559, in-4''.

- Fasquier, liv. IV de ses Lettres. Une vieille gravure reproduit la mort de Henri II avec celte légende : « La reine au pied du lit pleurant; M. le cardinal de Lorraine admonestant ledit roi ; M. le connétable assis à la dexlre, les enfants du rci présents. A la porte, gardes du roi armés de leur hallebarde ; table garnie de médicaments avec grand concours de médecins et chirurgiens ; postes courants encore de médecins et de chirurgiens bien experts envoyés de Flandre par le roi d'Espagne. Un chien estendu au pied du lit. »

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