‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 87 sur 144 · ÉTATS D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

ÉTATS D'ORLÉANS

en simple intrigue ce qui était une effervescence de pensée ; pensée puissante, puisqu'elle prenait son origine dans les croyances religieuses.

Aussi les masses ne ratiQaient en aucune manière ces intentions modérées. A Beauvais, le cardinal de Châtillon, usant de l'édit sur es as:>emblées libres, avait déclaré que dans les fêtes de Pâques il ne célébrerait point la messe, mais la cène, selon les habitudes calvinistes ; il y eut à cette occasion une révolte parmi le peuple accoutumé aux grandes solennités, à ces mystères de l'Église. Ce fut une véritable insurrection qui nécessita un vaste déploiement de forces sous les ordres du connétable de Montmorency '.

La reine mère elle-même était dépassée chaque jour dans ses volontés conciliatrices ; elle avait saisi la solennité du sacre de son fils à Reims (de ce sacre où il ne manquait plus d'autre scandale, selon l'ambassadeur Chantonney, que madame la cardinale de Beauvais -) pour donner un second édit favorable aux idées de transactions : tous ceux qui étaient sortis du royaume pour cause de religion pouvaient y rentrer, ou s'ils préféraient resler hors de France, ils obtenaient un délai pour vendre leurs biens ; il était encore défendu de s'injurier mutuellement en s'appelant du nom de papiste et de huguenot. Ou proclamait la liberté de conscience, car chacun pouvait professer la religion qui lui paraissait la plus sainte et la meilleure. Cet édit amena la résistance du clergé qui le dénonça comme une hérésie.

Le parlement lui-même, depuis sa dernière épuration, n'avait plus dans son sein une opposition réformatrice ; le parti politique ne put y obtenir majorité. Trois opinions divisèrent cette cour : ceux des conseillers qui suivaient les sentiments modérés du chancelier de L'Hospital opinèrent pour qu'on suspendît toute poursuite contre les hérétiques jusqu'au prochain concile : les seconds, les plus nombreux, appelèrent toute la sévérité des vieux édits ; les troisièmes enûn se prononcèrent pour l'incompétence et le renvoi de la procédure aux tribunaux ecclésiastiques. L'arrêt indique quelle force avait acquise le parti catholique : « Vu par toutes les chambres assemblées les lettres closes du roi du 28 janvier passé, signées Charles, et contre-

' Dans la correspondance de Perrenot de Chanlonney, l'ambassadeur d'Espagne parle à sa cour de ce scandale avec une vive indignation. (Dépêche 3. Elle a été imprimée dans les Mémoires deCondé. Paris, 1743.J

* Dépêches.

signées de l'Aubespine ; veut le parlement, modifiant lesdites lettres, que les huguenots qui seront mis en liberté et déclareront ne vouloir \ivre catholiquement , sortiront dans le temps qui leur sera preste hors de ce royaume, sous peine de la hart ^ »

La faculté de théologie se maintenait dans la même rigidité de doctrines; elle poursuivait impitoyablement toutes les opinions qui s'en écartaient. Le bon peuple de Paris, les confréries, toute la portion active des corporations et des métiers étaient rangés sous la bannière de l'Église; chaque fois que les calvinistes avaient voulu célébrer publiquement leur culte ou établir leur prêche, il s'était fait une terrible révolte contre eux dans les rues de Paris, et les halles avaient menacé de s'émouvoir encore. Il n'y avait de prononcé contre la vieille foi et pour le calvinisme que quelques savants , de braves gentilshommes de castels et de provinces qui suivaient la fortune de leurs chefs; enfin un petit nombre de bourgeois d'un certain ordre de fortune et d'intelligence. L'homme de campagne écoutait aussi plus favorablement les prêches que l'habitant des villes.

Le tiers parti, avec la conscience de sa faiblesse populaire, sentait qu'il avait à puiser une grande force dans les convocations fréquentes des trois états ; telle était surtout l'opinion du chancelier de L'Hospital, invoquant l'action de la noblesse provinciale pour balancer un peu l'ardeur du peuple. Une nouvelle assemblée fut convoquée à Saint-Germain , mais incomplète. Le chancelier voulait s'y rendre maître des suffrages pour combattre la majorité fervente du parlement qui avait repoussé les concessions faites aux calvinistes. Il la composa dans les opinions de ses derniers édits : les catholiques lui échappant, n'était-il pas naturel qu'il cherchât appui dans l'opinion contraire? Aussi le chancelier de L'Hospital s'exprima-t-il avec plus de faveur encore pour les huguenots : « Je ne comprends pas, dit-il, ceux-là qui veulent exclure de ce royaume la nouvelle religion ; faire édit contre elle, c'est infamie ; il faut faire loi pour elle et non contre elle. » L'orateur du tiers état s'écria : « « A quoi servent tant de folles et grandes richesses des clercs ? si le roi notre sire a besoin d'argent , qu'il fasse comme en Angleterre et en Allemagne , qu'il prenne ces biens oisifs qui servent au luxe des gens d'Église : on parle d'assemblées clandestines de ceux qui professent d'autres idées , une

' Regisir. au paricm. 1" mars. Preuves des libertés de l'église gallicane, p. 1321.

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autre foi que la cour romaine : eh bien ! je demande qu'ils puissent se réunir librement, que les officiers du roi y assistent afin qu'il ne s'y passe rien de contraire à l'État , jusqu'à ce qu'on ait réuni un concile pour apaiser les différends qui subsistent entre les religions diverses. Or , toutefois, je n'entends pas par ce propos oster aux magistrats la puissance du glaive contre les hérétiques séditieux et perturbateurs de la tranquillité publique, quand ils seront atteints et convaincus pour tels par la parole de Dieu ; mais quant à la permission de s'assembler es temples divins, aucune division et tumulte n'en adviendra entre vos sujets, mais bien un repos public et extinction de toute rébellion populaire *. »

Ces opinions de quelques jurisconsultes n'allaient pas au peuple des rues , à cette multitude qui ne comprenait pas qu'on mutilât ses images saintes, ses reliques vénérées, et qu'on élevât des prêches à côté delà vieille cathédrale; les esprits s'irritaient d'autant plus qu'on cherchait à les assouplir à des idées de conciliation et de rapprochement. Tandis que l'assemblée de Saint-Germain préparait un édit de tolérance , les confréries, les halles murmuraient hautement contre le conseil, qui trahissait ainsi les intérêts du catholicisme.

' « La harangue du tiers état de France faite à la majesté du roi en l'assemblée de ses états tenus en Saint-Germain en Lave, le 27 août I06I. » (Brochure.)

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